AFP, publié le dimanche 29 mai 2022 à 10h53
Avec le laser, « arrêter de fumer en une séance », « 85 % de réussite » : ces promesses séduisantes pullulent sur Internet en France. Mais attention, cette technique, comme d’autres méthodes supposées miraculeuses, n’est pas scientifiquement validée, préviennent médecins et autorités.
“1 an de garantie et pas de prise de poids”, promet le site d’un large réseau de “centres laser anti-tabac”. Selon ses promoteurs, le « laser doux » stimule les points de l’oreillette, une action censée réduire le désir de nicotine.
Une technique qui se veut “auriculothérapie”, elle-même dérivée de l’acupuncture.
“Les fumeurs peuvent avoir beaucoup de mal alors qu’ils ont déjà essayé plusieurs fois d’arrêter et tomber dans le piège très facilement”, explique à l’AFP Daniel Thomas, ancien chef du service de cardiologie de l’hôpital de la Pitié à Paris. -Salpêtrière, porte-parole du Français. – société de tabac (SFT).
Même si cela revient à débourser entre 150 et 250 euros en moyenne par séance. Des promesses d’autant plus alléchantes qu’elles manient habilement un lexique évocateur de la médecine : “Armoires”, “thérapeutes”, “soins”…
“Je supprime le besoin physique de fumer”, explique à l’AFP Hakima Koné, responsable d’un centre laser parisien. Il faut être très motivé et elle “n’est pas une magicienne”, mais elle assure qu’il n’y a pas de méthode “qui marche aussi”. Une méthode “clairement” prouvée scientifiquement, dit-elle.
– “Branché” –
Cependant, “il n’y a pas d’études ou de données scientifiques pour prouver l’efficacité de cette méthode”, a indiqué à l’AFP l’un des services du ministère français de la Santé. “Le laser ne fait pas partie des méthodes validées qui ont prouvé leur efficacité pour arrêter de fumer”, confirme-t-on sur le site officiel “Tabac-Info-Service”.
Dès 2007, la Société canadienne du cancer mettait en garde contre cette méthode, qui bénéficiait de campagnes publicitaires très affirmatives, promettant d’arrêter de fumer, d’alcool et de drogue.
Quinze ans après, la science est toujours sceptique, mais le laser est “en vogue” en France grâce à “de nombreux écrans publicitaires dans les journaux et magazines, (la) télévision ou Internet”, affirment trois pneumologues et tabacologues dans un article du journal La revue médicale française Le Courrier des Addictions, qui souligne l’absence d’études concluantes sérieuses.
Si la plupart des fumeurs arrêtent tout seuls, les “méthodes validées” pour ceux qui ont besoin d’aide sont les substituts nicotiniques (timbres, gommes, etc.), certains médicaments, certaines psychothérapies, explique M. Thomas.
Or, un fumeur peut très bien sortir d’une séance de ce type de technique libéré de son envie de fumer, précise le spécialiste, notamment parce que l’effet placebo peut avoir un impact non négligeable.
– “Effets placebos” –
Dans la mesure où la Haute Autorité de Santé (HAS), autorité publique indépendante, confirme que si le bénéfice de méthodes non validées n’est pas établi, son utilisation ne peut être écartée en raison d’un “éventuel effet placebo”. A condition qu'”il ait été démontré qu’ils sont inoffensifs”.
Comme le soulignent tous les spécialistes, la volonté est la clé dans tous les cas. “Sans la motivation du patient, j’ai fait des séances et la personne est sortie allumer une cigarette…”, raconte à l’AFP Nicole Sauvajon-Papillon, anesthésiste à la retraite qui pratiquait l’auriculothérapie.
Sans parler de toutes les autres variables : un fumeur qui veut arrêter adoptera probablement de meilleures habitudes de vie (sport, alimentation, etc.) qui l’aideront à réussir. Par conséquent, il est difficile de déterminer quels facteurs l’ont empêché d’arrêter.
Si ces méthodes “ne peuvent a priori pas nuire et sont parfois susceptibles de soutenir des fumeurs très motivés, le principal reproche que l’on peut faire à ces centres est d’en faire une panacée avec des taux de réussite élevés de 85% incroyables”, résume M. .Tomas.