Le salaire du PDG de la société Hamon était-il conforme au décret wallon ?

La faillite de la société Hamon -spécialisée dans le froid industriel- il y a quelques semaines a bouleversé le plus en Wallonie (PS-MR-Écolo). C’est du moins ce que l’on constate lorsque cette question est évoquée en commission économique du Parlement wallon, où l’opposition (Les Engagés et le PTB) réclame la création d’une commission spéciale. Car ? Car au vu des sommes investies (un peu plus de 100 millions d’euros) dans cette entreprise en vingt ans, à travers la Sogepa, on est en droit de se demander si toutes les opérations ont été réalisées dans le respect de la réglementation.

Pour l’instant, la majorité refuse de mettre en place cette commission. Il refuse également de procéder à des auditions des différents acteurs de cette affaire afin de clarifier les quelques zones d’ombre. Que sont-ils?

Le premier concerne le président du conseil d’administration de la Sogepa, Laurent Levaux, qui était également membre indépendant du conseil d’administration de Hamon, où il ne représentait donc pas la Sogepa. Ces rôles étaient tenus par Renaud Witmeur (président à l’époque du comité de direction de la Sogepa) et Valérie Potier.

Par André Antoine, Membre des Engagements (ex-CDH), “Il ne faut pas exclure un potentiel conflit d’intérêts à la tête de Laurent Levaux qui siège dans les deux structures”. La Sogepa vous a-t-elle poussé à investir dans une entreprise en faillite ? Si on suit cette piste, il faut se demander où est l’intérêt de Laurent Levaux à soutenir Hamon, et là la chose se complique. Êtes-vous actionnaire de Hamon ? Non. Est-ce qu’ils vous paient? Oui, en tant qu’administrateur, vous recevez une rémunération. “La rémunération de Laurent Levaux, en sa qualité d’administrateur indépendant de Hamon, était de 20 500 euros en 2019 et de 19 000 euros en 2020, comme mentionné dans les rapports de rémunération des années 2019 et 2020 de Hamon”, explique le député André Antoine. A noter que les mandats de Laurent Levaux étaient évidemment connus de tous (à la Sogepa comme au gouvernement wallon) et notamment à la FSMA qui contrôle le secteur financier belge. S’il y avait un conflit d’intérêts, pourquoi personne n’a-t-il réagi ?

Surtout, les Engagés considèrent que dans d’autres cas, Laurent Levaux “semble être dans une situation critique quant à la gestion d’éventuels conflits d’intérêts”, explique André Antoine. Ce dernier prend pour exemple le fait que Laurent Levaux est également président du conseil d’administration de Nethys (dont la filiale NEB détient la majorité des actions de l’aéroport de Liège) et de la société Aviapartner. Cette situation, soulignée par Le soir en octobre 2019, a mis en avant le fait qu’Aviapartner, société de services au sol aéroportuaire, “Il est en conflit avec l’aéroport depuis plusieurs années”. Cependant, rien ne prouve que Laurent Levaux ait utilisé cette double position pour influencer cette situation.

Il n’y a pas d’exemptions gouvernementales

Un deuxième aspect du dossier Hamon mérite quelques réponses de la majorité. C’est-à-dire la rémunération du dernier PDG de l’entreprise, Fabrice Orban. Les engagés évoquent, à partir des rapports de rémunération, “un montant de 380 000 euros et une prime de signature de 60 000 euros”. Cependant, Hamon étant détenu majoritairement par une structure publique, les Engagements considèrent que la rémunération aurait dû être soumise au plafond prévu par l’arrêté du 29 mars 2018. “Toutefois, une exception est possibleexplique André Antoine, soit parce que la participation régionale n’est que temporaire, soit parce que le gouvernement wallon accorde une exception. » Le député wallon considère que si l’on se réfère à un rapport sur les activités de la Sogepa (2019), la participation de la Sogepa à Hamon a un objectif à long terme. De plus, insiste-t-il, “Le gouvernement wallon ne lui a pas accordé de dérogation”.

Un dernier point est également soulevé par les Engagés, qui se demandent si le “La dernière aide de 20 millions d’euros accordée par la Sogepa à la société Hamon ne pouvait être considérée comme une aide d’État, ce qui n’est pas accepté par l’Union européenne”. André Antoine estime que l’absence d’un investisseur privé aux côtés du public, pour aider Hamon une dernière fois, va dans ce sens. “Le fait qu’un investisseur privé n’aurait probablement pas risqué une telle opération, et n’aurait pas accompagné financièrement les pouvoirs publics pour partager les risques avec eux, indique que cette intervention de la Sogepa risque d’être requalifiée en aide d’Etat”. Les Engagements demandent donc une analyse de la Cour des comptes. Il convient de noter que, dans le passé, des investisseurs privés sont intervenus. Les Engagés espèrent que ces deux derniers éléments favoriseront la majorité pour former une commission spéciale.

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