Quel sera le sort d’Elisabeth Borne ? La question secoue la macronie au lendemain d’une défaite historique subie par le camp présidentiel à l’issue du second tour des législatives, dimanche 19 juin. Il est de coutume à l’issue de ces élections que le Premier ministre démissionne de son gouvernement, sans que cette tradition soit inscrite dans la Constitution. Les deux PDG ont échangé sur le sujet, lundi 13 juin, lors d’un déjeuner.
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Même si Elisabeth Borne démissionne, il n’est pas certain qu’elle soit reconduite à Matignon. La pression est forte sur les épaules du Premier ministre qui, en tant que leader de la majorité, doit assumer les résultats désastreux de son camp. “Nous travaillerons demain pour construire une majorité d’action” car “il n’y a pas d’alternative”, a déclaré dimanche soir Elisabeth Borne, le visage sérieux depuis Matignon. Son entourage défend également la détermination du Premier ministre à gouverner le pays.
“Il a un mandat du président pour travailler pour une majorité d’actions. Nous devons nous rassembler autour du projet du président pour ne pas bloquer le pays.”
L’entourage d’Elisabeth Borne
un franceinfo
Dès 20 heures dimanche soir, l’opposition a cependant revendiqué son chef. Invité de BFMTV, député européen et membre de La France insoumise Manuel Bompard a estimé qu’Elisabeth Borne “devrait partir”, estimant qu'”elle n’a pas réussi à convaincre la majorité des députés à l’Assemblée nationale. Par conséquent, elle n’a aucune légitimité politique”. Gouverner “. Même son de cloche chez Louis Aliot, le vice-président du RN. “Il est trop faible pour rester”, a-t-il déclaré à France Inter.
Aux côtés de la majorité, officiellement, “l’enjeu n’est pas là”, selon le ministre de l’Agriculture Marc Fesneau sur franceinfo lundi matin. Il en va de même pour la porte-parole du gouvernement Olivia Grégoire, qui a déclaré à France Inter : “Quand je parle, la question ne s’est pas posée. On verra dans les prochaines heures.” D’autres, en revanche, sont plus affirmatifs, laissant la porte ouverte. “Il est légitime de rester, et il est capable de trouver des majorités dans les textes, il faut le voir testé au Parlement”, a déclaré François Patriat, chef de file des sénateurs LREM.
“La décision n’appartient qu’au président de la République, c’est son élection et je le soutiendrai.”
François Patriat, chef de file des sénateurs LREM
un franceinfo
Plus généralement, la macronie ne se précipite pas à la porte pour soutenir le locataire de Matignon. “De toute façon, il y a un gouvernement à reconstruire. Le reste ne dépend pas de moi”, a déclaré un député influent de la majorité.
Il faut dire que les débuts d’Elisabeth Borne à la tête du gouvernement sont sinueux. L’implication de l’ancien patron de la RATP dans la campagne a été décevante. “Il nous manque une référence et Borne n’a pas cette ambition”, a déclaré un député sortant avant le premier tour. Entre les deux tours, face au mauvais score de la majorité, Elisabeth Borne organise une visioconférence avec les candidats en lice au second tour. Une performance qui avait laissé certains d’entre eux sceptiques. “C’était une catastrophe, il lisait son texte sans lever la tête, il n’y avait aucune spontanéité, il avait l’air d’un préfet.” En coulisses, les macronistes répètent encore et encore cette petite phrase : de toute façon, le chef de la majorité, c’est Emmanuel Macron.
Pourtant, le manque de leadership d’Elisabeth Borne conjugué au résultat de dimanche soir rend l’avenir du Premier ministre très incertain, selon Bruno Cautrès, chercheur au CNRS.
“Elle est généralement affaiblie, elle n’a pas vraiment mené la campagne et elle est choisie avec un petit score.”
Bruno Cautrès, politologue
un franceinfo
Pour cette première confrontation avec les sondages, le chef du gouvernement a été élu avec 52,46% dans la 6e circonscription du Calvados face au jeune et inconnu militant nuptial Noah Gauchard. Un score plutôt faible qui n’a échappé à personne en interne. “Je trouve que ce n’est pas un score élevé, mais c’était un symbole à atteindre par LFI, comme d’autres ministres. Elle a été élue députée”, se défend l’entourage d’Elisabeth Borne.
Ce n’est pas suffisant pour justifier son maintien en fonction, selon un exécutif majoritaire appelant à “un changement de gouvernement” après “ce vote sanction qui doit être pris en compte”. “Il faut avoir un gouvernement politique, c’est un sport extrême pour trouver une majorité”, a-t-il ajouté. Un véritable défi car la macronie ne compte aucune personnalité politique et de nombreux ténors – Richard Ferrand et Christophe Castaner à la barre – ont été battus dimanche soir.
Et qui pourrait remplacer Elisabeth Borne, qui n’est en poste que depuis cinq semaines ? Pas besoin de nom d’emblée, le chef de l’Etat avait mis plus de trois semaines pour nommer son ancien ministre du Travail à Matignon. Tout cela fait dire à un conseiller ministériel qu’il ne voit pas “le président déconnecte trop vite Elisabeth Borne, ce n’est pas son personnage”. Mais il a immédiatement précisé : “Je suis sûr qu’il devra faire preuve de sens politique pour manœuvrer dans cette Assemblée.”