A Paris : “J’ai voté Macron, même si c’est absolument inutile ici”
Djaffar Hamouchene, 55 ans, devant le bureau de vote de l’école polyvalente Belzunce dans le 10e arrondissement de Paris le 19 juin 2022. OLIVIER LABAN-MATTEI / MYOP POUR “LE MONDE”
Au bureau de vote de la rue Bossuet à Paris, Anne, 53 ans, n’a pas hésité une seconde. Ardent supporter d’Emmanuel Macron, ce voisin du Xe a logiquement choisi Elise Fajgeles, la candidate locale de La République en marche. Le message est clair : « Seul le programme de Macron est capable de soulever la France, alors que celui de La France insoumise est complètement irréaliste et conduit le pays à la faillite. La perspective d’une sortie du nucléaire, surtout, inquiète ce directeur commercial. » J’ai donc voté pour le programme de Macron. candidat, sachant que ça ne sert strictement à rien ici, vu les résultats du 1er tour.”
Dans cette 5e circonscription de Paris, le chef de file des écologistes, Julien Bayou, investi par le Nupes, a, en effet, failli être choisi au premier tour, où il a réuni 48,88 % des suffrages. Devant lui, Elise Fajgeles n’a obtenu que 29,75% des suffrages.
Julien Bayou avait déjà tenté de remporter cette circonscription aux législatives de 2017. A cette époque, il n’avait pas passé le premier tour. Au second tour, c’est Benjamin Griveaux (LRM) qui a été élu, face à un candidat socialiste. Quatre ans plus tard, en 2021, M. Griveaux annonce sa retraite de la vie politique suite à l’impasse de sa campagne pour les municipales de Paris. Depuis, la circonscription n’a plus de député.
Ce dimanche, Julien Bayou prépare une élection sans difficultés, malgré la faible participation. “J’ai toujours voté à gauche, et aujourd’hui je n’ai pas changé”, assure Djaffar Hamouchene, un technicien de maintenance de 55 ans, farouchement opposé au report de l’âge de la retraite.
Lucas, un photographe, a également voté pour Bayou. “Pas par conviction mais par pragmatisme”, précise-t-il. J’aurais préféré un candidat plus à gauche, du type LFI. Il vit dans un milieu très aisé, il est révolté par les inégalités. “Ma fille, qui travaille dans la finance, gagne 4 600 euros nets par mois, vient d’avoir une augmentation de 15 %, et une prime de 17 000 euros. C’est au-delà de l’entendement ! Quand je le vois, je me demande : où est le partage ? C’est pourquoi il a tenu à revenir de sa résidence secondaire du Limousin pour voter ici dans cette circonscription populaire de Paris.
Leïla, institutrice de 53 ans, a également souhaité envoyer une députée Nupes à l’Assemblée, “pour qu’il y ait un certain équilibre”, dit-elle. “Je ne suis pas un grand fan de Mélenchon”, ajoute-t-il. Il a un discours trop populiste à mon goût. Mais c’est la seule chose qui unifie la gauche, non ? »
Denis Cosnard