POLITIQUE – On connaissait le premier secrétaire du PS triste et ennuyeux. C’était en 2018, lorsqu’il prêchait dans le désert pour la “renaissance du PS” et appelait à la concentration des forces de gauche, alors que personne ne voulait savoir comment en parler.
Lundi 13 juin, dans son bureau du siège d’Ivry-sur-Seine, un Faure radieux et détendu nous accueille. Il semble confiant pour sa circonscription de Seine-et-Marne, où il arrive largement en tête du premier tour, avec près de 47 % des suffrages, loin devant le candidat Ensemble ! (22 %), mais surtout bien supérieur à ses 27,37 % au premier tour des législatives de 2017, il y a cinq ans.
Le leader socialiste attaque frontalement la “non-campagne” d’Emmanuel Macron qui conduirait au “chaos”. Il s’en prend aux réformes économiques qu’il juge “cachées”, comme la hausse de la TVA, et punit les professions des candidats “Ensemble !”, qui seraient remplies de “banalités”.
Olivier Faure croit toujours à l’hypothèse d’un Jean-Luc Mélenchon à Matignon. Il est persuadé que le chef rebelle lui a proposé divers postes ministériels car “il ne faut pas improviser” et précise que “la suspension est totale” avant dimanche, date du second tour. Entretien.
Le HuffPost : Passer de 1,75% à la présidentielle à 25% aux législatives, cela doit faire quelque chose en termes de montée émotionnelle…
Olivier Faure : C’est une immense satisfaction. Avec 70 circonscriptions, c’est 300 000 voix de plus qu’à l’élection présidentielle. Cela valide une stratégie – seule l’unité peut mener à la victoire – et une conviction : le rôle historique du PS est de rassembler la gauche pour gouverner.
Un président élu ou réélu n’a jamais été à la traîne de ses adversaires lors de la prochaine élection législative. Ces tours ne sont pas glorieux.
Quelle lecture faites-vous du premier tour du dimanche 12 juin ?
La concentration des gauchistes et des écologistes a suscité un réel espoir. Dans ce troisième tour, Marine Le Pen a disparu. Un président élu ou réélu n’a jamais été à la traîne de ses adversaires lors de la prochaine élection législative. C’est la gauche qui mène le jeu et impose les enjeux de pouvoir d’achat ou de transition écologique.
L’abstention est toujours colossale, mais une grande partie de l’explication est que le président a choisi d’anesthésier tout débat pour que la campagne passe sous le radar. Quand les élections ne sont plus éclairées par la confrontation démocratique, les élections ne permettent plus d’épurer les contestations. Et le débat se termine dans la rue. Ce mépris de l’élection, cette volonté d’obtenir un chèque en blanc mène au chaos.
Diriez-vous, comme Jean-Luc Mélenchon, que le ministre de l’Intérieur « manipule » les résultats ?
Dès le début de cette campagne, Gérald Darmanin a voulu cacher les résultats de “Ensemble !” et fait tout pour faire baisser le score NUPES. Soit comparer les scores de la France métropolitaine pour tout le monde, soit considérer les territoires d’outre-mer, pour tout le monde. Ces tours ne sont pas glorieux.
En 2017, si on additionne les quatre partis Nupes, on obtient 25%, le même score qu’en 2022. Comment expliquer que la gauche n’avance pas dans les votes ?
Il avance si les territoires d’outre-mer ne sont pas omis. Dans le même temps, la majorité présidentielle est passée de 32% à 25%.
Selon les projections, vous aurez, au second tour, à peu près le même nombre de députés socialistes, une trentaine. Est-ce à dire que cet accord a simplement servi à sauver le mobilier du PS ?
Non. D’abord parce qu’ils ne seront pas exclusivement les mêmes : il y aura l’émergence d’une nouvelle génération. Il y a deux mois, après notre score à la présidentielle, tout le monde prédisait notre disparition, l’absence d’un groupe parlementaire et tout au plus la victoire d’une poignée de députés avec les doigts d’une main.
J’en appelle à la génération climat, qui a défilé contre les discriminations, le racisme, l’antisémitisme et les violences faites aux femmes. Le 19 juin c’est la dernière saison avant le désert !
Croyez-vous vraiment à l’hypothèse Mélenchon à Matignon ?
Absolument.
Avec quelles réservations vocales ? L’abstention est souvent plus forte au second tour…
Nous avons une réserve de vote fantastique à ce second tour : 69% des 18-24 ans et 71% des 25-34 ans n’ont pas voté au premier tour. C’est catastrophique. C’est dans cette génération montante que Nupes réalise potentiellement ses meilleurs scores. La clé du vote est entre vos mains. J’en appelle à la génération climat, qui a aussi défilé contre les discriminations, le racisme et l’antisémitisme, contre les violences faites aux femmes : le 19 juin, c’est la dernière saison avant le désert !
Jean-Luc Mélenchon composerait son gouvernement. Vous a-t-il proposé un emploi ?
Oui, plusieurs.
Lequel?
On a commencé à parler de ce gouvernement qui ne pouvait être que pluriel. Il est normal de se projeter. On ne peut pas improviser sur le dispositif humain ou sur la méthode d’engager des réformes majeures. Ce sont des problèmes sérieux. Notre projet n’est ni irréalisable ni impossible, il est le fruit d’une longue réflexion sur la conjonction de nos projets présidentiels. Mais d’abord, vous devez gagner le 19 juin.
Jean-Luc Mélenchon sera responsable devant le Parlement, pourra être renversé par une motion de censure, et le président de la République conservera son droit de dissolution. Ceux qui imaginent pour lui un avenir de dictateur peuvent se rassurer.
Comptez-vous vous réunir pour le second tour, malgré la radicalité de Jean-Luc Mélenchon ?
Si demain la majorité est la majorité, ce sera moitié rebelles et moitié écologistes, socialistes et communistes. Jean-Luc Mélenchon et son gouvernement arc-en-ciel ne tireront leur légitimité que de l’Assemblée nationale.
Ceux qui imaginent pour lui un avenir de dictateur peuvent être tranquilles (rires). Il sera responsable devant le Parlement, pourra être renversé par une motion de censure, devra répondre aux questions des parlementaires, et le Président de la République conservera son droit de dissoudre l’Assemblée. Ce sera une re-parlementarisation de nos institutions. Un peu de la 6e République à la 5e, en somme…
François Hollande vous a-t-il appelé depuis l’annonce des résultats ?
Il ne m’a pas appelé depuis quatre ans, il ne le fera pas aujourd’hui…
Les dissidents socialistes qui se sont présentés contre les noces seront-ils exclus du PS ?
Un mot sur son palmarès : seuls trois des soixante-dix qui se sont présentés ont réussi à rester au second tour. C’est un échec total. Pire, plusieurs d’entre eux, du fait de leur présence, ont interdit à la gauche d’accéder au second tour. Le moment venu, nous appliquerons nos règles statutaires (qui prévoient leur exclusion, ndlr).
Il y aura un avant et un après-Nupes. Les gens klaxonnent dans la rue pour te remercier. C’est sacrément nouveau.
Certaines datent de la fin des Noces aux européennes en 2024. Combien de temps dure cette alliance, selon vous ?
Il y a un avant et un après-nupes. Personne ne peut tourner le dos à une aspiration aussi forte. L’aventure de l’union populaire est extraordinaire et cet élan nous amène à terre. Les gens klaxonnent dans la rue pour te remercier. C’est tout nouveau ! On ne peut pas dire aux électeurs que cette aventure se termine au soir du 19 juin.
Quant aux femmes européennes, il est arrivé dans le passé que la gauche plurielle ait des listes différentes. C’est un vote totalement proportionnel. Cela ne l’empêche pas de se présenter à d’autres élections.
Je vous rappelle que nous avons voté Macron au second tour pour bloquer Le Pen. Être traité d’extrémiste aujourd’hui par Élisabeth Borne, c’est très café. C’est même gênant.
Comment voyez-vous la stratégie d’Emmanuel Macron dans cette campagne ?
En quatre tours, Emmanuel Macron réussit l’exploit de ne jamais dévoiler ses intentions pour le quinquennat qui s’ouvre. Hormis la retraite à 65 ans, que propose-t-elle ? Ses candidats aux législatives doivent se contenter d’aligner les généralités : mieux l’emploi que le chômage, la préservation de notre environnement vaut mieux que la pollution… Bref, les feuilles tombent à l’automne et les fleurs au printemps ! Derrière ces banalités et ce manque de vision, il y a un projet qui reste soigneusement caché.
Emmanuel Macron s’est engagé auprès de Bruxelles à réduire le déficit budgétaire à 3 %, soit une économie de 80 milliards d’euros par an. Comment va-t-il le faire puisqu’il nous dit que les impôts directs n’augmenteront pas, qu’il ne touchera pas aux revenus et aux actifs des plus riches ou aux superprofits des multinationales ? Cela augmentera la TVA.
Augmenter la TVA ? En pleine crise du pouvoir d’achat, en êtes-vous sûr ?
Il ne veut pas toucher à l’impôt sur le revenu; il ne veut pas rétablir l’ISF ni abroger l’impôt forfaitaire… L’équation n’est pas autrement soutenable. C’est l’impôt le plus injuste car il touche tous les Français de la même manière, quels que soient leurs revenus.
La majorité actuelle n’est pas à l’unisson pour réclamer une prise de pouvoir face au RN face aux noces, comment voyez-vous ces hésitations ?
Ils n’ont pas de doctrine, pas de ligne… Changez selon vos intérêts et…