Législatives 2022 : pourquoi les projections donnent plus de sièges à Ensemble ! qu’à Nupes

A l’issue du premier tour des législatives, lundi 13 juin, le Nupes cumule, selon les résultats définitifs, 26,11% des suffrages, soit un peu plus que la coalition présidentielle Ensemble ! (25,88%). Le Rassemblement national (RN) se classe troisième (18,68%), LR-UDI-DVD quatrième (11,30%) et Reconquête ! cinquième (4,25%).

Bien qu’il soit légèrement en avance au niveau national, il est probable, selon les projections faites par les instituts électoraux, que le Nupes obtienne moins de sièges à l’Assemblée nationale qu’Ensemble !. Le dimanche 12 juin à 20h, Ipsos-Sopra Steria a adoré Ensemble ! il pourrait obtenir 255 à 295 sièges, contre 150 à 190 pour Nupes. L’alliance entre les Républicains, l’UDI et quelques droites diverses pourrait obtenir 50 à 80 sièges et le RN 20 à 45 sièges.

Plus de voix et moins de sièges ? Cela s’explique principalement par la particularité des élections législatives dont les résultats ne sont pas calculés au prorata du nombre de voix obtenues par les différents partis. En France, les députés sont élus dans 577 circonscriptions au scrutin majoritaire uninominal à deux tours. Tous les matches pourront être représentés au premier tour, mais seuls les candidats ayant réuni plus de 12,5% des inscrits (ou les deux premiers si ce score n’est pas atteint) seront retenus pour le second tour.

Sondages, bulletins de vote et abstentions… on vous explique pourquoi les projections de sièges publiées au soir du premier tour sont fragiles et encore très incertaines.

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La complexité du reporting vocal

Dans chacune des 577 circonscriptions, les électeurs devront choisir entre deux (parfois trois) candidats. Les électeurs qui ne sont plus représentés au second tour donnent leurs voix à un autre parti politique : ce sont les voix transférées.

“Deux forces politiques à égalité dans les urnes, comme Nupes et Ensemble !, ne donnent pas forcément des sièges égaux, notamment parce que la majorité présidentielle est plus centrale et bénéficie d’une meilleure répartition des voix compte tenu de l’éventail politique. « Pencher à droite, précise Jean-François Doridot, directeur général d’Ipsos Public Affairs.

A cause du “front républicain”, qui veut que les partis traditionnels demandent des voix contre l’extrême droite, les candidats RN qualifiés au second tour bénéficient généralement d’une participation plus faible que leurs adversaires. Cela explique en partie les projections des sondeurs, qui prévoient un groupe plus important à l’Assemblée nationale pour LR que pour RN, même si ces derniers ont recueilli plus de voix à l’échelle nationale.

De même, l’alliance organisée par Nupes pourrait conduire à un moindre transfert de voix pour les candidats de gauche. En 2017, un candidat LFI présent au second tour pourrait potentiellement avoir les suffrages des socialistes, écologistes et communistes peu qualifiés. Cependant, compte tenu de l’accord de gauche de cette année – les noces – ce candidat a eu la chance d’obtenir ces voix au premier tour.

La Nupes, qui regroupe La France insoumise (LFI), le Parti socialiste (PS), le Parti communiste français (PCF) et Europe Ecologie-Les Verts (EELV), brouille également les lignes du report des voix. “Si le candidat Nupes qualifié au second tour est issu d’EELV, du PS ou de LFI, cela peut changer la nature du transfert des voix”, a déclaré Jérôme Fourquet, directeur du service opinion et stratégie d’entreprise de l’IFOP. “Nous sommes généralement dans une élection où le premier tour peut influencer le second”, a déclaré Jean-Daniel Lévy, directeur du département politique et opinion de Harris Interactive.

Comment ces projections sont-elles calculées ?

Contrairement aux estimations nationales en pourcentage publiées le soir des élections, qui sont basées sur les résultats réels de centaines de bureaux de vote, la projection des sièges est basée sur les sondages. Par exemple, Harris Interactive a interrogé 7 000 personnes le jour du scrutin pour « établir une forme de sociologie du vote et [de cerner] comportement électoral potentiel dans le cadre du second tour ».

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Pour avoir une idée du nombre de sièges que chaque parti politique pourrait obtenir, les sondeurs se basent sur l’estimation nationale des résultats du premier tour et la projettent à chacune des circonscriptions françaises. On obtient ainsi les 577 affiches possibles pour le second tour, sur lesquelles ils calquent les résultats de leurs sondages d’opinion, pour estimer les voix restantes des candidats non qualifiés et esquisser l’éventuelle Assemblée nationale à l’issue du second tour.

Chaque parti se voit attribuer une série de sièges, mais la marge d’incertitude est encore trop grande. “Quand on fait varier d’un ou deux points la tendance d’une force politique au premier tour, on peut pencher de trente à quarante sièges”, nous disait Jérôme Fourquet à la veille de l’élection.

Tous les responsables d’instituts interrogés reconnaissent les limites de ces chiffres, qui ne tiennent pas compte des particularités de chaque circonscription, des personnalités locales, des dissidents et de la dynamique de la campagne entre les deux tours.

Le poids de l’abstention et l’inconnue de la campagne entre deux tours

L’abstention complique encore les projections en atteignant un niveau record au premier tour avec un taux de 52,49% (contre 51,3% au premier tour des législatives de 2017). En baisse depuis 2002, la participation a toujours été plus faible au second tour qu’au premier tour des élections législatives.

Mais la configuration inédite de cette élection législative, avec un résultat très serré dans les votes entre l’alliance présidentielle et le Nupes à l’issue du premier tour, pourrait aussi remobiliser des électeurs qui avaient pourtant fait part aux instituts de sondage de leur intention de s’abstenir. Et fausser ainsi les sondages utilisés pour dessiner la projection en sièges.

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La campagne électorale entre les deux tours, qui débute le lundi 13 juin, est un facteur que “la simulation de siège ne prend pas en compte”, a indiqué dans la matinée à France Inter Brice Teinturier, PDG d’Ipsos. La dimension locale de ces élections législatives laisse, surtout dans les petites circonscriptions, une place forte aux campagnes électorales qui peuvent changer un résultat.

La volonté de renouveler la politique doit également être prise en compte. Déjà en 2017, le directeur du Cevipof, Martial Foucault, alertait sur “la fin d’un modèle de notabilité qui donnait jusqu’alors un certain avantage aux députés sortants bien implantés au niveau local ou aux candidats qui cumulaient plusieurs mandats locaux”. Un ancien modèle qui fiabilisait les projections.

La majorité parlementaire d’Emmanuel Macron, premier président de la V République réélu hors cohabitation, pourrait souffrir lors du second tour de cette élection législative.

Romain Geoffroy et Théo Guimier

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