Cette fois, la macronie est dans le dur. Après un premier tour marqué par la rupture spectaculaire de l’Union de la gauche (Nupes), qui s’est classée 376e sur 577 circonscriptions, les troupes présidentielles sont dans le doute. La perspective de voir Emmanuel Macron privé de majorité à l’Assemblée nationale n’a jamais semblé aussi probable. Selon les résultats de notre sondage exclusif Harris Interactive, mené sur un large échantillon de 6 492 électeurs, les macronistes aborderaient le nouveau quinquennat dans une situation d’extrême faiblesse, avec seulement 257 à 297 députés dans la nouvelle chambre.
Alors que la majorité absolue est fixée à 289 députés, l’hypothèse de voir la confédération macroniste “Ensemble !” atteindre ce seuil fatidique, c’est s’éloigner de jour en jour. Emmanuel Macron connaîtrait alors le sort de Michel Rocard en 1988, qui devait gouverner à la majorité relative, multipliant les concessions au centre-droit et utilisant 28 fois l’article 49-3 de la Constitution. Son mandat débuterait de la pire des manières, le président de la République étant contraint de négocier avec LR ou une partie du centre-gauche pour mener à bien ses réformes. Un démarrage entravé du quinquennat.
La Nupes amplifie sa base
De son côté, l’union de la gauche derrière la bannière du Nupes, amplifie encore son assise dans la nouvelle Assemblée. Incapable d’obtenir la majorité absolue et de pousser Jean-Luc Mélenchon vers Matignon, l’union de la gauche obtiendrait entre 161 et 219 députés au Palais-Bourbon, son meilleur score depuis le début de notre sondage Harris Interactive. Dans le détail, La France insoumise de Jean-Luc Mélenchon deviendrait le principal groupe d’opposition à la chambre basse avec 97 à 117 sièges, un niveau bas qui correspond peu ou prou à la taille actuelle du groupe Les Républicains. Il serait alors difficile de bloquer le passage du chef de la commission des finances. Ses alliés du Parti socialiste et d’EELV obtiendraient des groupes de taille similaire avec 25 à 41 députés pour le PS et 25 à 40 pour les écologistes. Quant au Parti communiste de Fabien Roussel, pour la première fois depuis le début de notre enquête, il serait quasiment certain de pouvoir constituer un groupe au sein de la nouvelle Assemblée avec 14 à 21 députés (il faut au moins 15 députés).
Dans une chambre de gauche, la droite s’articulera autour de deux grandes familles politiques. Les républicains, qui résistent mieux que prévu, ont profité de leur ancrage local, avec 45 à 65 députés. Et le Rassemblement national de Marine Le Pen, qui pour la première fois obtiendrait suffisamment de députés (23 à 45) pour avoir son propre groupe parlementaire. Une première depuis la coexistence de 1986 où 35 députés du Front national sont entrés à l’Assemblée.
Méthodologie : Sondage en ligne réalisé le dimanche 12 juin 2022. Echantillon de 7 248 personnes représentatives de la population française âgée de 18 ans et plus, dont 6 492 inscrits sur les listes électorales. Quota et méthode d’ajustement appliqués aux variables suivantes : sexe, âge, catégorie socioprofessionnelle, région et comportement électoral antérieur du répondant. Aide à la lecture des résultats détaillés : ▪ Les chiffres présentés sont exprimés en pourcentage. ▪ Cette enquête ne peut être répétée sans mentionner également la marge d’erreur.