La Ve République n’a jamais connu une crise institutionnelle pareille. A peine réélu, Emmanuel Macron est prévenu, ou presque. Les députés de l’opposition sont plus nombreux que ceux de la majorité à l’Assemblée. Le chef de l’Etat ne peut faire élire que 245 députés à l’Assemblée nationale, y compris ceux de ses alliés. Une claque.
Comment gouverner ? Avec qui ? Personne n’aurait pu imaginer que ces questions seraient au cœur de l’actualité et de la vie politique françaises. Depuis des semaines, journalistes et commentateurs suivent le duel annoncé entre Jean-Luc Mélenchon et Emmanuel Macron. Même Marine Le Pen avait publiquement admis que le président réélu obtiendrait la majorité au palais Bourbon. Les Français ont voté et le finaliste à la présidentielle affronte un groupe parlementaire de 89 députés. Jamais vu. C’est la véritable leçon de ce second tour des élections législatives. Celle d’une percée que personne n’avait anticipée.
Une France multicolore… ou fracturée
L’époque du bipartisme n’est plus qu’un lointain souvenir. Quatre forces politiques prévalent désormais. La gauche, unie par ces élections. La majorité présidentielle, qui n’est plus tout à fait une. Les républicains, qui parviennent à sauver les meubles et sont en position stratégique. Et puis le Mythe national, qui est devenu le premier parti d’opposition hors coalition.
Le scrutin majoritaire à deux tours applicable aux législatives est censé nuire à un parti comme le RN. Cette règle semble ne plus s’appliquer, comme si le parti était parvenu à briser son plafond de verre, qui le prive de pouvoir depuis des années.
L’ARN en hausse
L’élection présidentielle avait démontré la capacité du Mythe National à dépasser le seuil des 20% des suffrages sur la quasi-totalité du territoire. Cette nouvelle implantation a été quasiment entérinée lors des élections législatives. Surtout en ce qui concerne les élections de 2017.
Que s’est-il passé entre les deux législatures ? A l’issue de la première, la plupart des sondages n’attribuaient pas plus de 50 sièges aux élus RN. Hors, les cadres s’étaient d’ailleurs appuyés sur ce résultat pour évoquer un éventuel succès. Ils en ont finalement obtenu 39 de plus, établissant un record historique.
Un deuxième virage tonitruant
En 2017, le Rassemblement national est resté au second tour dans 110 circonscriptions, contre 61 en 2012. La montée en puissance a été encore plus forte cette année.
Il y a cinq ans, le front républicain avait encore fonctionné. Le Mythe National avait remporté un peu plus de 7% des circonscriptions dans lesquelles le match se jouait encore au second tour. Les cartes suivantes montrent l’absence totale de mobilisation contre le vote RN.
Le RN, un parti normalisé ?
Depuis sa prise de fonction à la tête du Groupement national, ex-Front national, Marine Le Pen tente de changer la perception qu’en ont les Français. Le diaboliser pour l’ancrer dans la vie politique française et espérer, un jour, prendre le pouvoir. À bien des égards, dimanche dernier semble avoir franchi une étape décisive.
Il était presque écrit à la fin du premier tour que le Rassemblement national atteindrait son objectif de former un groupe à l’Assemblée nationale. Restait à connaître le poids politique après les affrontements du 208 contre des candidats de la majorité, Nupes, LR ou autres.
Fini le front républicain
Les nouveaux députés du Rassemblement national ont dévoilé mercredi les bancs de l’Assemblée nationale, plaçant fièrement derrière leur chef Marine Le Pen. Pour la première fois de son histoire, le parti d’extrême droite jouit d’un pouvoir gênant important dans l’hémicycle.
La très forte abstention mais surtout l’absence de mobilisation pour bloquer la Concentration nationale peut expliquer en partie comment le parti, qui continuait à réclamer la mise en place de la représentation proportionnelle pour les législatives, a pu réaliser cette avancée. Si l’on regarde les chiffres publiés par l’Institut Harris interactif sur la cession des voix, il semblerait que 18% des électeurs de Together se soient rendus au RN en cas de duel contre le Nupes au second tour, contre 24% des électeurs du Nupes en le deuxième tour. en cas de duel Ensemble/RN et même 27% pour les électeurs LR en cas de duel Nupes/RN
L’Assemblée nationale n’avait plus de majorité relative depuis 34 ans, ce qui rendait la capacité de la majorité à mettre en œuvre son programme très incertaine. Emmanuel Macron l’a parfaitement compris, lui qui s’est résigné mercredi soir à promettre une majorité “plus large et plus nette”, soit en cherchant de nouvelles alliances, soit en essayant de négocier “texte à texte” une majorité pour faire voter les textes. Une tâche qui s’annonce difficile.