12h35, 9 juin 2022, modifié à 12h42, 9 juin 2022
Ce sont sans doute les élections législatives les plus indécises depuis l’introduction du quinquennat et l’inversion du calendrier électoral en 2002. Le premier tour de l’élection présidentielle a révélé la présence de trois blocs dans le pays (à droite). , un bloc d’extrême droite et un bloc de gauche). Face à ce nouvel accord politique, Jean-Luc Mélenchon a élaboré une stratégie politique remobilisatrice pour son camp, disant vouloir être “élu Premier ministre”. Mais surtout, il a réussi à fédérer la gauche autour de lui.
Selon les derniers sondages de l’institut de sondage, la victoire de la Nouvelle Union populaire écologique et sociale (Nupes) semble encore hautement improbable, mais pas statistiquement impossible. Pour Emmanuel Macron, la majorité absolue n’est pas garantie. Ce sont les 4 scénarios possibles à l’issue du second tour, le 19 juin.
1 – Une majorité absolue pour LREM, sans ses alliés
En 2002 (358 sièges pour l’UMP), en 2007 (313 sièges pour l’UMP), en 2012 (295 sièges pour le PS) et en 2017 (308 sièges pour LREM), le parti vainqueur de l’élection présidentielle avait réussi à obtenir une majorité absolue à l’Assemblée (289 sièges) sans avoir à compter sur le soutien de ses alliés. En sera-t-il de même en 2022 pour La République en marche ? Cette hypothèse semble désormais de moins en moins certaine, selon les dernières enquêtes d’opinion.
2 – Majorité absolue de LREM avec le soutien de ses alliés (Horizons et Modem)
Contrairement à 2017, La République en marche pourrait devoir s’entendre avec ses alliés si seulement le parti présidentiel ne parvenait pas à atteindre la majorité fatidique de 289 sièges. En l’occurrence, le 2e quinquennat d’Emmanuel Macron pourrait être marqué par les luttes entre les différents groupes parlementaires de la majorité (LREM, Modem, Horizons). Sera également évaluée l’attitude d’Edouard Philippe, leader d’Horizons et possible candidat à la présidence en 2027. De même que celle de François Bayrou, patron du Modem.
Lire aussi – Comment les législatives sont devenues main dans la main entre Mélenchon et Macron
En cas d’étroite majorité et uniquement avec ses alliés, quelle sera aussi la marge de manœuvre d’Emmanuel Macron lors de son second mandat, qui n’a pas le droit de briguer un troisième mandat ? Une telle situation politique pourrait laisser plus de marge de manœuvre à la majorité des parlementaires, mais elle risquerait aussi d’évincer les rebelles dans le camp présidentiel.
3 – Une majorité relative pour le camp présidentiel
C’est une configuration politique qui n’a de précédent que sous la Ve République. En 1988, malgré une confortable victoire de François Mitterrand à l’élection présidentielle (54 % contre 46 % pour Jacques Chirac), la gauche n’obtient qu’une majorité aux élections législatives suivantes. Avec 275 sièges pour le Parti socialiste, le Premier ministre Michel Rocard est contraint de gouverner en s’appuyant tantôt sur les centristes (41 sièges) et tantôt sur les communistes (25 sièges). C’est aussi Michel Rocard qui a eu le plus recours au 49.3 (approbation d’un texte sans vote mais engageant la responsabilité du gouvernement) sous la Ve République. Il l’a utilisé 28 fois, soit une fois tous les 39 jours. Cinq motions de censure ont également été déposées contre son gouvernement, qui ont toutes été rejetées. Cette utilisation massive du 49.3 par un premier ministre ne serait plus possible aujourd’hui.
Lire aussi – SONDAGE. Seuls 31% des Français souhaitent que Mélenchon soit Premier ministre en cas de victoire de la gauche
En effet, depuis la réforme constitutionnelle de 2008, hors projets de loi de finances ou de financement de la sécurité sociale, l’article 49.3 ne peut être utilisé que dans un seul texte au cours d’une même session parlementaire. Même en cas de majorité relative, la situation politique sera très différente si le camp présidentiel obtient 288 sièges ou 260 sièges. Ensuite, le nombre de votes à obtenir pour chaque texte sera très différent. En cas de difficulté politique, une arme reste cependant à la disposition du président : celle de dissoudre l’Assemblée. De quoi réinitialiser les comptes.
4 – Une victoire pour Nupes qui sera plus tard majoritaire
C’est l’hypothèse qu’aucun institut électoral n’a encore soulevée : un succès de la Nouvelle Union populaire écologique et sociale (Nupes). Une telle victoire serait un tremblement de terre politique qui ouvrirait une période d’inconnues. Tous les présidents de l’histoire de la Ve République ont obtenu la majorité après leur élection. Ce serait donc le premier. En revanche, il y a eu 3 cohabitations (1986-1988, 1993-1995, 1997-2002) depuis 1958. En cas de victoire de Nupes, Jean-Luc Mélenchon veut être nommé à Matignon. “Le président choisit la personne qu’il nomme premier ministre, en regardant le parlement. Aucun parti politique ne peut imposer un nom au président », a déclaré Emmanuel Macron dans un entretien à la presse quotidienne régionale.
Lire aussi – Législatives : Macron peut-il refuser de nommer Mélenchon Premier ministre en cas de victoire de la gauche ?
Constitutionnellement, Emmanuel Macron a raison, mais politiquement cela lui coûterait cher de ne pas nommer Jean-Luc Mélenchon rue de Varenne. S’il refusait de faire cette élection, une crise institutionnelle ne pouvait être exclue, qui pourrait aussi se résoudre avec la dissolution. Avec Jean-Luc Mélenchon à Matignon, le président se recentrerait sur ses domaines réservés (Affaires étrangères, Défense), comme l’ont fait François Mitterrand et Jacques Chirac, tandis que le Premier ministre gérerait l’État comme le prévoit l’article 20 de la Constitution qui postule que « le gouvernement détermine et dirige la politique de la nation. »
Les projections des sirènes
Projection d’Ipsos à partir du 9 juin
– Au total : 260 à 300 élus
– MARIAGE : 175 à 215 élus
– LR/UDI/DVD : 35 à 55 élus
– RN : 20 à 50 élus
Projection Ifop le 8 juin
– Au total : de 250 à 290 places
– Nupes : de 195 à 230 places
– LR et alliés : 40 à 55 sièges
-RN : de 20 à 45 places
Projection de Harris Interactive, le 7 juin
– Au total : de 285 à 335 places
– Nupes : de 120 à 184 places
– LR et alliés : de 38 à 58 sièges
– RN : de 30 à 50 places
Projection d’Elaba à partir du 1er juin
– Au total : de 275 à 315 places
– Nupes : de 155 à 180 places
– LR-UDI : de 40 à 65 places
– RN : de 35 à 65 places
Projection Opinionway le 2 juin
– Au total : de 290 à 330 places
– Nupes : de 160 à 190 places
– LR-UDI : de 50 à 70 places
– RN : de 13 à 33 places