Les Rolling Stones à Bruxelles, nostalgie de la fin

Il y a d’abord eu la polémique, les places à 489 euros dans le “Diamond Pit”, 299 euros dans le “Golden Pit”, 149 euros au fond du stade ou dans la loge, avec des gens bien qui n’ont pas forcément envie d’en avoir. se débarrasser d’un rein pour revoir son groupe préféré pour la dernière fois. Plus de 46 ans après leur dernier concert à Bruxelles, le retour des Stones dans la capitale a été cher, moche et plus cher que certains de nos voisins. Celui-ci offre généralement un public VIP et des sponsors aux premiers rangs, quelques privilégiés au second et une masse de fans juste derrière. Aussi incroyable que cela puisse paraître, le stade n’était donc pas “plein” lundi soir, et plusieurs spectateurs tentaient encore de vendre des places devant les barrières. Quelques types intelligents ont dû faire de bonnes affaires.

Charlie, la classe incarnée

Quand Kaleo monte sur scène pour livrer la première partie, à 19h30, les 50 000 spectateurs font toujours la queue gentiment au bar. Le bruit du stade est déplorable. On l’entend à peine à quelques mètres, et un écho s’empare des gradins. Le pauvre rockeur islandais fait ce qu’il peut, mais il a l’air aussi seul que sur un volcan de son île natale avec son blues parfaitement calibré pour la bande FM. Ce n’est pas facile d’ouvrir pour une légende, le cadeau est empoisonné, la performance est poliment saluée.

© JC Guillaume

A 20h45, l’ambiance change complètement quand apparaît sur les écrans le visage de Charlie Watts, de loin le plus élégant de tous les Stones, décédé à l’âge de 80 ans en août dernier. Calme, métronome, souvent placide, Charlie incarnait la force silencieuse entre les croisements égocentriques de Richards et Jagger, qui en leur temps ont gagné de solides dépressions pour des génies comme Brian Jones et Mick Taylor. L’hommage est fort, émouvant, le public n’a presque jamais entendu le son de sa voix mais manque l’homme et sa présence magnétique.

“Nous avons volé nos vêtements”

Mick, Keith et Ronnie montent sur scène quelques minutes plus tard pour remonter le moral du public. Le dress code est respecté, inchangé et coloré : Mick se décline en jean skinny et survêtement vert fluo, Keith porte une sublime veste zébrée et un bandana mauve, qui se marie très bien avec la veste de Wood. “Street Fighting Man” résonne sur les enceintes, la folie s’empare de Bruxelles. “Je ne m’y attendais pas, mais je suis très excité.”un compagnon nous jette. Il y a quelque chose de personnel, de familier, presque fusionnel, dans la scène qui se déroule sous nos yeux. Les plus grands retrouvent de vieux amis, le goût d’une époque folle où leur avenir était laissé à écrire. Les petits fêtent la transmission familiale, les parents de passage Doigts collantso Laisse le saigner au fond de la voiture.

© JC Guillaume

Richards et Wood font leur gentillesse dans leur coin, on ne peut pas demander à deux messieurs de 78 et 75 ans de pêcher la même pêche que la mythique. Sortez Yer Ya-Ya’s Out de 1969, bien que la comparaison, alléchante, soit forcément compliquée. Et puis il y a Mick. La veille, Monsieur déambulait encore dans les rues de Bruxelles, comme s’il découvrait la ville, avec des photos et de grands sourires devant une statue de Jacques Brel. Ce lundi soir, il est partout, délié, arpentant la scène de gauche à droite et haranguant la foule comme un jeune premier. L’énergie de Jagger est tout simplement incroyable, sa joie d’être là est contagieuse. “Nous sommes allés aux Marolles“lance, après avoir salué le stade en trois langues.”Et on dirait que quelqu’un a volé les vêtements des Stones portant le Manneken-Pis.“.

Une anthologie “Midnight Rambler”

L’ancien “19th Nervous Breakdown” précède “Tumbling Dice” et “Bitch”, le seul extrait de Sticky Fingers (1971) dont on regrette “Can’t You Hear Me Knocking”, joué certains soirs de cette tournée. “Out Of Time” et “Beast Of Burden” font le job, avant le premier grand moment de cette soirée : un refrain “You Can’t Always Get What You Want” et joyeusement repris par les fans. Un solide groupe d’accompagnement composé d’instruments de métal, de claviers, de chœurs et de Steve Jordan à la batterie se charge de donner de la profondeur et un air gospel à l’ensemble, malgré la qualité du son. “Vivre dans une ville fantôme” est indispensable, mais présente “Honky Tonk Woman”.

© JC Guillaume

Vient ensuite le moment sacré du rire franc, pendant lequel un vilain Richards s’empare laborieusement mais joyeusement du micro pour chanter “Slipping Away” et “Connection”. Le petit cadeau de Jagger à son ami, avant de prendre les choses en main pour “Miss You”. Enfin, il suit la séquence diabolique de “Midnight Rambler”, “Paint It Black”, “Start Me Up” et “Gimme Shelter”. On a un peu de mal pour Richards, dont les solos sont lents. Wood semble en meilleure forme, pour une fois, et une choriste énergique vient offrir la voix à “Gimme Shelter”, mais passe plus de temps à déranger qu’à chanter. Ce n’est pas Merry Clayton qui le veut.

La fin, lui, est acquise d’avance. “Jumpin’ Jack Flash”, “Sympathy For The Devil” et “(I Can’t Get No) Satisfaction” terminent cet adieu en un coup d’œil. Ce soir à Bruxelles il y avait beaucoup de générosité et un vibrant parfum de nostalgie. Alors que Richards descendait la longue allée pour saluer la foule, sa main a dit au revoir. Merci les gars, ces soixante années ont été fantastiques et cet adieu en valait la peine.

© JC Guillaume © JC Guillaume

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