L’hypothèse de la majorité relative, impensable dans le deuxième quinquennat d’Emmanuel Macron

“Anarchie”, “folie”, “désordre”… Dès le soir du premier tour des élections législatives, qui a consacré le duel entre Ensemble ! et la Nouvelle Union populaire écologique et sociale (Nupes), la majorité présidentielle ne ménage pas ses efforts pour mobiliser les électeurs et les inciter à battre les candidats syndicaux de gauche et leur chef de file, Jean-Luc Mélenchon. Toujours persuadé qu’il pourrait être “élu” Premier ministre, le chef de file de La France insoumise (LFI) s’emploie aussi à dramatiser l’intérim. « Le chaos, c’est lui ! » », a-t-il encore une fois répondu, en s’adressant à Emmanuel Macron, dans un entretien au Parisien ce mardi 14 juin.

L’hypothèse – encore improbable il y a encore quelques semaines – que le chef de l’Etat réélu ne puisse disposer que d’une majorité relative à l’Assemblée encourage ces expressions tonitruantes. Pour la première fois depuis 2002 et la réforme du calendrier électoral, le résultat des élections législatives pourrait profiter des mécanismes mis en place sur la V République pour assurer une majorité absolue du Président de la République.

D’ici à dire que la France serait ingouvernable sans 289 députés soutenant M. Macron ? “La majorité relative nous oblige à négocier sans fin, c’est une grande perte de temps”, a plaidé le ministre de l’Economie Bruno Le Maire sur France 2 mardi 14. Sur le soutien du chef de l’Etat, l’hypothèse équivaut donc à une « crise politique et institutionnelle ». Il y a eu deux cas de majorité relative dans le passé : sous le général de Gaulle (1958-1962), puis sous François Mitterrand avec Michel Rocard comme Premier ministre (1988-1991). Cela n’a pas paralysé, à l’époque, les performances de l’exécutif, selon Marie-Anne Cohendet, professeur de droit constitutionnel à l’université Paris-I.

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Au contraire, elle a même permis, dans le cas de Michel Rocard, de réhabiliter la culture de l’engagement par des majorités élargies, malgré le recours à l’article 49.3 à 28 reprises. “La raison d’être d’un Parlement, c’est de négocier, et l’un des grands vices de la Ve République, c’est qu’on ne négocie pas assez parce qu’on a trop souvent une majorité à l’attention du chef de l’Etat”, a-t-elle dit. Cohendet. Dans la Constitution de 1958, même le président sans majorité a le droit de dissoudre, ainsi que le recours à l’article 49.3, limité depuis la révision de 2008 à un projet de loi de finances et un autre texte par session parlementaire.

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