Ligotés et encadrés, les 89 députés du RN reviennent à l’Assemblée nationale

Marine Le Pen, à l’entrée de l’Assemblée nationale, reçue par les nouveaux députés, le 22 juin 2022, à Paris. JULIEN MUGUET POUR “LE MONDE”

La rue de l’Université est parallèle à la Seine. Devant le numéro 126, mercredi 22 juin, plus de 80 députés du parti lepéniste sont, fébrilement et à trente et un ans (hommes en cravate), dans un joyeux bordel entre les caméras des médias. Ils affrontent le Palais-Bourbon qui s’apprête à investir en tant que premier groupe d’opposition. “Depuis trente ans, nous attendions d’avoir des représentants en masse à l’Assemblée”, a déclaré l’inconstante Laure Lavalette, députée du Var. Alléluia, les gens qui votent pour nous ne sont plus considérés comme des sous-citoyens ! « Sollicité partout, Renaud Labaye, directeur de cabinet de Marine Le Pen et futur secrétaire général du groupe, passe et repasse son dossier sous le bras, avec l’impression d’être « un peu le ‘singe’ du terrain ».

Soudain, applaudissements. Le groupe se rassemble vers l’entrée de l’Assemblée, où sort Marine Le Pen, robe violette et les yeux embués d’émotion. La petite foule encombrée forme maintenant un bloc. Il s’avance vers la tête dans une sorte de cortège respectueux. Puis, les neuf élus traversent la rue qui les sépare de leur nouvelle vie, de leur fauteuil parlementaire, de leur mouchoir tricolore et de leur insigne distinctif à la frontière de la République française, et de toute la respectabilité vouée aux députés de la nation. . Une autre dimension.

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Sur le seuil du Palace-Bourbon, Marine Le Pen les accueille. Un par un, chacun vient recevoir l’onction sous forme de « bravo », une étreinte chaleureuse, une longue étreinte. Puis ils rejoignent la cour d’honneur. José Beaurain, le premier député aveugle, lui prend la tête par le bras pour l’accompagner jusqu’aux marches où les 89 élus poseront pour la photo de groupe. Là encore, ils applaudissent longuement leur chef en s’inclinant devant lui. Marine Le Pen tweetera le cliché triomphant, avec le slogan d’Eric Zemmour, son défunt rival de droite : « Ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait. »

“Les compteurs sont redémarrés”

“C’est vrai”, ont dit les huissiers et les administrateurs de l’Assemblée, qui se sont accrochés à chaque coin des allées pour guider les nouveaux arrivants. “Pour nous, rien ne change, nous ne les traiterons pas différemment des autres”, a déclaré l’un d’eux, dans sa rigidité de neutralité administrative. Des députés entrent dans la salle des pas perdus, récupérés par des journalistes venus observer cette étrange matinée. Costume bleu pétard, Frédéric Boccaletti, député du Var, tente d’esquiver les questions sur son passé – il a été condamné à six mois de prison en 2000 pour violences avec armes à feu : “Les Français comptent sur nous pour les défendre, so farem. assumer ces responsabilités. Si la facture du pouvoir d’achat va dans le bon sens, nous voterons pour. Nous ne sommes pas des sectaires. »

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