“L’inflation est l’impôt le plus régressif possible”

Luiz Pereira da Silva, février 2020. BRI

Avec le grand retour de l’inflation, les banques centrales sont au centre des débats. La Banque centrale européenne (BCE) organise son grand forum annuel à partir du lundi 27 juin à Sintra, au Portugal, qui réunira les patrons de la Réserve fédérale (Fed), de la BCE et de la Banque d’Angleterre. En parallèle, la Banque des règlements internationaux (BRI), organisme international surnommé la « banque centrale des banques centrales », publie son rapport annuel le dimanche 26 juin. Luiz Pereira da Silva, son directeur général adjoint, met en garde contre le danger de tomber dans un régime de forte inflation.

L’inflation a atteint 8,1% dans la zone euro, 9,1% au Royaume-Uni, 8,6% aux États-Unis. Comment faire face?

Je viens d’un pays en voie de développement, je suis brésilien. J’ai un souvenir particulièrement vif de ce qu’est l’inflation. C’est l’impôt le plus régressif possible : il bouffe les salaires, affecte la vie des plus pauvres, pèse sur le pouvoir d’achat des salariés, les empêche de se projeter dans l’avenir. Tout doit être fait pour éviter que l’inflation ne change de sens, c’est-à-dire qu’elle s’oriente vers une hausse durable et élevée des prix, qui se diffuse dans l’ensemble de l’économie. Cela nécessite de s’ancrer dans les attentes des agents économiques, dans l’esprit des gens, que cette situation ne dure pas. Comment faire? La tâche des banques centrales est de ramener l’inflation à un niveau stable. Tous sont en train d’agir. Ils ont l’expérience et les outils pour y parvenir.

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Le Brésil a connu une hyperinflation dans les années 1980 et 1990, puis a culminé à près de 20 % au début des années 2000 et encore 12 % aujourd’hui. Parlez-nous de l’impact que cela a eu…

L’inflation touche d’abord les plus pauvres, les salariés, les personnes qui n’ont pas la capacité de protéger leurs revenus avec des outils financiers indexés sur la hausse des prix. Cela signifie une instabilité beaucoup plus grande en termes de décision d’investissement, une croissance plus faible… On fait face à une incertitude sur les revenus en fin de mois, le pouvoir d’achat, le bon investissement à faire dans l’économie. C’est pourquoi les banques centrales ont un rôle déterminant à jouer.

Ils doivent être considérés comme des fournisseurs d’un bien commun, c’est-à-dire la stabilité financière et des prix. C’est ce bien commun qui nous permet de réfléchir à la croissance à long terme. C’est une base pour des réformes structurelles avec beaucoup plus de consensus social. Encore une fois, croyez en l’expérience d’un pays émergent : mener des réformes pour la croissance dans une période d’instabilité financière et des prix est une chose très difficile, voire impossible. Il faut d’abord poser les fondations de la maison avant de pouvoir discuter du reste…

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