Gérald Darmanin a été instrumentalisé par un jeune couple d’Ile-de-France, signalé dans un reportage controversé par le Parisien ? Vingt-quatre heures après la publication, le 9 juin, d’une vidéo de nos confrères sur deux jeunes propriétaires face à des squatteurs dans leur logement flambant neuf à Ollainville, dans l’Essonne, le ministre de l’Intérieur a publiquement réclamé – et obtenu – une formalisation. préavis du préfet, dans le cadre d’une procédure administrative d’éloignement.
Face aux menaces soulevées par la médiatisation de l’affaire, le couple et les cinq enfants occupant le logement ont finalement quitté les lieux par leurs propres moyens, jeudi soir 9 juin, non sans subir quelques violences. “Un groupe de personnes cagoulées et masquées est apparu et a utilisé des gaz lacrymogènes sur la famille, les agressant physiquement. alors signale le Parisien. L’intérieur de sa voiture puis l’intérieur de la maison ont également été aspergés de gaz lacrymogène. Le véhicule a également été endommagé. La famille a appelé les gendarmes et a immédiatement porté plainte.Selon la préfecture de l’Essonne, contactée par Voir les nouvelles , “Ces faits font l’objet d’une enquête judiciaire par la gendarmerie.”
Une découverte qui n’en est pas une
Au début de cette affaire, un rapport du Parisien publié le 8 juin donc, qui a fait grand bruit sur les réseaux sociaux. “Alors voici la maison que nous venons d’acheter le 19 mai,explique Laurent M., direction l’immeuble avec Elodie G. C’était un projet de vie réussi, mais nous avions un gros problème : le 19 mai, quand nous sommes allés signer, nous sommes venus ici pour faire la fête et avons rencontré des squatteurs.
“Un couple et quatre enfants (sic) qui sont à la maison et ne veulent pas partir” poursuit Elodie, qui dit avoir appelé les gendarmes, “dire que[ils] il nous donnera la raison pour laquelle nous avions tous les papiers.”Déception: “Ils nous ont dit non, [car] officiellement, aux yeux de la loi, ce sont eux à la maison. […]. Là on prend une douche froide, on se dit qu’on va repartir par étapes qui n’en finissent pas, [alors que nous]à côté, on a notre loyer, nos crédits, c’est affligeant” . Pour Laurent, “Soudain, tout s’effondre, tout s’effondre. C’est du rêve au cauchemar.” Élodie est d’accord : “Au début on y croyait, on pensait que ça allait vite.”Mais Laurent explique : “On a appelé un huissier, il nous a dit ‘Non, non, ce sont des procédures qui prennent des années.'”
Ce reportage sur ce jeune couple qui découvre, le jour de la remise des clés, que la maison de leurs rêves est occupée, a fait le tour du net. Cependant, il a un problème : les deux jeunes hommes savaient en effet, plusieurs mois avant l’achat, que la maison était occupée. C’est même ce petit détail qui leur a permis d’acquérir une maison à prix d’or : 140 000 euros pour un immeuble de 70 mètres carrés et un terrain de 1 800 mètres carrés. Une information évoquée, jeudi après-midi, dans un reportage de BFMTV.
“Un bien à un coût très intéressant”
Dans une vidéo mise en ligne le jour de la signature chez le notaire, le 19 mai, et découverte par un internaute, Samira C., la “conseillère en immobilier”, détaille ainsi les conditions de la vente : “En février dernier, j’ai mis en vente une propriété très spéciale. C’était vide, c’était vieux, c’était une ferme. Lors de ma première visite, tout allait bien. Et puis je suis tombé nez à nez avec deux squatteurs. Finalement, ces deux personnes sont parties. J’ai pu récupérer le bien, faire des visites », elle explique. Quelque temps plus tard, le logement est réoccupé. Cela n’empêche pas Samira C. de trouver un repreneur : Elodie G. « Il a une propriété avec un coût très intéressant pour tous les travaux de restauration, pour l’occupation des squatters. […]. Il y a des procédures à mettre en place.puis il accueille Samira C., toujours face caméra.
Dans une autre vidéo tournée probablement le même jour, le consultant immobilier est filmé aux côtés d’Elodie G., devant l’étude notariale d’Arpajon. Selon la préfecture de l’Essonne, il est effectivement l’unique acquéreur. “C’est la première fois que je vends sans remettre la clé. […] La ferme était déjà occupée. Il faudra donc [elle mime un coup de balai de la main, ndlr] mettre les personnes à l’intérieur entre guillemets, récupérer le bon et refaire toutes les clés”, elle explique. Contacté par Le Parisien le Conseil Supérieur du Notariat a confirmé que la mention d’un “occupation sans droit ni titre”Imaginer “noir sur blanc dans l’acte de vente”.
Selon les éléments mentionnés dans le dossier préfectoral, Saber B., le père de famille qui occupe la maison, a été entendu par la gendarmerie d’Egly le 20 mai, au lendemain de la vente. L’homme de 41 ans aurait déménagé huit mois plus tôt avec sa femme et ses cinq enfants âgés de 4 à 16 ans. Dans ses mots, “la maison était déjà occupée par deux personnes avant l’arrivée de sa famille”, informe le décret. Lors de son audition, Saber B. a également déclaré – toujours selon la préfecture – avoir acheté la propriété à un certain Issam A. pour un montant de 120 000 euros en espèces. “Le vendeur aurait donné les clés de la maison pour l’installation de la famille B.” , indique la préfecture. Saber B. n’en a pas, cependant “document valide”démontrant cette transaction.
Des doutes sur la mise en demeure
A noter qu’en avril 2021, la préfecture avait déjà pris un arrêté contre deux occupants, alors que la maison avait été mise en vente après un héritage. Mais selon Elodie G., en septembre 2021, l’appartement semblait vide et inaccessible, car l’agence immobilière avait pu ouvrir la maison avec plein de clés. “La maison était complètement vide avec un matelas dans une pièce sans meuble ni linge à l’intérieur” , peut-on lire dans le décret. Le 3 juin, un “Dépôt de plainte par l’occupant légitime des lieux” est enregistré pour les actes de squat. Le même jour, la gendarmerie constate que les serrures de la maison ont été changées. la “passerelle [était] cadenas »et “les fenêtres de la porte d’entrée de la maison […] cassé”. Le 9 juin, au lendemain de la publication du rapport par ParisienElodie G. a alors demandé à la préfecture “Mettre en demeure les occupants illégalement installés sur la propriété à laquelle ils appartiennent”.
Contacté par Voir les nouvellesJean-Baptiste Eyraud, président du Droit au logement (DAL), a de très sérieux doutes sur la légitimité de cette demande : “C’est simplement venu à notre connaissance à ce moment-là. Il n’est pas possible de recourir à une expulsion administrative, donc sans juge, pour une maison vide. Dans le décret, il est également rapporté que la même jeune femme [Elodie, ndlr] dit que l’appartement était vide “. Quoi qu’il en soit, ajoute Eyraud, “ce n’était pas leur domicile au sens juridique du terme, le seul statut qui leur aurait permis de se passer du juge” . Et le président du Dal de proposer à la famille expulsée de le contacter. “Au lieu de se réjouir d’avoir réussi à expulser une famille de cinq enfants, le ministre aurait mieux fait de s’inquiéter d’essayer de les reloger”. ajouter.
Demandé par Voir les nouvellespour savoir si le ministre de l’intérieur savait que le jeune couple avait su, bien avant l’achat, que la maison était occupée, lui permettant d’acheter à bas prix, son cabinet a répondu qu’ils n’avaient pas “commentaires à faire”. Aux côtés d’Amélie de Montchalin, ministre de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires, qui s’est jointe à la pétition d’expulsion, nous expliquons que nous étions fondés “sur les faits très nettement caractérisés par le préfet, c’est-à-dire une occupation illégitime des lieux”. Il a toutefois ajouté que le ministre avait également demandé au préfet de l’Essonne d’étudier des solutions de relogement pour la famille expulsée.