Qui est responsable du Sri Lanka ? Le président Gotabaya Rajapaksa a fui le palais présidentiel de Colombo avant que les manifestants ne l’envahissent pour exiger sa démission le samedi 9 juillet. Le Premier ministre a également annoncé sa démission. On vous dit ce que l’on sait de ces émeutes, deux mois après de violents affrontements qui avaient déjà conduit à la démission du précédent chef du gouvernement.
Le palais présidentiel et la résidence du Premier ministre pris d’assaut
Des centaines de manifestants ont pris d’assaut le palais présidentiel de Colombo, la capitale économique du Sri Lanka, ainsi que le siège du ministère des Finances et les bureaux présidentiels, selon Reuters*. Des centaines de milliers de personnes se sont également rassemblées dans les rues environnantes pour exiger la démission du chef de l’Etat. Certains sont alors entrés dans la résidence privée du premier ministre, Ranil Wickremesinghe, en son absence “et l’ont incendié” selon les services du chef du gouvernement.
Des vidéos diffusées en direct par certains manifestants montrent la foule entrant dans le secrétariat présidentiel. Certains se sont baignés dans la piscine ou se sont amusés dans les dortoirs de la résidence.
Sri Lanka : Vidéo montrant des manifestants nageant dans la piscine de la résidence présidentielle de Colombo 6.936707959703428, 79.84282769824112 Géolocalisation : pic.twitter.com/o3cewgkBaS
— Rebecca Rambar (@RebeccaRambar) 9 juillet 2022
Les forces de sécurité avaient imposé vendredi un couvre-feu, mais celui-ci a été ignoré puis levé après des menaces de poursuites judiciaires par l’opposition. Ils ont tenté de disperser la foule en tirant en l’air et en utilisant des gaz lacrymogènes. Trois personnes ont été abattues et 52 autres ont été blessées, selon l’hôpital principal de Colombo.
Le président en fuite, le premier ministre va démissionner
Gotabaya Rajapaksa a fui quelques minutes avant l’arrivée des manifestants vers 10 heures, heure locale. Le président, élu en 2019, “a été escorté en lieu sûr” et “est protégé par une unité militaire”, selon une source de la Défense à l’AFP. Mais les responsables gouvernementaux ont admis qu’ils n’étaient pas au courant des intentions de Gotabaya Rajapaksa. “Nous attendons des instructions”, a déclaré à l’AFP un haut responsable. Des chefs de parti ont appelé à la démission du président, selon un député sur Twitter*.
A la résidence du porte-parole réunion urgente du chef du parti. Plusieurs autres dirigeants, dont PM, AKD et Sumanthiran, ont participé via zoom. Décision d’appeler à la démission du président et du premier ministre. Le président assurera la présidence provisoire conformément à la constitution. pic.twitter.com/RyauaIvCei
– Rauff Hakeem (@Rauff_Hakeem) 9 juillet 2022
A l’issue d’une réunion d’urgence à laquelle les dirigeants des partis politiques ont été conviés, le Premier ministre Ranil Wickremesinghe a proposé de démissionner pour former un nouveau gouvernement d’union nationale. “Pour assurer la continuité du gouvernement et la sécurité des citoyens, j’accepte aujourd’hui la recommandation des chefs de parti de céder la place à un gouvernement inclusif”, a écrit le responsable sur Twitter*, ajoutant : “Je démissionnerai de mes fonctions de Premier ministre. ” Il a également été conduit en lieu sûr, selon ses services.
Pour assurer la continuité du gouvernement, y compris la sécurité de tous les citoyens, j’accepte la meilleure recommandation des chefs de parti aujourd’hui, de céder la place à un gouvernement de tous les partis.
Pour faciliter cela, je démissionnerai de mon poste de Premier ministre.
— Ranil Wickremesinghe (@RW_UNP) 9 juillet 2022
Ranil Wickremesinghe est revenu au pouvoir en mai après la démission du Premier ministre de l’époque et frère du président Mahinda Rajapaksa au milieu des précédentes manifestations contre la crise économique. En cas de démission des deux principales personnalités politiques du pays, c’est le président du Parlement qui assurera l’intérim de la présidence pendant 30 jours. Durant cette période, les députés devront désigner un nouveau président au sein de l’Assemblée pour assurer la fin du mandat de Gotabaya Rajapaksa, jusqu’en 2024.
Le Sri Lanka exaspéré par la crise économique
Les manifestants accusent Gotabaya Rajapaksa et son entourage d’être responsables de la crise économique du pays depuis 2021, la pire de son histoire depuis l’indépendance. Les manifestants campent devant les bureaux présidentiels depuis trois mois. En mai, les manifestations avaient déjà fait neuf morts et des centaines de blessés.
Le pays souffre de pénuries généralisées : il n’a plus assez de carburant pour couvrir sa consommation régulière, les coupures d’électricité sont quotidiennes et les prix à la consommation ont augmenté de 54,6 % sur un an en juin, selon la Banque centrale*. La monnaie nationale a perdu près de 50 % de sa valeur depuis mars, et le pays, privé de revenus touristiques avec la crise du Covid-19, est incapable de payer sa dette extérieure de 51 milliards de dollars depuis avril. Le pays a entamé des pourparlers de sauvetage avec le Fonds monétaire international.
Une situation aggravée par la guerre en Ukraine et un certain nombre de décisions politiques, comme le passage forcé à l’agriculture 100 % biologique en avril 2021 qui a provoqué un effondrement de la production et a été annulé six mois plus tard. Face à ces difficultés, 86% des familles mangent moins ou sautent des repas, selon le Programme alimentaire mondial*. Les écoles et les services gouvernementaux non essentiels ont également été fermés jusqu’à nouvel ordre*.
* Les liens suivis d’un astérisque sont en anglais.