Les nouveaux députés du Rassemblement national de la XVIe législature reviennent au Palais-Bourbon, emmenés par Marine Le Pen, à Paris, le 22 juin 2022. JULIEN MUGUET POUR “LE MONDE”
Un gros caillou sur la chaussure. Alors que Marine Le Pen voulait mettre en scène, à l’Assemblée nationale, une “opposition constructive” à l’exécutif et se démarquer coûte que coûte de La France insoumise, la révocation du droit fédéral à l’avortement aux Etats-Unis vient perturber ses plans. La voici directement interpellée pour soutenir le projet de loi constitutionnelle d’Aurore Bergé, présidente du groupe Renaissance, qui vise à inscrire le droit à l’avortement dans la Constitution. La députée du parti présidentiel a pointé les députés RN comme de “farouches opposants à l’accès des femmes à l’IVG”, estimant que “malheureusement, rien n’est impossible” et que ce droit pourrait être “contesté”.
Contre le mur, Marine Le Pen n’exclut pas de faire voter ce texte par les députés LRM, emprunté à la gauche et désormais soutenu par le gouvernement. “Pourquoi pas”, a déclaré le leader du groupe RN au Monde samedi 25 juin. Avant d’ajouter : « Mais cette agitation ne me semble pas justifiée. Nous ne sommes pas les États-Unis et aucun parti n’envisage de modifier notre législation. »
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L’initiative n’est d’ailleurs pas une priorité aux yeux de Jordan Bardella, président par intérim du RN, qui tente de minimiser. “Aucun mouvement politique sérieux en France ne remet en cause la loi Veil, acquise pour être protégée”, a-t-il écrit samedi sur Twitter, avant de juger que le gouvernement “instrumentalise ce qui relève de la politique intérieure américaine pour créer du fun : où sont-ils ?” leurs urgences “. pouvoir d’achat et plans anti-immigration ? »
Quand Marine Le Pen pointait du doigt “les avortements de confort”
En fait, la question embarrasse profondément le Rassemblement national. Il renvoie le président de son groupe à ses fonctions passées, à son soutien maintes fois exprimé à Donald Trump et à l’activisme anti-avortement qui règne dans sa famille politique. En 2012, Marine Le Pen plaidait toujours pour que la Sécurité sociale paie l’avortement, a-t-elle dit, pour dissuader les prétendus “avortements de confort”. Ses déclarations avaient suscité une vive condamnation. C’est “ce qui nous séparera pour toujours et pour longtemps”, lui avait dit Jean-Luc Mélenchon lors d’un débat électrique dans l’émission “Des mots et des actes” sur France 2. La première égalité, c’est le pouvoir. disposer librement de soi et de son corps. »
Dix ans plus tard, Marine Le Pen n’attaque plus le droit à l’avortement de manière aussi frontale. L’aile catholique d’extrême droite traditionnelle dirigée par sa nièce Marion Maréchal s’est en partie scindée pour rejoindre le polémiste nationaliste Eric Zemmour. Mais le 24 juin 2021, un an à peine avant la décision de la Cour suprême des États-Unis, les députés du RN dirigés par Jordan Bardella au Parlement européen ont voté contre une résolution exhortant les États de l’UE à “garantir l’accès universel à un avortement sûr et légal”, soit en dépénalisant l’avortement. ou en luttant contre les obstacles de facto à l’avortement légal, afin de protéger la santé et les droits des femmes. Trois de ces députés RN siègent désormais à l’Assemblée nationale : Hélène Laporte, députée du Lot-et-Garonne ; Julie Lechanteux, députée du Var ; et Joëlle Melin, députée des Bouches-du-Rhône.
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