Le gouvernement a annoncé vendredi le déploiement en urgence d’un escadron de gendarmes mobiles sur l’île de Mayotte, en pleine violence et où deux magistrats ont été agressés, pour “rétablir l’ordre républicain” à la demande du préfet. Des gangs rivaux se battent depuis lundi à Majicavo et Koungou, dans le nord-est du département, après l’agression à l’arme blanche d’un jeune homme la veille.
Vendredi, des policiers en tenue anti-émeute ont pris d’assaut un rassemblement, évacuant des centaines de manifestants par camion et tirant des barricades, dans un communiqué de presse conjoint. .
Des magistrats agressés
Deux magistrats ont porté plainte vendredi après avoir été agressés la veille par un groupe de personnes armées de machettes, qui ont attaqué leurs véhicules alors qu’ils sortaient du tribunal pour rentrer chez eux, selon une source judiciaire.
Le président du tribunal, Laurent Ben Kemoun, est sorti de sa réserve jeudi après-midi avec la publication d’un texte sur son compte Linkedin : « En ce moment même, une centaine de voyous cassent, incendient, pillent, embêtent autour du palais de justice où plusieurs personnes sont échoué (…) Je me prépare à une nuit d’angoisse jusqu’à ce que toutes mes troupes aient été exfiltrées. »
La mort d’un jeune homme comme élément déclencheur
A l’origine de ce nouvel épisode de violence dans le 101e département français, la mort d’un jeune homme de Koungou, qui a entraîné une série de représailles. Le même scénario se répète à chaque fois : les affrontements aux heures de pointe perturbent un trafic déjà saturé sur l’île, les gendarmes interviennent et deviennent à leur tour la cible de jets de pierres.
Un scénario banal dans “l’île aux parfums”, où l’immigration et la misère ont accentué les clivages entre villes et quartiers dont les jeunes sont régulièrement confrontés aux pierres et aux couteaux.
Des précédents en mai et février
L’envoi d’une escouade de gendarmes mobiles à Mayotte, une réponse d’urgence déjà prévue lors des précédentes émeutes, ne règle pas le problème à la racine, selon le député LR Mansour Kamardine, candidat à sa succession au sud de l’île. “L’augmentation significative de 40% de l’application des lois que nous avons obtenue ces dernières années ne contrôle pas l’aggravation de la situation”, a-t-il déclaré dans un communiqué.
Le 29 mai, un jeune homme était déjà mort à Acoua, dans le nord-ouest, après un coup de couteau. L’agresseur a été arrêté deux jours plus tard et incarcéré. Mayotte, archipel de l’océan Indien, est régulièrement secouée par des flambées de violence entre gangs rivaux ou contre les forces de l’ordre qui interviennent pour y mettre fin.
En février, des habitants exaspérés avaient bloqué l’accès à leur quartier pendant plusieurs jours et tenté d’obstruer les voies de circulation. En 2021, le parquet de Mamoudzou a constaté une augmentation de 25% des saisines pour faits criminels à Mayotte et une augmentation de 21% des délits.