Mer Méditerranée à 30°C : quelles conséquences pour la vie marine et terrestre ?

FOCUS – “Un pic de 30,7 °C”, enregistré sur les côtes de Corse dimanche 24 juillet, témoigne d’une canicule en mer. Cet événement climatique extrême a des répercussions sur les espèces qui vivent dans ce milieu.

La canicule se fait sentir jusqu’en Méditerranée. Une bouée, située au large d’Alistro en Corse (est), a enregistré “un pic à 30,7°C” dans l’après-midi du dimanche 24 juillet, selon l’Observatoire météorologique de Keraunos. Cette anomalie climatique extrême est exceptionnelle, les températures sont en moyenne 5°C supérieures à la normale pour la saison, explique l’observatoire.

La “canicule de la mer” touche l’ouest de la Méditerranée, du détroit de Gibraltar à Naples (Italie), avec des températures comprises entre 26 et 30 °C, “ce qui est totalement anormal”, explique Samuel Samot dans Le Figaro, chercheur au Recherche météorologique nationale. Centre (CRNM). “Récemment, nous avons enregistré jusqu’à 6,5°C au-dessus de la normale. En principe, la température de l’eau ne varie pas d’une semaine sur l’autre”, ajoute le chercheur contacté par Le Figaro.

Le réchauffement climatique est-il responsable ?

Ces événements climatiques extrêmes apparaissent dans un contexte de réchauffement climatique des eaux depuis la fin du 19ème siècle, dû aux activités humaines. A Villefranche-sur-Mer, par exemple, “la température de l’eau a augmenté de 0,9 % ces quinze dernières années”, précise Jean-Pierre Gattuso, chercheur CNRS au Laboratoire d’océanographie de Villefranche. Mais cette augmentation concerne principalement la surface de l’eau. “En profondeur, la Méditerranée est à 13°C”, explique le scientifique au Figaro. Les canicules successives qui frappent l’Europe sont la principale cause de la canicule : “On peut dire que le réchauffement climatique amplifie le phénomène”, assure Samuel Samot.

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En réalité, ce n’est pas l’augmentation de la température de la mer qui inquiète les chercheurs, mais la durée et l’intensité de ces épisodes caniculaires. « La mer atteint 30 °C chaque année, mais plus la canicule dure longtemps, plus elle a d’impact sur les écosystèmes », explique Thierry Pérez, chercheur CNRS à l’Institut méditerranéen de la biodiversité et de l’écologie marines et continentales.

Quelles répercussions sur la biodiversité marine ?

La principale conséquence est la mortalité massive de certaines espèces comme les coraux, les gorgones (coraux, NDLR), les posidonies (herbes marines, NDLR), les oursins ou les éponges. “Les êtres vivants ancrés à la roche ou au sable” sont particulièrement préoccupants car ils “ne peuvent pas se déplacer” vers des eaux plus froides, rapporte Samuel Samot. “Des températures élevées favorisent le développement de maladies” qui provoquent la mort de ces êtres, précise le chercheur du CRNM.

Paramuricea clavata, une espèce vulnérable de gorgones en mer Méditerranée. Mario Munaretto

Les spécialistes observent également des migrations d’espèces du sud de la Méditerranée vers le nord. Le chercheur Jean-Pierre Gatturo en dénombre “400”, dont “des barracudas ou des mérous”. D’autres, venant de la mer Rouge par le canal de Suez, débarquent dans la partie orientale de la mer. L’expert Thierry Perez appelle ce phénomène « mériodionalisation », en référence aux espèces méridionales en mouvement actuel. “Ils se dirigent vers les pôles pour suivre leurs niches thermiques”, explique Laurent Bopp, chercheur CNRS au Laboratoire de météorologie dynamique, contacté par Le Figaro. Cependant, la Méditerranée présente une limite : “Une fois au nord de la mer, les espèces ne peuvent pas aller plus loin, ce qui les rend plus vulnérables aux dangers”, ajoute-t-il.

Les hommes sont-ils concernés ?

Le déplacement de ces espèces perturbe la chaîne alimentaire marine, mais aussi le commerce de la pêche. “Les pêcheurs ne retrouvent plus les espèces qu’ils avaient l’habitude de pêcher”, déplore Samuel Samot. Les animaux les plus exotiques se retrouvent dans leurs fermes et sont plus difficiles à vendre. Ensuite, les professionnels doivent “apprendre à les valoriser pour les vendre au consommateur”, conclut Thierry Perez.

Les fortes pluies peuvent aussi être une conséquence de l’augmentation de la température de la mer. Jean-Pierre Gattuso évoque des épisodes dans les Cévennes, comme vecteur de catastrophes comme les inondations : « En automne, si la Méditerranée est encore chaude, elle génère beaucoup d’évaporation et les nuages. Cette dernière, saturée d’eau de mer, peut éclater dans les montagnes et provoquer des inondations, comme ce fut le cas en octobre 2020 lors de la tempête Alex dans les Alpes Maritimes ».

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Pour éviter, ou limiter, les répercussions du climat sur la vie marine et terrestre, Laurent Bopp affirme que des solutions sont possibles et efficaces, comme “limiter la pollution, la dégradation de l’habitat marin” ou encore “changer les techniques de pêche”. “Si nous limitons nos émissions, nous pourrons atteindre les chiffres de l’accord de Paris.”

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