A Marseille, “on plie, on gagne de l’argent, mais là on est devant le mur”
« Si quelqu’un me demande immédiatement ce que je veux, je réponds : médecins ! Chef du service des urgences de la Timone à Marseille depuis février dernier, le docteur Céline Meguerditchian jongle, comme à son habitude, avec ses listes de services. Aujourd’hui, il y a quatre médecins urgentistes, plus un médecin orthopédiste qui gère la ligne de traumatologie.
“On devrait être nouveaux, mais on s’est réorganisé pour assurer la continuité et respecter les horaires de travail”, explique le Marseillais de 42 ans. Depuis minuit, quatre-vingts patients se sont présentés au service. “A 11 heures du matin, trente-cinq sont aux urgences. Après un long week-end, j’avais peur que ce soit plus compliqué, mais pour l’instant c’est calme”, a-t-il déclaré. Le seuil de saturation est fixé à soixante patients. Ici, avec une moyenne de 250 passages quotidiens, on s’y rend régulièrement.
“Les urgences sont la vitrine du système de santé. Nous sommes au carrefour de la médecine de ville et de l’hôpital. Nous souffrons de carences dans les deux secteurs. Et ici, les symptômes se voient plus que dans un service au sixième étage ou dans un cabinet médical”, reconnaît Céline Meguerditchian.
Durant le week-end de Pentecôte, un patient est arrivé en ambulance de Seine-et-Marne. “Un dysfonctionnement qu’il fallait gérer”, souffle-t-elle, impuissante face à ces scénarios.
Céline Meguerditchian, responsable du service Timone, à Marseille, le 7 juin 2022. OLIVIER MONGE / MYOP POUR “LE MONDE”
Le chef adjoint du service, Gilles Gambini, 51 ans, qui pratique la médecine d’urgence depuis vingt-trois ans, estime que la crise à l’hôpital “est sans précédent”. “Nous avons eu des problèmes de personnel, nous avons vu la fréquentation augmenter, mais jamais comme ça”, a-t-il déclaré. “Nous avons commencé à demander des stagiaires… qui quelques jours plus tard nous ont dit qu’ils ne voulaient pas revenir. »
Comme d’autres médecins de service, il a renoncé à la pause de Noël et réduit la pause estivale de trois semaines à quinze jours. “On plie, on rentre, mais là on est devant le mur. Et la nouveauté, c’est que partout c’est pareil”, pointe-t-il.
Pour ce médecin urgentiste, la fermeture partielle et temporaire des services d’urgence de Bordeaux a été un “choc”. « Voir un CHU touché a été brutal. Ici, on fait tout pour que le service ne ferme pas. » Avec une petite barbe poivre et sel derrière le masque, il passe quelques minutes dans son cabinet à répondre aux questions et échapper aux sollicitations. « En réduisant le nombre de médecins, chacun de nous doit s’occuper de plus de patients. Avoir douze, treize, quatorze en ligne active n’est pas idéal. Il y a un risque de moins bon suivi.
“Le problème aujourd’hui, c’est comment on passe l’été, mais surtout qu’est-ce qu’on fait pour l’avenir ? Il conclut, inquiet de la charge déjà pesante sur les médecins mineurs du service. « Voudront-ils continuer avec nous ? »
Gilles Rof (Marseille, correspondant)