AFP, publié le mercredi 10 août 2022 à 08h19
Comment se transmet la variole du singe ? Existe-t-il des symptômes spécifiques de l’épidémie actuelle ? Après plusieurs mois d’épidémie, on commence à en savoir plus, avec confirmation : les contaminations actuelles sont principalement liées aux rapports sexuels.
Trois mois après le début de l’épidémie, près de 28 000 cas ont été confirmés dans le monde et les premiers décès commencent à être enregistrés. Dans ce contexte, il est essentiel de mieux connaître la maladie pour mieux la combattre.
– Quel profil ? –
La variole du singe est certainement connue depuis plusieurs décennies dans une dizaine de pays africains.
Mais l’épidémie actuelle présente de nombreuses particularités, dont la première est le profil des malades.
Ce sont majoritairement des hommes adultes qui entretiennent des relations homosexuelles, contrairement à ce qui a été observé en Afrique, où la maladie touche particulièrement de nombreux enfants.
Ces dernières semaines, trois études, publiées dans les principales revues médicales – le British Medical Journal (BMJ), le Lancet et le New England Journal of Medicine (NEJM) – ont dressé un tableau clinique de l’épidémie actuelle, mais seulement travail précoce et fait à partir de quelques centaines de cas.
Ils confirment que la maladie touche principalement les hommes ayant des relations homosexuelles. Dans chaque étude, ils représentent la quasi-totalité des patients.
– Quelle transmission ? –
La prédominance de ce profil n’a rien d’étonnant car, largement documenté par les premières observations, il a largement guidé les recommandations des autorités sanitaires.
Surtout, cela amène à une autre question. Sachant que le point commun des patients est actuellement de s’inquiéter de leur activité sexuelle, la maladie se transmet-elle par cette dernière ?
La question est sensible car certains spécialistes de la santé publique craignent de stigmatiser les personnes homosexuelles en ciblant leurs relations sexuelles.
Mais des études récentes sont claires. “Nos travaux soutiennent l’idée que le contact corporel lors de l’activité sexuelle est le mécanisme dominant de transmission de la variole du singe” dans l’épidémie actuelle, résume l’étude du Lancet, menée dans plusieurs hôpitaux espagnols.
Cette conclusion repose notamment sur le fait que la charge virale était beaucoup plus élevée dans les lésions cutanées des patients que dans leur système respiratoire.
Dès lors, le constat semble remettre en cause l’idée, avancée par certains chercheurs, que la transmission aéroportée joue également un rôle important dans la pollution.
Cependant, cela ne signifie pas que la maladie est transmise par le sperme. L’hypothèse n’est pas écartée, mais les recherches actuelles sont loin de la prouver.
– Quels symptômes ? –
Les trois études confirment également que l’épidémie actuelle se distingue par ses symptômes.
“Elles diffèrent de celles observées dans les populations touchées par les précédentes épidémies” en Afrique, résume l’étude du BMJ, dont les observations ont été faites au Royaume-Uni.
Certes, deux éléments centraux de la maladie sont encore largement présents : un accès de fièvre, parfois accompagné de douleurs musculaires, et des lésions sur le corps, qui se transforment ensuite en croûtes.
Mais les détails varient et la question est probablement liée à celle de la transmission car, chez les patients récents, certaines manifestations physiques liées à la contamination apparaissent lors des rapports sexuels.
Dans chaque étude, les lésions sont souvent concentrées dans l’anus, le pénis et la bouche. A cela s’ajoutent des complications rarement observées jusqu’à présent : inflammation du rectum ou œdème de la verge.
Qu’en est-il de la gravité de la maladie ? Près de 40% des cas ont fait l’objet de complications, selon l’étude du Lancet, et un cinquième ont été hospitalisés selon le NEJM.
Or, chez ces derniers, « aucune complication grave n’a été identifiée », tempère ce dernier ouvrage, évoquant des données « rassurantes ».
– Quelles incertitudes ? –
Bien que ces travaux permettent de mieux comprendre la maladie, de nombreuses questions restent sans réponse.
C’est notamment le cas de l’efficacité des vaccins. L’étude du Lancet montre qu’une proportion importante (18 %) de patients avaient reçu un vaccin contre la variole, soi-disant pour se protéger contre le monkeypox.
Mais le délai entre la vaccination et la maladie, parfois plusieurs décennies, peut expliquer cette moindre protection.
Enfin, vous devez voir si vous courez un plus grand risque lorsque vous souffrez d’une autre maladie. Près de la moitié (40 %) des patients étudiés dans le Lancet étaient ainsi infectés par le VIH. Mais il est impossible de savoir s’il existe un lien direct ou une simple corrélation.