Mort de “l’écrivain-paysan” Claude Michelet, auteur de la saga Des grives aux loups

Fils de Corrèze, ce “fermier-écrivainNé le 30 mai 1938 à Brive, il a vendu des millions d’ouvrages, fleuron de la littérature populaire loin des grands prix littéraires de Paris.

Auteur de la saga Des grives aux loups, Claude Michelet, mort à 83 ans, était un “paysan-écrivain” qui a vendu des millions de livres, un champion de la littérature populaire loin des grands prix littéraires de Paris.

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Ses romans dits locaux, reflet de la société rurale du siècle dernier, ont eu un immense impact sur la conscience française. Les éditions de Robert Laffont se sont vendues à près de 3 millions d’exemplaires. Avec Des grives aux loups, succès depuis sa parution en 1979, suivi de trois autres romans familiaux (Les palombes n’passera plus ; L’appel des engoulevents ; La terre des Vialhe), s’inscrit dans la lignée des romans populaires du XIXe siècle .

C’est au milieu des années 1970 lors du Salon du livre de Brive qu’un groupe d’écrivains, réunis autour de Jacques Peuchmaurd, directeur littéraire de Robert Laffont, crée “l’Ecole de Brive”. On retrouve Claude Michelet, Gilbert Bordes, Jean-Guy Soumy et Colette Laussac. Car Claude Michelet est un fils de Corrèze. Né à Brive le 30 mai 1938, il est le dernier de sept enfants (raconté dans ses mémoires d’enfance Once Seven, 1970). En 1945, il s’installe à Paris où son père, Edmond Michelet, de retour de Dachau, est nommé ministre des Armées par le général de Gaulle. Hommage à ce catholique résistant dans Mon Père Edmond Michelet (1971).

Jusqu’en 1952, le garçon troublé vit à Paris mais rêve de son camp corrézien où la famille possède une ferme, un ancien refuge maquisard. Dès l’âge de 14 ans, il décide de devenir agriculteur. Diplômé du lycée agricole de Lancosme (Indre), il part faire le service militaire en Algérie (1958-1960). “Appelé en Algérie (…), il n’est jamais revenu complètement, comme tout le monde de sa génération”, a déclaré à l’AFP son jeune fils Jean-Marc, annonçant sa mort.

Épopée familiale

Il s’installe à Marcillac en 1960 dans la maison familiale. Avec dix-neuf acres de terres en jachère, cinq vaches et une génisse, il se mit au travail. AI choice the earth (1975), décrit de manière très simple ses années de dur labeur ponctuées de succès et d’échecs. Fort de ce premier succès, il devient la voix de milliers de petits paysans souvent désorientés par les réformes agraires.

Au fil des pages, il voue un ressentiment tenace aux technocrates, aux planificateurs et aux économistes. Passionné par la cause paysanne, il veut montrer que ces milliers de fermes qui parsèment le pays sont la marque de fabrique de l’identité française. Avec Des grives aux loups, récompensé en 1980 pour le Prix des libraires, Claude Michelet s’est vendu à plus de 500 000 exemplaires en quelques mois. Il raconte l’histoire du XXe siècle de la famille Vialhe installée dans le village de Saint-Libéral (Corrèze).

Le style est simple, les pages sont marquées par les guerres, les conflits générationnels, les révolutions techniques mais aussi les amours, les mariages et les deuils. L’histoire d’une famille française avec des millions et d’un village avec des milliers. Avec son élevage de vaches limousines mais aussi grâce au succès de sa saga, il élève ses six enfants. Un problème de santé l’oblige bientôt à réduire son activité agricole. Méprisé par la critique, il est accusé d’écrire de la sous-littérature. “Ce n’est pas grave, ça ne mérite pas de réponse”, a-t-il déclaré au Parisien en 2000. “Le plus important, c’est que je ne sois pas coupé de mes lecteurs.”

« Être populaire, c’est savoir raconter une histoire tout en apprenant des choses. (…) Les romans qui regardent le nombril tournent un peu en rond à mes yeux. Ils viennent d’écrivains qui passent leur temps à faire de la psychanalyse en public, ce dont le public se fiche. »

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