“On a tout gâché” : pour la Macronie, un premier tour des législatives amer

Le score décevant de la majorité présidentielle, qui n’est que de 25,8 % selon nos estimations, s’explique par une campagne ténue, en partie théorisée par Macron. Mais le président a aussi été pris à son propre piège, accablé par les mauvaises séquences qui ont suivi et la stratégie de Mélenchon.

La plupart des ténors ont l’air gris ce dimanche soir. La coalition Ensemble, qui réunit Renaissance (ex-LaREM), Modem, Horizons et Agir, a recueilli 25,8% des suffrages au premier tour des législatives, selon les estimations réalisées par Elabe pour BFMTV et L’Express en collaboration avec SFR. En 2017, seul le parti d’Emmanuel Macron avait représenté 28,21 %. Pire, la majorité présidentielle est derrière le Nupes (Nouvelle Union de la Gauche Populaire, Écologique et Sociale) et ses 26,2 %.

“On avait l’or entre les mains avec Marine Le Pen qui avait renoncé avant même de se battre et Jean-Luc Mélenchon qui est un bulletin de vote modéré. On a tout gâché, on n’a pas pris le temps de se battre”, déplore un conseiller ministériel. passé par l’Elysée sous François Hollande avec BFMTV.com.

Absence de campagne macronie

Au premier rang des prévenus : la campagne lente, volontairement voulue par le président et finalement subie. A peine nommées, près d’un mois après la réélection d’Emmanuel Macron, Elisabeth Borne et ses ministres ont été contraints à un silence relatif en raison du devoir de réserve imposé aux membres du gouvernement.

Au-delà de quelques difficultés de recrutement à Matignon, la stratégie laissait espérer la possibilité d’éviter toute erreur à quelques semaines des législatives. « Pour l’essentiel, il y avait une obsession : éviter le pépin de la TVA sociale », confiait il y a quelques semaines un ancien premier ministre – évoquant un départ malheureux de Jean-Louis Borloo en 2007, qu’il aurait eu dans le temps. il a perdu des dizaines de sièges à droite.

“D’une certaine manière, le président a voulu laisser l’opposition boxer dans le vide avant le premier tour”, a expliqué un député de gauche.

Problème : La stratégie s’est retournée contre la majorité présidentielle, empêchant de fait les ministres d’accepter les mauvaises nouvelles qui se sont accumulées.

Beaucoup de problèmes

Quelques heures après la nomination de Damien Abad au ministère des Solidarités, Mediapart a révélé que deux femmes l’avaient accusé de viol, ce qu’il a nié. Après avoir hésité sur la stratégie à adopter, l’Elysée a reconnu avoir eu connaissance d’une plainte déposée sans suite, sans en connaître le contenu exact, tandis qu’Élisabeth Borne a affirmé n’être au courant de rien.

A peine quatre jours plus tard, la soirée chaotique de la finale de la Ligue des champions au Stade de France se déroulait sous l’œil attentif de millions de personnes avec une gestion jugée catastrophique par Emmanuel Macron. Le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin a été limogé par l’opposition, Marine Le Pen l’a accusé de “mentir sans vergogne” en mettant en cause des dizaines de milliers de supporters britanniques sans billet, quand Jean-Luc Mélenchon y a vu “son échec”.

“C’est simplement venu à notre connaissance à ce moment-là. équipe de rêve», soupirait un sénateur macroniste à une semaine du premier tour.

Le tout dans un contexte d’inflation record avec une hausse des prix de 5,2% en un an, sans précédent depuis 1985.

Macron, « gonflé » par les législatives ?

Face aux sables sur la machine gouvernementale, Emmanuel Macron est revenu tardivement sur le front, entre un déplacement à Cherbourg sur les urgences, une pédagogie à Marseille, une interview à la presse régionale, un saut en Seine-Saint-Denis et enfin un voyage dans le Tarn. Mais cela ne suffit pas à convaincre les électeurs.

« Les Français ont digéré les premiers pas du deuxième quinquennat et se demandent ce qu’Emmanuel Macron fait de ses journées. Gaspard Gantzer, conseiller en communication de François Hollande à l’Elysée et ancien collègue de l’ENA du président, décrypte.

L’absence de leadership de campagne est également notée puisque Stanislas Guerini, le leader de la Renaissance (ex-LaREM) a été nommé au gouvernement.

“Nous avons un parti qui n’a pas pu présenter de programme pour cette élection, sans aucun chef”, a déclaré Émilie Cariou, élue députée meusienne sous l’étiquette En marche en 2017 avant de quitter la majorité présidentielle en 2020.

“A part la retraite à 65 ans, qui n’est pas vraiment motivante, qu’ont fait les marcheurs ces dernières semaines ? Rien”, coupe l’élu, pas candidat à sa succession.

Pas de stratégie face à Mélenchon

Lancée entre les deux tours, la stratégie électorale de Jean-Luc Mélenchon, qui demandait aux Français de “le choisir Premier ministre”, n’a pas non plus fait de cadeau à la majorité. Après la désunion présidentielle, le chef rebelle a réussi l’exploit d’orchestrer la concentration des écologistes, des socialistes et des communistes sous la bannière du Nupes, la nouvelle union populaire écologique et sociale.

“On a été battus pendant des semaines, d’abord pour cette histoire de Matignon puis pour l’alliance historique de la gauche. Et on s’est contenté de laisser les trains regarder”, raconte un député Modem.

Certains en macronie regrettent également les propos d’Emmanuel Macron qui, selon eux, auraient crédibilisé le scénario évoqué par le chef rebelle de la France.

“Le président choisit la personne qu’il nomme Premier ministre en regardant le parlement. Aucun parti politique ne peut imposer un nom au président”, a-t-il déclaré à la presse régionale le 4 juin, alors que plusieurs sondages tournaient le dos aux noces et à la renaissance. intentions de vote au premier tour des élections législatives.

… regrette encore un député majoritaire.

Attaque trop tard contre Nupes

Seul moment relativement fort de la campagne : la course aux armements entre la majorité présidentielle et Jean-Luc Mélenchon après son tweet jugeant que “la police tue” lundi dernier.

Elisabeth Borne, relativement discrète depuis son arrivée à Matignon, s’est émue de ces déclarations, tout comme Éric Dupond-Moretti, Agnès Pannier-Runacher et Gérald Darmanin.

“On s’est mis à faire de la politique cinq jours avant le premier tour. On avait pourtant un boulevard avec les dérives des Nupes”, déplore un cadre du parti.

C’est maintenant à la Macronie de convaincre le 19 juin et d’essayer d’obtenir malgré tout une majorité absolue avec 289 sièges. Pour l’instant, rien n’est sûr : selon notre estimation Elabe réalisée pour BFMTV et L’Express avec SFR, la coalition Ensemble pourrait réunir entre 260 et 300 députés.

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