“On ne peut plus continuer comme ça” : grève nationale des camionneurs lundi pour réclamer des augmentations de salaire

Camions, autocars, transporteurs de fret ou de fonds, ambulances, déménageurs, logisticiens comme Amazon… Ce lundi à partir de 3 heures du matin, les 790.000 salariés de la branche transport routier sont appelés à bloquer les zones industrielles dans toute la France.

Face à la montée de l’inflation, tous les syndicats — CFDT, CGT, FO, CFTC, CGC — lancent cette journée d’action pour réclamer des hausses salariales à un, voire à deux chiffres dans un secteur où les réseaux se battent pour atteindre le niveau minimum. salaire (1302,64 euros net). “C’est un avertissement que nous voulons adresser aux employeurs, mais aussi au gouvernement et à l’opinion publique. On était considérés comme des salariés indispensables pendant le Covid, mais aujourd’hui on est les oubliés, et ça casse. Si cette journée d’action ne suffit pas, nous allons avoir des ennuis en octobre”, prévient Patrick Blaise de la FGTE CFDT Route, premier syndicat de la profession.

Une vingtaine de gros chantiers devraient être bloqués très rapidement dans la matinée, selon des propos recueillis ce week-end par les syndicats. D’autres pourraient être attaqués à la dernière minute. “Tous les départements seront concernés mais nous ne voulons pas déranger les automobilistes”, précise le dirigeant des camionneurs CFDT, qui compte plus de 6.000 syndicalistes pour bloquer les zones identifiées et effectuer des opérations de remorquage. Pell-mélange, Paris, Marseille, Miramas, Bordeaux, Toulouse, Dunkerque, Rennes, Morlaix, Le Mans, Nantes, Lille, Nancy, Metz, Mulhouse, Lyon… Au moins toute la France sera couverte.

Des augmentations déjà englouties par l’inflation

L’accord issu des négociations annuelles obligatoires (NAO) de février dernier – qui ne couvre pas tous les métiers, comme la logistique ou le transport de fonds – prévoit sans doute une hausse de 5 % de la rémunération des réseaux classiques, pour rattraper son retard. du Smic, et une hausse supplémentaire de 1 % au 1er mai 2022. Des hausses déjà englouties par la hausse des prix (+ 5,5 % en 2022 selon les prévisions de l’INSEE) et jugées nettement insuffisantes , ont martelé les représentants des salariés, majoritairement rémunérés à la salaire minimum – qui dénoncent la politique d’échelons très bas des employeurs et appellent à la reprise des discussions.

« On ne peut pas continuer comme ça en se rémunérant au lance-pierre, la plupart au SMIC, à l’exception des camionneurs au long cours qui sont juste au-dessus ! tempête Patrice Clos, du syndicat des transports FO. « C’est l’effet pervers des coupes de Fillon sur les bas salaires, qui se retournent contre les salariés. Au NAO, les employeurs refusent d’accorder des majorations dignes de ce nom pour ne pas perdre ces exonérations ! il continue.

« Il nous manque 80 000 salariés dont 16 000 chauffeurs de bus et 8 000 chauffeurs scolaires à la rentrée ! Patrick Blaise le souligne encore. Pour lui, c’est le résultat d’une mauvaise gestion des hommes d’affaires et des pouvoirs publics. “En baissant les salaires et en les rendant moins sociaux, la profession n’attire plus. »

Il n’y a pas encore de ministre des Transports

Face à cette menace d’embrasement social, Matignon réfute toutefois toute inquiétude. “Des conversations doivent avoir lieu entre patrons et ouvriers, auxquelles l’Etat ne participe pas directement”, estime l’un des proches d’Elisabeth Borne. Et rappelons que d’importantes mesures ont déjà été prises pour soutenir la filière : aide de 400 millions d’euros à la filière, une prime de 15 centimes/litre à la pompe qui profite aux professionnels…

La menace imminente, cependant, est la perte de tous les gouvernements. La Première ministre Élisabeth Borne est bien placée pour le savoir : en 2017, elle a été appelée à éteindre le feu social qui brûlait dans les transports routiers, les extraordinaires. Elle était alors ministre des Transports. Aujourd’hui, aucun ministre officiel n’est en charge de ce portefeuille !

Cela posera problème ce mardi 28 juin, lorsqu’un Conseil des ministres européens des Transports se tiendra à Lyon. « C’est le ministre délégué aux Collectivités territoriales, Christophe Béchu, qui sera chargé de la (France) représentent”, rectifie Matignon. Les syndicats des transports ont aussi prévu de s’inviter. ” Nous appelons les camionneurs, mais aussi les cheminots, à se réunir à 13 heures près de la gare. Il y aura du monde aussi », prévient Fabrice Michaud du syndicat CGT des camionneurs.

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