Parité euro-dollar : on vous explique pourquoi la monnaie européenne a chuté face au dollar vert

Un euro vaut un dollar, la situation ne s’était pas reproduite depuis l’année de sa mise en circulation. La monnaie unique a brièvement touché la parité exacte mardi 12 juillet avec la devise américaine avant de remonter légèrement. Certains analystes s’attendent même à ce que l’euro tombe sous la valeur du dollar dans les prochains jours, du jamais vu depuis décembre 2002. Pourquoi l’euro a-t-il fortement chuté ces dernières semaines ? Quelles seront les conséquences pour les entreprises et le pouvoir d’achat des ménages ? La situation va-t-elle durer ? Franceinfo répond à trois questions sur cette parité euro-dollar.

Pourquoi cette chute de l’euro face au dollar ?

L’euro est à son plus bas niveau face au dollar depuis 20 ans parce que la situation économique, en premier lieu, n’est pas très bonne pour le continent européen. La proximité de la zone euro avec la guerre en Ukraine inquiète les investisseurs. L’inflation en Europe a grimpé en flèche avec la reprise de l’activité économique après la crise du Covid-19 et a augmenté avec l’invasion russe. Le taux d’inflation moyen de la zone euro a atteint 8,6 % en glissement annuel en juin, un record depuis le début de la publication de l’indicateur en 1997.

Cette inflation, qui dépasse par exemple les 20 % dans les pays baltes, est principalement liée aux prix de l’énergie (électricité, pétrole, gaz, etc.) qui explosent pendant la guerre. La forte dépendance des pays européens aux hydrocarbures russes alors que le Kremlin menace de couper son approvisionnement augmente la pression sur son économie et les craintes de récession. Pour preuve, l’agence Standard and Poor’s place la croissance de l’économie de la zone euro dans le secteur privé en juin au plus bas niveau des 16 derniers mois.

Et alors que l’euro peine depuis quelques semaines, c’est le billet vert américain qui devient attractif pour les investisseurs. “Si on regarde le début de l’année, ce n’est pas tant l’euro qui est faible que le dollar qui est fort, traditionnellement parce que le dollar est une valeur refuge quand il y a des conflits internationaux. La preuve en est que le l’euro s’est davantage apprécié face à d’autres devises comme le yen japonais ou la livre sterling”, a déclaré mercredi à franceinfo François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France. Les Etats-Unis (Fed), notamment, ont stimulé le dollar, un politique que la BCE doit également mettre en œuvre mais seulement à partir de la mi-juillet, rappelle le journal Les Echos.

Parité euro-dollar ➡️ “Ce n’est pas tant l’euro qui est faible que le dollar qui est fort. C’est un soutien aux exportateurs mais l’inflation remonte un peu”, explique François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France pic.twitter .com / 65uvC5huGJ

— franceinfo (@franceinfo) 13 juillet 2022

Quelles seront les conséquences de cette parité ?

La principale conséquence, et la plus directe, est que cette baisse de l’euro face au dollar alimente l’inflation, notamment du prix des hydrocarbures. “C’est plutôt une mauvaise nouvelle car cela va alimenter l’inflation”, a déclaré à franceinfo Jean-Paul Pollin, membre du Cercle des économistes.-Américain, cela veut dire que le prix en euros sera plus élevé.” Si l’euro n’augmente pas rapidement, les prix à la pompe risquent d’augmenter. Un poids supplémentaire sur les portefeuilles domestiques, puisque récemment en France ils sont passés sous la barre des 2 euros le litre.

De nombreuses entreprises françaises et européennes, notamment celles qui sont de faibles exportateurs, ont également une vague vision de cette dépréciation de l’euro. D’abord parce qu’ils consomment aussi des hydrocarbures et vont voir leur facture énergétique augmenter. Ensuite, lorsque ces entreprises importeront, leurs factures augmenteront. Les produits américains seront plus chers, tout comme ceux d’autres parties du monde. Par exemple, de nombreux flux entre l’Asie et l’Europe sont libellés en dollars.

En revanche, cette baisse de l’euro “est une bonne nouvelle en termes d’activité car c’est un soutien pour les exportateurs”, souligne François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France. Les entreprises pourront vendre leurs produits moins cher aux États-Unis ou dans d’autres parties du monde comme le Moyen-Orient ou l’Asie. Les secteurs du luxe, de l’alimentation et des boissons, notamment les secteurs du vin, de l’aéronautique et du tourisme profiteront de cet euro plus faible face au dollar. Ces secteurs « peuvent gagner des parts de marché, mais les effets négatifs de la force du dollar peuvent néanmoins peser lourd pour ces entreprises qui ne seront pas forcément gagnantes », explique Mathieu Plane, économiste à l’Observatoire français des conjonctions économiques (OFCE). . dans le journal Le Parisen (article réservé aux abonnés).

Cette parité va-t-elle durer ?

Impossible de déterminer l’avenir des taux de change avec certitude. Mais on se demande si les institutions monétaires vont agir face à cette chute de l’euro ? En ce moment, ils suivent de près l’évolution du marché des changes, explique le gouverneur de la Banque de France François Villeroy de Galhau : « Ce n’est pas nous, les banques centrales, qui fixons le taux de change (…) mais nous sommes surveiller la situation car elle est importante pour l’inflation. « La politique monétaire mise en œuvre par la Banque centrale européenne sera déterminante, tout comme celle lancée par la Réserve fédérale américaine.

En juin, la BCE a annoncé une série de hausses de taux directeurs. La fin d’une politique de taux d’intérêt historiquement bas, qui selon les spécialistes devrait déjà affecter les taux de change. Mais l’institution financière européenne pourrait se montrer prudente par la suite. « On a vu récemment que la Banque d’Angleterre ou la Banque du Canada ont relevé leurs taux d’intérêt fortement et assez rapidement, explique l’économiste Jean-Paul Pollin. On voit que la Banque centrale européenne hésite parce que cela pourrait mettre l’économie en récession mais surtout parce que la zone euro est hétérogène ». Quand la BCE remonte les taux d’intérêt, elle nuit aux pays en difficulté en augmentant le poids de leur dette publique. « Si on veut éviter une nouvelle crise des dettes souveraines comme en 2011, il faut être prudent et on ne peut pas lutter contre l’inflation comme on le voudrait », décrypte Jean-Paul Pollin. Réduction de la marge de manœuvre de la Banque centrale européenne qui pourrait accentuer les écarts avec le dollar vert à l’avenir.

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