La Fédération des entreprises belges (FEB) organise ce jeudi une conférence sur la sécurité sociale, avec la présence de près de 180 experts, politiques, responsables de la sécurité sociale, représentants du patronat et des syndicats… La direction veut tirer la sonnette d’alarme : notre Secu est en danger. “En tant que FEB, nous gérons la sécurité sociale, explique Pieter Timmermans, directeur général de la FEB. Et mes collaborateurs sont venus me dire il y a quelques mois que, dans toutes les branches où nous siégeons, ce n’est qu’une question de dépense, dépense, dépense. Et personne ne se soucie de savoir si nous pouvons nous le permettre.”
La conférence de la FEB s’intitule « La faillite de la sécurité sociale ? / ! », avec un point d’interrogation et un point d’exclamation. “Notre objectif est de voir avec toutes ces parties prenantes s’il y a un problème ou non, justifie le PDG. Mais nous sommes convaincus qu’il faut tirer la sonnette d’alarme. La sécurité sociale va droit au mur.”
Logique inverse
Et le responsable des patrons de citer plusieurs rapports récents qui mettent en lumière nos problèmes de compétitivité, de financement fiscal (et donc de Sécu) et de coût du vieillissement de la population. “En Belgique, on a une approche un peu bizarre. Avant, quand il y avait de la création de valeur, quand il y avait de la productivité, alors il y avait plus de ressources. Mais depuis les années 80 et 90, c’est tout le contraire : on a besoin de tant d’argent et l’argent doit venir de quelque part. La logique est complètement inversée.
Selon Pieter Timmermans, ce développement s’est accompagné d’une « déresponsabilisation » les gestionnaires de la sécurité sociale, qui se comporteraient “comme un couple qui n’a pas assez d’argent à la fin du mois mais sait que quelqu’un d’autre se rattrapera”. “Précédemment, rappelle le PDG de la FEB, il y avait une gestion de la sécurité sociale par branches (chômage, Inami, allocations familiales, etc.). Par branches il y avait un type de contribution, et chaque comité de gestion était responsable de ses dépenses et de ses revenus. Puis, au cours des années 90, une gestion globale a été créée : tous les revenus vont à l’Office National de Sécurité Sociale et l’ONSS répartit les ressources selon les besoins des différentes branches, devenues, de ce fait, en quête d’argent. Ils en demandent le plus possible, parce qu’ils ont des besoins, et la direction générale est soi-disant responsable de tout ».
Qualités, pareil
Cette déresponsabilisation culmine, selon Pieter Timmermans, avec la création de la dotation balance : “La gestion globale de la sécurité sociale est devenue une demande d’argent de l’Etat. Car si un déficit est annoncé, l’Etat paiera le déficit.”
Certes, admet Pieter Timmermans, notre Secu a aussi des qualités : “Un taux de couverture assez large, un taux de pauvreté assez faible, des inégalités assez faibles par rapport aux autres pays…” “Mais ses faiblesses (la déresponsabilisation et l’inversion de logique entre moyens et besoins, mais aussi le faible taux de reconstitution des retraites, la délimitation des cotisations et la limitation des aides ou obstacles à l’emploi), créent, au sein de la société, plus et plus de tensions entre certains groupes. Les gens disent : j’ai cotisé toute ma vie et ma retraite n’est qu’à 1500 euros. Le risque est qu’il y ait de plus en plus de gens qui veulent sortir de ce système de solidarité et préfèrent s’assurer. Ce serait dramatique, je suis contre cette évolution, je veux juste l’éviter.”
Ce n’est pas une réforme des retraites
La FEB tire la sonnette d’alarme en même temps que le gouvernement fédéral travaille sur les retraites. Un travail qui déçoit le directeur général de la FEB : « Ils ne parlent pas d’une réforme, seulement de quelques corrections sociales, qui coûteront et ne paieront jamais. L’impact sur le taux d’emploi sera minime. notre système (fonctionnant à un taux d’occupation de 80%) puis commenter les corrections des différentes branches, mais ici on alourdit les branches et le tronc reste inchangé. Au premier orage, l’arbre on sait qu’il y aura un problème de vieillissement, mais on ne fait que repousser la solution. On regarde juste les dépenses, puis il faut ajuster les revenus : c’est une des raisons pour lesquelles on a un taux d’imposition “On est passé de 30% au début des années 1970 et aujourd’hui nous sommes à près de 55 %. C’est la parfaite démonstration que nous n’avons pas pris à temps des mesures pour équilibrer les dépenses avec ce que notre économie peut supporter.
Mais n’avons-nous pas aussi beaucoup réduit les recettes de la Sécurité sociale, multipliant les baisses de cotisations sociales, comme le rapportent les syndicats ? “Ils veulent tuer les poules tout en gardant les œufs. Si vous imposez plus d’emplois, vous aurez moins d’emplois et donc moins de revenus pour la Sécu. Parce qu’on a refusé pendant des décennies de vraiment réformer le système, on a surchargé l’emploi avec les conséquences nous savons : un faible taux d’emploi et une économie fortement automatisée.
A quoi sert la sécurité sociale ?
Pour Pieter Timmermans, la sécurité sociale doit être modernisée. « Il faut se demander quel est le but ultime de la sécurité sociale ? Les 25 systèmes d’arrêt maladie différents, par exemple, doivent-ils être pris en charge par la sécurité sociale ? Ou y a-t-il une responsabilité individuelle à mettre en œuvre ? 30 ans : avant on avait un taux d’imposition à 35 ou 40%, une légère augmentation de l’impôt pour financer la Sécurité Sociale n’était pas un problème, quand on a un impôt à 52, 53 ou 54% ça devient difficile d’augmenter les impôts et ça augmente opposition aux cotisations, cela sape la solidarité dans notre société.