Pourquoi le système de recrutement des enseignants ne fonctionne plus

Lors de l’épreuve de philosophie du lycée 2022, à l’Institut Sainte-Marie-Les-Maristes, à Lyon, le 15 juin 2022. OLIVIER CHASSIGNOLE / AFP

A quoi bon passer par une rude compétition quand on peut se faire embaucher en trente minutes grâce au « job dating » ? De nombreux candidats aux concours d’enseignement se sont posé cette question quelque peu provocatrice lorsqu’ils ont vu comment fleurissaient ces événements pour recruter des professeurs embauchés ces dernières semaines. Bien qu’ils soient conscients de la précarité de cette situation, “ils ont ressenti la montée de ces dispositifs de recrutement comme une gifle”, explique Philippe Watrelot, professeur de sciences économiques et sociales.

Mais le constat est là : les concours pédagogiques attirent de moins en moins de candidats : il reste 4 000 places à pourvoir à l’issue des sessions 2022, soit environ une sur six. Pap Ndiaye l’a reconnu à France Inter jeudi 7 juillet : « Nous avons un problème de recrutement des professeurs. C’est un problème ancien, mais il s’est aggravé avec le passage du concours de la fin de la première année du master à la fin du second du master et avec cette question de rémunération qui objectivement n’est pas à la hauteur de ce qu’on peut attendre. Le ministre de l’Education nationale appelle à “un choc d’attractivité”. ‘ a-t-il toutefois prévenu.

Ce n’est pas le moindre des paradoxes du désamour du métier d’enseignant. L’Etat employant de plus en plus de salariés, le ticket d’accès à la profession s’est accru pour les candidats aux concours, appelés à être fonctionnaires. Pour la première fois, à la lumière d’une nouvelle réforme de la formation, ces derniers ont réussi les épreuves de fin de master. Une manière de compléter la “maîtrise” de la formation des enseignants instaurée en 2010 pendant le quinquennat de Nicolas Sarkozy.

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Pour les inscrits en Master Métiers de l’enseignement, de l’éducation et de la formation (MEEF) – environ la moitié des admis aux concours en 2020 – la tâche est immense. Ils doivent à la fois préparer le concours, obtenir le diplôme de master, présenter une thèse et effectuer des stages ou des alternances dans les écoles. Une année jugée “trop ​​lourde” par tous les acteurs. “On fait tout pour les rendre malades”, déplore Philippe Watrelot.

“Inverser la logique”

“Le niveau de qualification requis augmente sans aucune compensation salariale”, explique Asma Benhenda, économiste spécialisée dans les politiques éducatives. Une tendance qui n’est pas sans conséquences pour les étudiants qui envisagent de devenir enseignants. « Plus nous embauchons tard, plus la proportion d’étudiants d’origine modeste diminue. Certains doivent sécuriser leur carrière », plaident l’inspecteur général honoraire François Louveaux et la rectrice Marie-Danièle Campion, tous deux copilotes de la commission de suivi de cette réforme. En 2015, un tiers des jeunes enseignants de 32 ans étaient issus des classes populaires. .

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