Sur le papier, Emmanuel Macron a tout à fait raison. L’article 8 de la Constitution dit seulement : « Le président nomme le Premier ministre ». C’est même l’une des rares prérogatives du chef de l’État sans autres garanties : il n’a pas besoin de consulter le président de l’Assemblée nationale ou le président du Sénat, comme c’est le cas, par exemple, en cas de dissolution de l’Assemblée. .
Chirac à la place de Giscard
Mais c’est oublier que notre Constitution, contrairement aux apparences, est celle d’une république parlementaire, et non présidentielle : le Premier ministre doit avoir la confiance des députés, faute de quoi son gouvernement peut être renversé par une motion de censure. Il suffit que les partis majoritaires qui sortent des urnes s’accordent sur un nom, et en contestent un autre à l’avance, car il est imposé au Président. C’est ce qu’on appelle la coexistence.
C’est tellement vrai que François Mitterrand, qui était pourtant joueur et avait une solide réputation d’homme politique avisé, n’avait pas hésité, ni en 1986 ni en 1993, à appeler Matignon l’homme que la droite victorieuse l’avait désigné. En 1986, certains de ses conseillers avaient proposé d’appeler Jacques Chaban-Delmas, avec qui le président socialiste avait tissé des liens forts depuis la Résistance et la IVe République. Mitterrand ne les avait pas écoutés : Jacques Chirac est le chef du principal parti vainqueur, “Alors je l’appellerai Jacques Chirac”, leur avait-il dit en arrière-plan. De la même manière, il avait repoussé Valéry Giscard d’Estaing qui s’était lui aussi poussé par le cou : l’UDF de Giscard était moins nombreuse que le RPR de Chiraquien.
Jospin annonce lui-même sa nomination
Sept ans plus tard, Mitterrand, affaibli et malade, n’avait appelé Edouard Balladur que parce que Chirac le lui avait demandé, ne voulant pas retourner une troisième fois à Matignon. Élu président de la République et devant la majorité de la gauche, suite à la dissolution qu’il avait provoquée en 1997, Chirac lui-même avait sans doute nommé Lionel Jospin, premier secrétaire du Parti socialiste. Jospin avait d’ailleurs poussé l’audace jusqu’à annoncer sa nomination à la cour de l’Elysée.
Même en 1986 et 1993, François Mitterrand n’avait pas hésité à appeler Matignon l’homme désigné par la droite victorieuse.
Dès lors, on voit mal pourquoi il en serait autrement cette fois, si les Nupes remportaient la majorité des sièges, ce qui n’est pas actuellement l’hypothèse la plus probable. Les partenaires de la France insoumise – PS, PC, EELV – ont tous signé un accord stipulant que Jean-Luc Mélenchon serait nommé Premier ministre en cas de victoire. Comment Olivier Faure, Fabien Roussel ou Julien Bayou pourraient-ils espérer une telle nomination alors qu’ils ont cinq ou six fois moins d’adjoints que les Insoumis ? Et comment accepteraient-ils que d’autres figures de LFI surpassent leur leader incontesté ?
L’ancien Jean Castex
Dans son interview, Emmanuel Macron soulève un autre argument. “Il est rare de gagner une élection à laquelle on ne se présente pas”, dit-il. Et d’expliquer qu’il va “regarder le Parlement” avant d’appeler qui que ce soit à Matignon. Claire fait allusion à Jean-Luc Mélenchon, qui veut être “élu Premier ministre” (ce qui n’existe pas dans la Constitution), mais qui n’est pas représenté aux législatives, laissant à Manuel Bompard la 5e circonscription des Bouches-du-Rhône . où il a été élu en 2017.