Prix ​​de l’énergie : “même si on paie plus d’impôts, au final c’est l’Etat qui est perdant”, explique l’économiste Philippe Ledent

Nouveau record d’essence ce week-end. Le prix maximum a augmenté de 1,7 centime à 2 155 euros le litre. Même mouvement record à la hausse pour le chauffage au diesel. Il vous en coûtera jusqu’à 1,48 euros le litre. Pourquoi ces tarifs ? Qui en profite ? Comment faire baisser le prix ?

QR the act tente de répondre à ces questions avec Olivier Neirynck, porte-parole de la Brafco (Fédération belge des négociants en carburant) et Philippe Ledent, économiste ING et professeur à l’UCLouvain.

A qui profite la hausse des prix ?

Dans le prix du carburant, près de la moitié de ce prix est constituée de taxes et de droits d’accise. Mais ce serait une erreur de penser que l’État s’enrichit de ses hausses de prix, comme l’explique l’économiste Philippe Ledent : « Quand il y a de l’inflation, quand il y a des hausses des prix de l’énergie, il y a effectivement plus de revenus financiers pour l’État mais à dans le même temps l’Etat a aussi augmenté ses dépenses. Au final, les études tendent à montrer que lorsqu’on est en période d’inflation même dans le cas de l’inflation liée à l’énergie, l’Etat est perdant.”

Accroître la production?

Ces prix élevés sont toujours le résultat de l’offre et de la demande. Alors pourquoi ne pas augmenter la production de pétrole pour faire baisser les prix ? En théorie, le principe est vrai, et les pays producteurs ont décidé il y a une quinzaine de jours d’augmenter leur production. Mais le porte-parole de Brafco, Olivier Neirynck, admet que certains pays producteurs sont contents et profitent de telles hausses de prix. De plus, même si les vannes étaient complètement ouvertes, il y aurait un effet de retard de 5 à 6 mois car elles doivent être enlevées, transformées et transportées.

Pour Philippe Ledent, outre l’avantage financier indéniable pour les pays producteurs, il y a un autre élément qui ne pousse pas à augmenter la production : « Nous sortons de cette crise du covid où le prix était très bas et donc pendant toute cette période, nous ont eu beaucoup moins d’investissements de la part des producteurs de pétrole, principalement parce que nous avons choisi la neutralité carbone en 2050. Bref, pour certains pays, ils n’ont pas forcément la capacité d’augmenter leur production ».

Agir sur les multinationales ?

En fait, les compagnies pétrolières font de bons profits, mais il est difficile d’agir au niveau belge, explique l’économiste Philippe Ledent : “Au niveau européen, on pourrait prévoir une discussion entre les grandes compagnies pétrolières et les autorités européennes, sans un doute, une monnaie d’échange ».

Moins d’impôts et de taxes d’accise ?

Le gouvernement belge, comme d’autres gouvernements, a agi pour faire baisser le prix de l’essence et du diesel, comme le rappelle Olivier Neirynck : “Nos autorités ont agi sur le niveau des accises en réduisant de 17,5 centimes le litre à la mi-novembre de diesel et L’Etat pourrait aller plus loin et baisser de 9,5 centimes. On serait alors dans le plancher minimum fixé par l’Europe. “Dans les deux cas, c’est une question de volonté politique.”

Philippe Ledent précise que ces options de baisse de prix sont possibles mais il ne faut pas oublier qu’il faut pouvoir trouver cet argent : “Malheureusement, l’Etat belge n’a aucun revenu qui proviendrait de quelque chose des pays producteurs de pétrole), donc tout revenu en baisse ou la hausse des dépenses doit inévitablement être compensée. Aujourd’hui l’Etat vit déjà au-dessus de ses moyens avec un déficit de 4 à 5% de la richesse créée à la maison. Mais on peut très bien décider, vu la situation, de reporter les impôts supplémentaires à plus tard” .

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