Procès de Dino Scala : Comment l’accusé s’est-il retrouvé, après 20 ans à traquer le “violeur de Sambre” ?

Comment les crimes du « violeur de la Sambre » ont-ils pu rester impunis pendant trente ans ? Deux enquêteurs sont venus témoigner mardi devant le Tribunal d’assises du Nord de Douai, dans le procès de Dino Scala. Le technicien de maintenance de 61 ans y est jugé jusqu’au 1er juillet pour avoir violé et agressé sexuellement 56 lanceurs d’alerte entre 1988 et 2018, date de son arrestation.

Car avant de pouvoir dire “C’est la fin” à Dino Scala, le jour de son arrestation, un commandant de la police judiciaire (PJ) de Lille a vécu vingt ans d’échec. Devant le juge et les jurés, il raconte les caprices et les difficultés de l’enquête depuis l’ouverture d’une information judiciaire en 1996. les signalements du suspect », ironise le policier.

quelques indices

Les seuls indices dont il dispose sont que l’agresseur porte une casquette, se déplace visiblement à bord d’un R21 et continue d’opérer de la même manière dans la vallée de la Sambre, près de Maubeuge, dans le nord. “Très vite, nous avons concentré l’enquête autour des sorties d’usines ou de lieux car de nombreuses victimes ont signalé une odeur de cambouis ou de cambouis lors de leur témoignage”, explique-t-il.

De même, le violeur agit aussi presque systématiquement aux petites heures du matin, en automne ou en hiver. “Pour nous, c’était quelqu’un qui embauchait ou débauchait tôt”, poursuit-il. Tous ces indices étaient bons, et pourtant… Un premier portrait robot a même été établi en 1997, mais les recherches n’ont pas abouti.

En 2008, alors que le violeur vient d’être de nouveau arrêté, une nouvelle cellule de la PJ, dédiée aux affaires un peu oubliées, reprend l’enquête et réexamine les victimes. “Nous cherchions un terrain d’entente dans toutes ces attaques”, a déclaré la police. On imaginait même qu’il pouvait être un agent EDF car les attentats avaient souvent lieu à côté d’un bloc EDF. »

Un ADN qui ne “matche” pas

Les contrôles contre un véhicule suspect, un R21 de couleur claire, n’ont rien donné. Un ADN unique est certes identifié, mais il ne “correspond” pas. Et pour cause, Dino Scala n’a pas de casier judiciaire. La justice tente alors d’enquêter sur la paternité autour de ce génotype. Un travail minutieux qui vise une cinquantaine de suspects. Les chèques effacent tout le monde. Et les attaques continuent.

Jusqu’à ce qu’un agent de la police administrative prévienne d’une nouvelle attaque le 5 février 2018 à Erquelinnes, à la frontière franco-belge. “Grâce à elle, nous avons immédiatement envoyé un enquêteur sur les lieux”, a indiqué la police. Et, cette fois, la chance est du côté de la police. Les images d’une caméra de vidéosurveillance installée près du lieu de l’attaque identifient le 206 légèrement aveuglé d’un suspect et un document.

Le véhicule a été retrouvé presque par hasard, le 21 février, sur le parking de l’usine de Jeumont Electrique par le chercheur de la PJ. “Le conducteur correspond au portrait robot du violeur”, a-t-il déclaré. Alors il a commencé à monter sur un rouet. L’immatriculation du véhicule ne correspond pas au propriétaire, car le changement de carte grise n’avait pas été effectué.

Une “figure noire” des victimes ?

La police attend que Dino Scala se rende au travail pour l’arrêter. Elle se déroule sur un chemin rural, le 26 février, à 18h25. “Quand il a ouvert la porte, j’ai eu le sentiment qu’on ne s’était pas trompé”, raconte l’agent de la PJ. Je me souviens de son look. Il a compris. Dans l’après-midi, l’ADN confirme l’identité génétique. “Lors de la perquisition de sa maison, nous avons trouvé l’ensemble complet : gants, cordon, bonnet, préservatifs…”

Le suspect avoue rapidement une quarantaine d’agressions sexuelles. Environ 80 cas non résolus sont à l’étude. La justice retiendra 56 plaintes ou dossiers. Mais pour la police, il y a certainement un “chiffre noir” des victimes car “toutes n’ont pas porté plainte”.

Trente ans de crime et vingt ans de chasse venaient de s’achever. La multiplication des dossiers de plainte dans les années 1990, couplée à leur mauvaise prise en compte dans certains commissariats, explique en partie la lenteur de cette enquête. “Il faut revenir aux conditions de l’époque, il y a moins de relations entre les services. »

Mais une dernière question se pose. “Pourquoi ne pas diffuser le portrait robot existant en France, alors que la police belge le faisait en 2011 ? demande l’avocat d’un des plaignants, Me Emmanuel Riglaire. “Il n’était pas assez reconnaissable”, a expliqué l’enquêteur, “et cela ne lui a pas permis d’être arrêté en Belgique”. Et si cela avait renforcé le sentiment d’impunité de l’accusé ?

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