Maître Orly Rezlan, avocat de Mohamed Bakkali, contre lequel il a été condamné à la réclusion à perpétuité, devant le tribunal spécial d’assistance de Paris, le 21 juin 2022. SERGIO AQUINDO POUR “LE MONDE”
“Les actes terroristes visent un État de la société dont votre Cour fait partie. Il est donc inévitable que vous vous placiez en instrument de lutte dans ce qui a été présenté comme une guerre. Vous, les magistrats, participez à la définition de la réponse à cet acte. En d’autres termes, vous faites partie de la réponse. Dans ce contexte, quelle est votre marge de manœuvre ? Quelle liberté de jugement peut-on attendre de vous pour participer à la délibération ? Face au terrorisme, il y a une chose qui nous inquiète tous : savoir comment on réagit à la peur. C’est fondamentalement, pour chacun de nous, le seul domaine de liberté. Et cette question, vous pourriez peut-être la poser au moment de l’examen des éléments de preuve contre l’Accusé. Comment réagissez-vous à la peur ? »
Au début de sa plaidoirie mardi 21 juin, l’une des plus impressionnantes entendues depuis une semaine à la barre du procès des attentats du 13 novembre, Me Orly Rezlan mesure l’ampleur de sa tâche : comment s’imposer. sur la loi face à l’immensité du crime jugé ? Comment demander une peine « juste » pour un prévenu, Mohamed Bakkali, dont l’implication dans la logistique des attentats, les plus meurtriers qui aient touché la France, n’est pas évoquée ? Comment convaincre la cour d’assises spéciale de Paris de le considérer comme un « justiciable » et non comme un « ennemi » ? Comment éviter une “peine d’élimination” à ce “surintendant de la terreur”, comme l’appelait le parquet, qui réclamait contre lui la réclusion à perpétuité ?
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Comment porter, surtout, la voix d’un homme qui avait été surpris par son intelligence au début du procès avant d’être réduit au silence pendant de longs mois, convaincu, avait-il dit, que sa sincérité serait sans cesse remise en question ?
“Bakkali ne s’est pas expliqué, il n’a pas aidé à définir son rôle. Je ne ferai pas un ventriloque de déclarations qu’il n’a pas faites, mais je clarifierai sa position sur les faits et tenterai d’être un pont entre lui et vous”, poursuit Me Rezlan de sa voix sophistiquée, monotone, nasillarde et aiguë.
Le sommet de l’iceberg”
Oui, Mohamed Bakkali a loué des appartements en Belgique qui serviront à loger les commandos envoyés de Syrie. Oui, il a loué des voitures. Oui, il a lui-même escorté les trois kamikazes du Bataclan jusqu’à l’une de ces planques à leur arrivée à Bruxelles.
Mais son implication dans ces actes préparatoires s’est arrêtée, dit-il, bien avant le début effectif de la mise en œuvre de l’opération. Mohamed Bakkali n’a jamais été invité à se préparer aux attaques “directes”, comme la location de voitures et les cachettes utilisées par les assaillants dans l’après-midi du 13 novembre.
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