Depuis 40 ans, la province de Hainaut et le Centre d’Accueil Arthur Regniers louent un château du XVIIIe siècle dans le Gard à un prix exorbitant. De quoi intriguer la justice montoise.
Journaliste du service de recherche Par Joël Matriche Publié le 01/06/2022 à 09:42 Temps de lecture : 3 min
Plusieurs perquisitions, confirmées dans Le Soir par le procureur du roi Henri de Mons-Tournai, Christian Henry, sont actuellement en cours dans l’arrondissement judiciaire du Hainaut. Ils pointent du doigt le baron Jean-Marie Bogaert et les sièges d’associations proches de cet ancien député élu : il a été, avant tout, édile et édile à Lobbes.
En 2011, un audit avait déjà pointé des anomalies dans la gestion du Centre Arthur Regniers, un institut médico-éducatif (IMP) organisé par la Province de Hainaut depuis 1979 pour venir en aide aux personnes handicapées et atteintes de troubles physiques. Ce rapport, préparé par le service de contrôle interne de la Province, dénonce un “manque de transparence” dans la gestion de l’IMP et de son ASBL satellite, notamment le coût élevé -plus de 300.000 euros par an- des classes vertes et adultes hébergement organisé dans un château du 18ème siècle dans le Gard (France). Des critiques qui ont ensuite été contestées par M. Bogaert.
Conflit d’intérêt
Dénoncé par la députée provinciale Fabienne Devilers (MR) en novembre 2019 puis rompu en mai 2021, l’accord qui liait l’IMP (que Jean-Marie Bogaert a longtemps dirigée) et l’ASBL Vestric-gestionnaire du château dans le sud de France et dirigée par Jean-Marie Bogaert lui-même – elle a également été dirigée en février dernier dans l’émission #Enquête de la RTBF. Les journalistes de la chaîne publique ont été surtout surpris par ce « conflit d’intérêts provocant » et « les factures très élevées envoyées à la Province » : 514.000 euros en 2019 et 280.000 euros en 2020, alors qu’aucun quartier n’a poussé la porte du château cette année-là en la pandémie. Sans retraité ? Enfin, presque parce que, comme l’ont encore commenté nos confrères, s’appuyant sur divers témoignages, M. Bogaert réservait l’un des étages du château à ses séjours privés dans le Gard.
“Le Soir” n’a pas pu joindre mercredi matin le baron Jean-Marie Bogaert, mais interrogé par la RTBF en février dernier, il a nié tout conflit d’intérêts et a répondu qu'”à cette époque, tout était {normal}”. Une justification qui n’a pas convaincu la justice de Mons puisque celle-ci, après avoir mis le dossier à l’instruction, a ordonné à la police judiciaire fédérale de Charleroi et à l’Office central pour la répression de la corruption (OCRC) le soin de procéder à des perquisitions pour s’assurer qu’il n’y avait pas eu de détournement de deniers publics.