Quand le boom du carburant pèse sur l’économie américaine

AFP, publié le dimanche 12 juin 2022 à 18h45

Les prix records de la bombe aux États-Unis gonflent la facture des automobilistes mais ont aussi des répercussions dans de nombreux secteurs de l’économie, ayant le budget des camionneurs, augmentant les billets d’avion ou ravivant l’intérêt pour les voitures électriques.

Ils ont franchi un nouveau seuil samedi, avec le prix moyen du gallon d’essence dépassant pour la première fois les 5 dollars.

– Les camionneurs pratiquent l’austérité –

Lamar Buckwalter, patron d’une PME de transport routier, a légèrement augmenté ses tarifs.

Mais il ne parvient pas à transmettre pleinement l’augmentation du carburant à ses clients : il voit bien dans ses livraisons que les consommateurs eux-mêmes “commencent à renoncer aux petits plaisirs”, comme les bons morceaux de viande, dit-il à l’AFP.

La dernière fois qu’il a fait le plein, il a dépensé 5,79 dollars le gallon de diesel (3,78 litres), soit plus du double il y a un an.

Ainsi, le transporteur accorde plus d’attention aux trajets qu’il accepte, quitte à renoncer à ceux qui paient moins. Elle prévoit également de réduire les avantages sociaux de ses trois employés, comme le pique-nique annuel régulier.

– Envol immédiat des billets d’avion –

Les compagnies aériennes elles-mêmes s’en sortent plutôt bien.

“Dans l’industrie aéronautique, on dit généralement que les compagnies parviennent à transmettre (aux clients) environ les deux tiers de l’augmentation du kérosène en trois ou six mois, et 100% en six ou douze mois”, explique Savanthi.Syth, industrie spécialiste de Raymond James.

Mais après deux ans de déplacements au ralenti en raison de la pandémie, les Américains sont prêts à payer le prix fort.

Les entreprises américaines, qui ont pour la plupart cessé d’acheter du kérosène par anticipation il y a quelques années pour se protéger en cas de forte hausse, ont réussi à répercuter la quasi-totalité de la hausse des prix en quelques semaines : les prix des billets d’avion en mai étaient de 38 % plus cher qu’il y a un an.

Autre effet de la pandémie : le manque de personnel a conduit certaines compagnies comme Delta à réduire le nombre de vols proposés cet été, consommant ainsi moins de carburant.

– Appétit frustré pour les véhicules électriques –

Sur les sites spécialisés de Cox Automotive, la fréquentation des pages véhicules électriques a augmenté de 73% depuis janvier, 25% pour les hybrides.

Les ventes de voitures électriques d’occasion ont augmenté de 52 % en mai chez le concessionnaire de voitures d’occasion Carvana.

Mais entre les pénuries de semi-conducteurs et les problèmes de chaîne d’approvisionnement, les fabricants peinent à répondre à la demande.

Chez Tesla, contrairement au numéro un de la voiture électrique aux États-Unis, il faut attendre au moins trois mois pour une Model 3, six mois pour une Model Y.

Toyota et Lexus ont vendu 46 000 véhicules hybrides aux États-Unis en mai, contre 58 000 vendus en mai 2021 en raison d’un manque d’inventaire.

– Jours fériés parfois modifiés –

Chayzz Devyant, 32 ans, prévoyait de s’amuser à Atlantic City, une ville touristique du New Jersey connue pour ses casinos. Mais le voyage lui aurait coûté 162 dollars pour l’essence et 114 dollars pour un hôtel. Il a préféré annuler.

“Les grandes compagnies pétrolières sont à blâmer, elles abusent des prix”, dit-il.

De là à quoi les Américains arrêtent-ils de voyager ? Je ne suis pas sûr, dit Aaron Szyf, économiste à l’American Travel Association.

“Nous avons des signaux contradictoires”, a-t-il déclaré à l’AFP. “Les prix du pétrole ont évidemment un effet sur le tarif, la distance et le coût des déplacements, mais la demande est si élevée après deux ans de baisse que les hôtels, les attractions, les parcs nationaux et les vols battent leur plein cet été”, a-t-il ajouté. .

– Un grand déficit de taxis –

“Avant, je dépensais 25 dollars par jour en essence, maintenant c’est 45 dollars”, déplore Rultz Alliance, un chauffeur de taxi de 69 ans originaire de New York.

Du coup, au lieu de gagner 800-850 dollars nets par semaine avant la pandémie, il ne cotise désormais que 600-650 dollars.

Mais “nous n’avons pas le choix”, a-t-il déclaré à l’AFP en attendant des clients à l’aéroport de La Guàrdia. “L’inflation affecte tout. Les loyers, la nourriture, nous devons y faire face.”

Même avec une voiture hybride, la situation reste compliquée : un conducteur qui n’a pas voulu donner son nom explique qu’il paie 30 dollars par jour pour l’essence, contre 12 avant la pandémie.

“Cela ne vaut plus la peine de conduire”, dit-il en désignant le parking presque vide où les taxis se rassemblent. Mais à 60 ans, il n’a toujours pas trouvé d’alternative.

Les tarifs des taxis jaunes de New York n’ayant pas augmenté depuis 2012, un syndicat a appelé en mars à une surtaxe carburant temporaire de 75 cents par trajet. Jusqu’à présent, personne n’a été en mesure d’envoyer la solution parfaite, ce qui n’est pas étrange.

Leave a Comment

Your email address will not be published. Required fields are marked *