Red Hot Chili Peppers chaud et légèrement faux à Rock Werchter

C’était censé être l’apothéose, le concert d’anthologie de ce Rock Werchter 2022. Enfin, pas pour les fans de Metallica qui ont reproduit il y a deux jours les images du show dantesque du vendredi soir, mais pour les dizaines de milliers de followers des Reds. Hot Chili Peppers, massivement placés devant la scène principale en ce dernier jour de festival.

On connaît l’inégal groupe californien, quasiment hors jeu. Je suis d’accord(2011), L’escapade(2016) et le plus jeune Amour illimité(2022) étant largement dispensable. Mais il y a tous les tubes, le funk de Magie sexuelle de la glycémiele chef-d’œuvre Californication. Et surtout, le retour de John Frusciante, un génie relativement torturé et focalisé sur les psychotropes, qui l’a conduit à quitter sa famille à deux reprises, les laissant orphelins de son guitariste emblématique parti en cure de désintoxication.

©Mathieu Golinvaux

A 23h, tout le monde pense encore aux Killers, ultra efficaces avec leur Power Rock festif et leur cœur accrocheur, quand Chad Smith (batterie), Flea (basse) et John Frusciante (guitare) entrent en scène. Frais, détendus, comme s’ils venaient répéter en silence. Visuellement, le contrat est respecté, Flea porte un petit chapeau de pêcheur vert fluo, John une simple chemise à carreaux et Chad son habituelle casquette de baseball à l’envers.

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Là, à la surprise générale, les trois adolescents, âgés de 50 et 60 ans, se lancent dans une jam monstrueuse, rafraîchissante et rehaussée. Nous avons été époustouflés, les Red Hot n’ont pas su simplement balancer leurs coups sans mettre trop d’efforts. On est bluffé par la puissance de Smith, plus lourde que par le passé, mais aussi et surtout par la maîtrise de Flea et Frusciante, qui ont visiblement l’air de s’amuser. On voit les sourires, on sent la complicité.

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Le trio passe directement à l’intro incendiaire de “Around The World”, Anthony Kiedis entre, et les choses se compliquent. Deux jours avant Werchter, le groupe avait annulé sa visite à Glasgow. »un musicien malade», a annoncé sur les réseaux sociaux. Évidemment, c’est Kiedis qui a trinqué. Moins séduisant que ses confrères, le chanteur a un visage creusé, une moustache qui ne le flatte qu’au milieu, et il a l’air un peu méchant dans le people. Le premier strophe du morceau sonne faux. Le contraste avec la virtuosité musicale est saisissant, du coup, les autres lâchent prise et prennent beaucoup de place.

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“Dani California”, “Charlie” et “The Zephyr Song” font leurs débuts avant “These Are The Ways” et une version d’Elton John. Systématiquement ou presque, Frusciante sort sur un solo d’une magnifique précision et Flea s’empare du micro pour remercier le public. Kiedis, semble donner des explications erratiques aux trois autres, avant de se replier régulièrement derrière les chicanes.

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“Snow”, “Aquatic Mouth Dance”, “Wet Sand” et “She’s A Lover” se succèdent, pas vraiment incontournables. Quatre titres d’un dernier album sacrifiable, c’est un peu trop pour captiver le public. Après « Black Summer », on entend enfin des compositions légendaires. “Californication”, “Give It Away”, “Under The Bridge” et “By The Way” se succèdent, ils chantent tous enfin, et le concert se termine. Dommage que le retour de Frusciante ait été vraiment un grand moment. On aurait adoré l’entendre sur “Scar Tissue”, “Other Side”, “Can’t Stop” ou encore “My Friends”.

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