Un pas de plus vers la renationalisation d’EDF. Les députés ont soutenu ce mardi le financement par l’Etat de 100% d’EDF, une opération de 9,7 milliards d’euros visant à sortir le groupe de son ornière financière et industrielle. L’Assemblée a approuvé ces crédits dans le cadre de l’examen du projet de budget rectificatif pour 2022 par 209 voix contre 156. Au total, l’Assemblée a voté une dotation de 12,7 milliards d’euros pour d’éventuelles opérations de soutien aux entreprises stratégiques françaises.
Le gouvernement détient déjà 84% d’EDF et compte lancer une offre publique (POA) qui se terminera fin octobre. Ce retour à 100% de l’Etat à EDF a été annoncé le 6 juillet par la Première ministre Elisabeth Borne.
La renationalisation doit permettre au groupe lourdement endetté d’emprunter à moindre coût et donner carte blanche à l’Etat pour le réorganiser comme bon lui semble, sans avoir à en informer les actionnaires minoritaires : EDF ne sera plus coté en bourse Bourse. Elle se fera par le biais d’une offre publique d’achat (OPA) sur 16 % des actions non détenues par l’Etat, normalement fin octobre.
épisode critique
Cette renationalisation intervient au moment où l’énergéticien vit un épisode critique : l’État entend en faire le « bras armé » du verdissement de sa politique énergétique et de la conquête d’une plus grande souveraineté dans ce domaine, alors qu’il est dans une situation financière très dégradée.
Accablé par une dette qui pourrait dépasser 60 000 millions d’euros d’ici fin 2022, l’électricien a vu sa situation financière encore alourdie par la décision du gouvernement de lui faire vendre de l’électricité moins chère à ses concurrents pour protéger les factures des ménages. . Dans le même temps, EDF fait face aux difficultés d’entretien d’un parc nucléaire vieillissant : plus de la moitié de ses 56 réacteurs sont à l’arrêt, soit pour maintenance, soit en raison de problèmes de corrosion apparus récemment.
Dans l’hémicycle, le ministre de l’Economie Bruno Le Maire a notamment insisté sur la “relance du programme nucléaire en France”, avec six nouveaux réacteurs EPR. “Le nucléaire a beaucoup souffert de l’abandon industriel ces dernières années”, a-t-il ajouté dans une ambiance révoltée. « Les investisseurs privés ne financeront pas les six nouveaux réacteurs », « des programmes à rentabilité trop lente. Quand il s’agit de long terme, c’est l’investisseur public qui est le meilleur investisseur”, a-t-il soutenu.
“tout nucléaire”
Les écologistes et LFI ont voté contre, sanctionnant « tout nucléaire ». Comme d’autres, ils ont appelé à un “grand débat devant la représentation nationale sur l’avenir énergétique de la France”. Le RN s’y est également opposé.
Le rapporteur général Jean-René Cazeneuve (LREM) a insisté sur la future loi de programmation énergétique “avant le milieu de l’année prochaine” et Bruno Le Maire a souligné sa disponibilité à débattre.
Indépendance énergétique
Ces difficultés, conjuguées aux conséquences de la guerre en Ukraine, ont remis sur le devant de la scène la question de la souveraineté énergétique, a fortiori avec l’objectif européen et français de réduire rapidement les émissions de gaz à effet de serre responsables du changement climatique.
Afin d’assurer l’indépendance énergétique tout en sevrant la France des énergies fossiles, le président Emmanuel Macron a annoncé le lancement d’un programme de six, voire de 14 réacteurs nucléaires EPR de nouvelle génération, en complément du modèle unique en construction dans le pays. , à Flamanville (Manche). La renationalisation d’EDF n’est donc que le prélude à un vaste projet de réorganisation, qui fait craindre aux syndicats une reprise du chantier du chantier Hercule, suspendu l’an dernier.
Censé apporter des ressources en répertoriant les activités d’EDF liées aux renouvelables et en améliorant la rémunération du nucléaire, ce projet a été vécu par les syndicats comme un démantèlement. Une vision contestée par l’exécutif, qui a d’ailleurs affirmé à plusieurs reprises que cet ancien projet était “obsolète” et définitivement enterré.