Renforcer le contrôle des prisons

L’attentat mortel qu’Yvan Colonna a subi le 2 mars à la prison d’Arles (Boques del Rhone) a eu pour principal effet de susciter la colère des Corses et d’alimenter un nouveau malentendu entre l’île et le continent. L’indépendantiste y purgeait une peine de prison à perpétuité, loin de sa famille, pour le meurtre du préfet Claude Erignac. Quatre mois après les faits, la publication par Matignon du rapport de l’Inspection générale de la justice, chargée d’enquêter sur le déroulement du drame, montre que l’affaire va bien au-delà de la question corse. Ce qui est en cause, c’est la capacité de l’État à protéger les citoyens, quel que soit leur statut.

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Les faits découverts sont accablants. Pendant neuf longues minutes, Yvan Colonna, qui était un “détenu spécialement signalé”, a été battu dans le gymnase de la prison par un co-détenu condamné pour des actes de terrorisme islamiste, sans que personne n’intervienne. Non seulement les deux hommes n’auraient jamais dû être laissés seuls, mais lorsqu’ils l’ont été, les caméras censées les surveiller ont été laissées sans surveillance. La personne chargée de faire cela n’avait pas la formation adéquate et le superviseur affecté à l’espace où se trouve le gymnase était allé se promener. À son retour, la victime était déjà dans un état désespéré.

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Le rapport ne pointe pas la seule responsabilité de cet agent. Il pointe aussi le manque de management de “l’ancien chef d’établissement”, qui était encore en poste dix jours avant l’attentat. Il met en évidence le manque de formation sur le fonctionnement des caméras de surveillance. Elle dénonce également le manque de “gestion adéquate” des commissions chargées d’évaluer la dangerosité des détenus. L’agresseur d’Yvan Colonna n’avait jamais été orienté vers une cellule d’évaluation de la radicalisation (QER) depuis son arrivée dans l’établissement en 2019, alors qu’il purgeait plusieurs peines, dont une peine de neuf ans de prison, pour « association terroriste de malfaiteurs ».

Fautes graves

Pendant un certain temps, le gouvernement a hésité à publier le rapport, vraisemblablement par crainte d’embarrasser l’administration pénitentiaire. Face à l’ampleur du scandale, et alors que le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, tente de rétablir le dialogue avec les élus corses, la Première ministre, Elisabeth Borne, a fini par le résoudre. Il a annoncé suite à l'”ouverture d’un dossier disciplinaire” contre deux surveillants pénitentiaires, dont l’ancien chef d’établissement. Ce premier pas timide et hésitant ne suffit pas.

Les graves carences constatées dans l’encadrement de deux détenus qui devraient pourtant faire l’objet d’une surveillance particulière remettent en cause le fonctionnement de l’ensemble du système pénitentiaire. Matignon s’est engagé à demander au ministre de la Justice une “mission d’inspection d’évaluation” des QER, cinq ans après leur mise en place. Cependant, le problème est plus global : même si la question préoccupe peu le grand public, la représentation nationale ne peut ignorer ce qui se passe derrière les murs épais des prisons. Il ne peut tolérer la négligence et la violence qui s’y produisent, qu’il soit surpeuplé ou non. Il ne peut pas laisser l’État s’autoréguler. Il doit remplir sa mission de contrôle, repérer la moindre non-conformité. Dans la recherche d’un renouveau démocratique, l’Assemblée nationale doit prétendre qu’elle se saisit sans tarder de la question.

Le monde

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