Dossier élections législatives 2022 Selon les premières estimations d’Ipsos à 20 heures, le Nupes affronte la majorité présidentielle et ses alliés. Une action pour l’union de la gauche dans un contexte d’abstention record.
Au coude à coude, avec un léger avantage pour Nupes. Ce dimanche soir, l’alliance de la gauche qui réunit La France insoumise, Europe Ecologie-les Verts Les Verts, le Parti communiste et le Parti socialiste est dans un mouchoir avec la Macronie. Selon les premières estimations d’Ipsos à 20 heures, il arrive, avec 25,2 % des voix au niveau national, à égalité avec le parti présidentiel et ses alliés. Un marqueur qui apparaît encore comme un exploit pour une gauche qui, ces dernières années, n’a pu se contenter que de miettes au rival. Comme quoi, quand la gauche parvient à dépasser ses guerres d’ego et ses intérêts acheteurs pour répondre aux aspirations unitaires de son électorat, elle est capable d’incarner l’espoir malgré une abstention record autour des 52%.
Dimanche prochain, les Nupes peuvent s’attendre à ce qu’entre 150 et 190 députés fassent leur entrée au palais Bourbon quand la macronie devrait compter entre 255 et 295 élus. Les premières projections des 577 sièges ne résolvent cependant pas deux grandes questions : le chef de l’Etat parviendra-t-il à maintenir sa majorité absolue à l’Assemblée nationale ? Et la gauche trouvera-t-elle suffisamment de réserves de voix pour envoyer, comme prévu, l’insurgé Jean-Luc Mélenchon à Matignon ?
(Julien Guillot)
Il y a longtemps, le Rassemblement national, qui a recueilli 18,5 % des suffrages, peut espérer entre 20 et 45 députés entrer au Palau Borbó dans une dizaine de jours. Ainsi, le parti d’extrême droite verra une augmentation du nombre de parlementaires par rapport à 2017, où seuls huit candidats lépénistes avaient été élus. Et ce, après une campagne au ralenti durant laquelle Marine Le Pen, malgré un tour de France de selfies, n’a jamais réussi à trouver une dynamique.
Les républicains, en revanche, sont déjà convaincus que leur groupe politique de 92 membres se disloquera à l’aube de la nouvelle législature et, par conséquent, cessera d’être le principal groupe d’opposition au palais Bourbon. Le parti de droite, qui a recueilli 14% des suffrages sur l’ensemble du territoire, peut espérer compter entre 50 et 80 députés à l’Assemblée nationale. Le parti de la rue de Vaugirard peut encore espérer sauver le mobilier grâce au système de vote. Dans leur duel au second tour face aux candidats du Nupes, les élus LR pourraient profiter des voix de l’électorat macroniste pour l’emporter. Ainsi, les républicains pourraient peser plus lourdement sur l’Assemblée que ne le suggère leur score au premier tour.
Une campagne solidaire
Eric Zemmour et son groupe Reconquest n’ont qu’à se contenter de miettes. Le polémiste d’extrême droite et ses candidats ne font pas mieux que 3,8% des suffrages, selon Ipsos. Un nouvel échec après la présidentielle. Le parti xénophobe pourrait se retrouver sans député dimanche prochain. Au mieux, Reconquest peut compter sur 3 députés dont son leader.
Si la gauche est si haute ce soir, c’est parce que, contrairement à l’élection présidentielle, où chaque parti a fait campagne sur sa propre voie – se tirant souvent une balle dans la jambe -, les insoumis, écologistes, socialistes et communistes ont réussi à l’emporter. . Après l’élection présidentielle, Jean-Luc Mélenchon, qui n’a pas réussi à se qualifier pour le second tour, demande aux Français “Pour l’élire Premier ministre” voter pour la majorité des députés rebelles aux élections législatives présentées comme “troisième tour” des élections suprêmes. La tribune en profite pour appeler communistes et écologistes à s’unir autour d’un accord programmatique. L’unité est redevenue une priorité à gauche.
Des discussions débutent fin avril entre les Rouges, les Verts mais aussi avec les socialistes mais présentées, dans un premier temps, comme persona non grata. Tour à tour, des émissaires d’Europe Ecologie-les Verts, du Parti communiste ou du Parti socialiste se relaient au siège de La France insoumise pour des nuits entières de négociations. Au-delà de l’épineuse répartition des circonscriptions, les différentes formations discutent d’un programme commun. Les vrais goulots d’étranglement apparaissent principalement dans la question de la désobéissance aux traités européens et de la retraite à 60 ans. Mais après de longues heures d’échanges, la rébellion se heurte aux communistes, écologistes et socialistes (malgré l’opposition des éléphants et de diverses personnalités comme Anne Hidalgo et Carole Delga). La Nouvelle Union populaire écologique et sociale (Nupes) est née.
De quoi inquiéter la majorité présidentielle. Dès la signature de l’accord Nupes, la macronie, qui n’avait pas hésité à flirter avec l’électorat de gauche lors de la campagne entre les deux tours, change complètement de cap et retire ses griffes face à la coalition qu’il portait le chef des rebelles. Sans hésiter, parfois, à s’appuyer sur des fake news pour diaboliser ses adversaires. Le président de l’Assemblée nationale, Richard Ferrand, qui disait avoir des “valeurs communes” avec Jean-Luc Mélenchon, est désormais confronté à une alliance contre nature qualifiée de “mauvaise idéologie”. Alors qu’Emmanuel Macron continue en retrait, les ministres multiplient les interventions médiatiques pour diaboliser le chef rebelle et alerter sur le risque que pourrait faire peser “l’extrême gauche” au pouvoir. Quand ce n’est pas Bruno Le Maire qui accuse Mélenchon d’être dans “Chavez Gals” fr Le Figaroc’est Gabriel Attal qui attaque en affirmant dans le monde qu’avec le chef rebelle serait “La guillotine fiscale”. Au vu des résultats de ce soir, les craintes étaient bien justifiées.