Contente qu’elle, comme Leolia Jeanjan, ait parcouru un long chemin. Qualifiée pour le deuxième tour de Roland-Garros, l’exquise prodige du tennis français vit enfin le rêve qu’on lui avait promis quand elle était petite. La Française de 26 ans, qui défie ce jeudi la Tchèque Pliskova (tête de série n°8), dispute son premier tournoi du Grand Chelem avec des étoiles plein les yeux mais sans se prendre trop au sérieux non plus.
“Je ne m’inquiète pas trop en général, que ce soit dans la vie ou rien. J’essaie de saisir le moment”, a déclaré la joueuse après sa victoire au premier tour lundi contre l’Espagnole Diaz.
Tous ceux qui la connaissent bien le confirmeront, Léolia Jeanjean est une fille normale, qui aime profiter de la vie. “C’est très agréable de vivre avec elle, elle sourit, elle dit des bêtises. Ce n’est pas un robot comme beaucoup de joueurs. Elle sait vivre. S’il faut boire une bière, elle boit une bière”, résume Guillaume Herbach avec un le sourire.
Un joueur de tennis doué considéré comme une star à l’âge de 12 ans
Cet entraîneur de tennis, basé à La Grande Motte, près de la maison de ses parents, connaît bien le joueur. Il y a douze ans, elle était la sparring-partner de celle que tout le monde voyait déjà tout casser sur le circuit féminin. Surnommé le Tennis Mozart, sorte de Richard Gasquet au féminin, Jeanjean a presque tout gagné chez les jeunes.
L’entraîneur du garçon quand il avait 12 ans, se souvient Nicolas Pietrowski. “Je n’avais qu’un an, mais c’était comme être dans une machine à laver. Cette année a été incroyable. Pression, stress, attentes… Vous signez déjà des contrats avec Nike et Babolat. Dès que vous alliez à un endroit, c’était un phénomène juste. Il y avait une attente vraiment incroyable autour de lui”, raconte celui qui est aujourd’hui directeur sportif de la section tennis du Stade Français.
Blessures, un voyage aux États-Unis avant le retour
Mais la belle histoire s’arrêtera à l’adolescence. Trois luxations de la rotule éloigneront Jeanjean des chemins de la gloire. Pour ne pas regretter son sort, l’adolescent part aux Etats-Unis pour jouer au tennis mais aussi pour étudier. En cinq ans, elle a décroché trois diplômes “qui n’ont rien à voir” sourit la joueuse. « J’ai fait une licence en sociologie, une licence en justice pénale et un master en finance d’investissement. Donc rien à faire, mais comme ma vie : ça part un peu dans tous les sens », s’amuse Jeanjean.
Et c’est vrai qu’il lui faut endurer pour suivre les traces d’un joueur expert du système D. Un temps au RSA, Jeanjean a souvent eu du mal à arriver à la fin du mois en allant disputer des tournois dans toute l’Europe. Mais c’est aussi comme ça qu’il a rencontré son nouvel entraîneur. “Il y a trois mois, elle était à Porto, on avait un Airbnb avec mon joueur [Dartron], il nous restait une place, elle était toute seule donc on lui a dit de venir. On a fait quelques entraînements puis on est resté en contact », raconte Thomas Delgado, co-fondateur de Smash-It Academy, qui l’entraîne à son premier Roland-Garros.
Le Covid marque un tournant
Ingénieuse, « Léo », comme on la surnomme, a également pu compter sur la gentillesse de ses voisins. Alors qu’elle détruisait tout sur le circuit américain, elle a été arrêtée en plein essor lorsque le Covid est arrivé en 2020. C’est alors qu’elle a appelé Guillaume Herbach, son ancien partenaire d’entraînement, devenu entraîneur à La Grande-Motte et prêt à vous aider gratuitement. .
« Le 11 mai 2020, premier jour du confinement, il a pris le train et nous sommes allés chez mes parents à Lauret, un petit village du Gard. Contrairement à Montpellier où il n’était pas encore possible de jouer, là on avait accès aux terrains de jeux. Nous avons pu recycler puis retourner à La Grande Motte. L’objectif affiché était de disputer un Grand Chelem. Croyez-le ou non, je voulais me donner deux ans pour me donner une pleine chance”, confie le coach.
“Elle n’est pas du tout organisée comme une pro”
Classé 1002e de la WTA, Jeanjean montera sur la piste en s’installant à Toulouse en Languedoc en septembre 2020 aux côtés de Kevin Blandy, préparateur physique dans la section tennis du Stade Toulousain. Ce que Hugo Gaston entraîne aussi est physiquement figé. Même lui n’a pas encore réussi à convaincre le joueur, désormais 227e joueur mondial, de préférer plus souvent le quinoa à McDonald’s.
“Elle n’est pas du tout organisée en tant que professionnelle. Elle n’est pas préparée aux sacrifices qu’il faut faire par rapport à la gestion d’une carrière. Elle doit faire des sacrifices dans l’alimentation, le sommeil, la récupération, l’organisation ou encore” relation avec les entraîneurs. Il vit à droite et à gauche, et il vit de ses compétences, qui sont très élevées, mais il a encore beaucoup à faire pour aller beaucoup plus haut. qui n’a pas pu rejoindre son protégé depuis le début du tournoi.
“S’il atteint le top 50, je ne suis pas surpris”
Pourtant, lui, comme tous ceux qui côtoient Leolia, est unanime : son talent est immense. Et à 26 ans, les meilleurs commencent peut-être. “C’est Cendrillon. Je suis désolé que beaucoup de gens disent que la boucle est bouclée, mais non, ce n’est que le début. Elle doit continuer. Si elle atteint le top 50, je ne suis pas surpris. Avec ce genre de filles , ce genre de profil, tout est possible », a déclaré Nicolas Pietrowski.
Pour que l’ascension se poursuive, veillez à ne pas trop modifier la personnalité de Leo. “Si on le forme dans un cadre trop rigide, il va exploser. L’emmener de plus en plus vers ça, d’accord, mais il faut garder son côté humain et ne pas le formater”, confie Guillaume Herbach. La seule façon de rattraper le temps perdu au tennis sans jeter tout ce que le champion a appris dans la vraie vie.