Audience électrique ce vendredi devant la High Court de Londres, autour d’un projet gouvernemental dénoncé. Face au nombre croissant de traversées illégales du Canal, le Royaume-Uni envisage de renvoyer au Rwanda les demandeurs d’asile arrivés illégalement. Une idée qui a fait exploser l’ONU, ainsi qu’un syndicat et les associations de défense des droits de l’homme Care4Calais et Detention Action, qui ont lancé mercredi un appel urgent à la justice.
Selon Care4Calais, environ 35 Soudanais, 18 Syriens, 14 Iraniens, 11 Egyptiens mais aussi 9 Afghans ayant fui les talibans font partie des plus de 130 demandeurs d’asile qui ont été notifiés de leur éventuel départ le 14 juin. Cependant, plus de 90 migrants concernés ont déjà déposé des recours légaux pour rester au Royaume-Uni, selon des avocats.
Premier avion mardi
Au nom du Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), l’avocate Laura Dubinsky a déclaré que l’agence onusienne s’inquiétait du risque de “dommages graves et irréparables” pour les réfugiés envoyés au Rwanda, et “en aucun cas les Anglo-Rwandais”. accord.” “Le HCR n’est pas impliqué dans l’accord entre le Royaume-Uni et le Rwanda, malgré les déclarations contraires du ministre d’Etat”, a-t-il souligné, accusant le gouvernement de déclarations trompeuses. Il a ajouté que le HCR avait tenu “plusieurs réunions” avec le ministère britannique de l’Intérieur, leur disant que le projet était illégal.
Mais le gouvernement de Boris Johnson l’a finalement emporté. Le juge a déclaré qu’il était “important pour l’intérêt public que le ministre de l’Intérieur puisse mettre en œuvre les ordonnances de contrôle de l’immigration”. Le premier avion transportant 32 migrants vers le Rwanda doit décoller mardi. D’autres vols suivront dans les mois à venir, indique l’avocat du gouvernement Mathew Gullick. Quant à son projet controversé, le Home Office britannique a d’emblée indiqué qu’il attendait une action en justice mais s’est dit “déterminé” à le mettre en œuvre et a insisté sur le fait qu’il était “totalement conforme au droit international et national”.
Cette année, il y a déjà 10 000 migrants illégaux
Mais le choix du Rwanda est surtout critiqué. Ce pays, dirigé par Paul Kagame depuis la fin du génocide de 1994 qui a fait 800 000 morts, selon l’ONU, majoritairement des Tutsis, est régulièrement accusé par des ONG de réprimer la liberté d’expression, la critique et l’opposition politique. Ce vendredi, vingt-trois ONG ont appelé les dirigeants du Commonwealth à faire pression pour que le Rwanda, qui accueille une réunion de l’organisation à partir du 20 juin, libère les détracteurs du pouvoir et autorise une plus grande liberté de mouvement.
Depuis le début de l’année, plus de 10 000 migrants ont traversé illégalement la Manche pour rejoindre les côtes britanniques avec de petites embarcations, une augmentation considérable par rapport aux années précédentes, déjà battues par des records. Pour le porte-parole de Boris Johnson, ce plan est “la bonne approche, notamment pour lutter contre les bandes criminelles qui exploitent les migrants sur les côtes françaises et les obligent à monter à bord de navires non navigables pour effectuer un voyage incroyablement dangereux au Royaume-Uni”. L’audience finale dans cette affaire aura lieu en juillet.