Bien que l’Union européenne ait repoussé à plus long terme toute possibilité d’un embargo gazier contre la Russie, il faudra peut-être y renoncer au plus tôt. Après la Pologne et la Bulgarie, c’est au tour des Pays-Bas et de la Bulgarie d’être coupés des exportations russes. Gazprom a annoncé cette semaine qu’il arrêtait son approvisionnement, les deux États ayant refusé de le payer en roubles comme l’exige le Kremlin.
Gaz russe : pourquoi l’Europe est piégée
En conséquence, les exportations de gaz russe ont chuté de 27,6 % entre janvier et mai 2022 par rapport à la même période en 2021. « Les exportations vers les pays lointains (hors pays de la CEI, note de l’éditeur*) se sont élevées à 61 milliards de mètres cubes, soit 27,6 % ( 23,2 milliards de mètres cubes) de moins qu’à la même période en 2021 », a déclaré mercredi Gazprom à Telegram, affirmant livrer le gaz selon les commandes confirmées ». Le géant russe a également précisé que “les exportations de gaz vers la Chine, via le gazoduc Power of Siberia, sont en augmentation, dans le cadre d’un contrat à long terme entre Gazprom et CNPC”. En d’autres termes, la baisse des livraisons est principalement due à l’Union européenne.
Sans oublier que dans son communiqué de presse, Gazprom a indiqué que les réserves de gaz des stockages souterrains européens étaient de 20,4 milliards de mètres cubes de gaz. En outre, les approvisionnements en gaz russe transitant par l’Ukraine ont chuté après l’entrée des forces russes dans les installations gazières de la région de Lougansk. “Pour atteindre l’objectif de remplissage à 90% des stockages fixé par l’Union européenne, les entreprises devront pomper 42 milliards de mètres cubes de gaz supplémentaires”, précise le groupe.
40% de l’UE dépend des exportations de gaz russe
Pour rappel, le gaz russe représente 40 % des importations de l’UE dans cette zone, soit 150 milliards de m3 par an. Difficile donc pour les Vingt-Sept de renoncer à cette énergie inespérée, craignant la pénurie pour l’hiver prochain. C’est particulièrement vrai pour l’Allemagne, qui dépend fortement de Moscou pour son gaz. La totalité de son approvisionnement en gaz par gazoducs provient principalement de la Russie, qui représente plus de la moitié de ses importations et 50 % des foyers sont chauffés au gaz. Mi-avril, cinq bureaux de vote allemands alertaient ensemble sur les risques de récession pour le pays s’il perturbait l’approvisionnement en énergie de la Russie, notamment en gaz.
D’autant que l’UE est finalement parvenue, après un mois de négociations, à s’entendre sur un embargo sur le pétrole russe avec, toutefois, quelques concessions accordées principalement à la Hongrie. Quelques semaines plus tôt, les États membres avaient également décidé d’un embargo russe sur le charbon qui entrerait en vigueur début août. Il est donc difficile pour les Vingt-Sept de se couper immédiatement d’une nouvelle ressource énergétique, le temps de trouver une solution pour pallier l’absence de la Russie comme de l’Allemagne, qui se dirige surtout vers l’Afrique. Berlin s’est engagé dans des projets d’énergie renouvelable ou de stockage d’énergie au Sénégal et a entamé des discussions sur le gaz, a déclaré le chancelier Olaf Scholz le 22 mai.
(Avec AFP)
* La Communauté des États indépendants (CEI) a été créée en décembre 1991 par onze pays de l’ex-URSS : Arménie, Azerbaïdjan, Biélorussie, Kazakhstan, Kirghizistan, Moldavie, Ouzbékistan, Russie, Tadjikistan, Turkménistan et Ukraine. La Géorgie a adhéré en décembre 1993. Seuls les États baltes, également anciennes républiques soviétiques, n’ont pas rejoint la CEI mais sont membres de l’UE.
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La Russie prend des mesures pour “minimiser” l’impact de l’embargo sur son pétrole
C’est une sanction qui pourrait avoir de lourdes conséquences pour Moscou. Lundi soir, le Vingt-septième est finalement parvenu à s’entendre sur un embargo sur le pétrole russe, même s’il a accordé, notamment, certaines dérogations à la Hongrie. Dès lors, l’Union européenne va réduire drastiquement ses importations d’ici la fin de l’année, dans l’espoir de priver la Russie d’une source de revenus non négligeable pour financer son offensive en Ukraine.
Mais le Kremlin a misé mercredi sur sa capacité à “minimiser” l’impact de la nouvelle mesure décidée par les Etats membres dans le cadre d’un sixième paquet de sanctions contre Moscou. “Ces sanctions auront un impact négatif sur l’Europe, sur nous et sur le marché mondial de l’énergie dans son ensemble. Mais il y a une réorientation (de l’économie russe) qui nous permettra de minimiser les conséquences négatives”, a-t-il déclaré aux journalistes. Le porte-parole présidentiel russe Dmitri Peskov.
La Russie a jusqu’ici toujours relativisé la portée des sanctions économiques prises depuis le début de l’intervention occidentale en Ukraine. D’autant que Moscou peut encore compter sur sa manne gazière, dont dépendent les Européens. L’effet des sanctions commence cependant à se faire sentir, avec une accélération de l’inflation surtout, et de nombreux économistes estiment que la situation va s’aggraver dans les mois à venir.