Déjà lourdes avec un hiver et un printemps très secs, les eaux des Gardons ont enregistré des débits et des températures plus que critiques.
Écraser la chaleur. Une canicule exceptionnelle de par sa précocité avec des températures dépassant déjà les 40°C à Alès. Et sous un soleil éblouissant : un Gardon alésien qui se rétrécit à l’extrême.
Rien qu’à Alès, au niveau du Pont-Vieux, le niveau d’eau a été divisé par deux en un mois, selon les relevés actualisés quotidiennement du site de Vigicrues. La baisse de niveau s’observe aussi dans les Gardons d’Anduze et Mialet. Idem avec la Cèze où, par endroits, le lit de la rivière commence à s’assécher.
« Nous avons eu un déficit pluviométrique de 90 % !
Le Gardon est habitué aux étés chauds et secs, qui sont ensuite compensés par de fortes pluies. Mais, à l’instar des épisodes cévenols, l’intensité des sécheresses augmente pour provoquer une année 2022 plus qu’exceptionnelle. « Entre septembre et juin, qui est habituellement la période de recharge de nos cours d’eau et nappes phréatiques, nous avions déjà enregistré un déficit pluviométrique de 30 % sur tout le Gard, prévient Lionel Georges, directeur de l’établissement public de bassin territorial (EPTB) de la Gardons.
Cette union est chargée de gérer l’eau douce des Gardons à l’échelle de leurs bassins. Nous avons tous les ingrédients pour une sécheresse très marquée cet été : en mai et durant la première décade de juin, nous avons même eu un déficit pluviométrique de 90% par rapport à la normale ! Nous avons un mois d’avance : nous sommes à un niveau approximativement aux niveaux de juillet 2017, qui était déjà une année très sèche ».
Eau potable : restrictions actuelles
Fréquent en été dans le département, la préfecture a édicté cette semaine des restrictions d’usage de l’eau potable. Pour le bassin alésien et les Cévennes, les interdictions actuelles concernent le remplissage des piscines et le lavage des voitures pour les particuliers.
L’arrosage des pelouses et les terrains de sport sont interdits entre 8 h et 20 h. L’irrigation agricole et les potagers sont également interdits entre 10h et 20h.
Pour Lionel Georges, les effets de ces restrictions sont encore difficiles à évaluer, “mais elles évitent une aggravation de la situation”.
Eaux plus faibles et plus chaudes
Outre cette baisse de niveau, l’eau douce qui se déverse dans les Cévennes enregistre également des températures de plus en plus élevées. “Nous ne sommes qu’en juin, et nous avons des températures équivalentes à la mi-juillet”, explique Julie Marais. Technicien de la fédération de pêche du Gard, il fait partie des équipes qui surveillent depuis une dizaine d’années la température de l’eau des rivières.
Procédé réalisé au moyen de sondes installées à 50 cm sous la surface de l’eau, qui permettent d’établir des températures moyennes. Et même avec seulement quelques années de recul, les résultats sont inquiétants. « Le 9 juin, on a vu une température moyenne de 16,8°C dans la Salindrenque au niveau de Lasalle, ainsi que 19,2°C dans le Gardon de Mialet. En l’an 2020, les deux fleuves étaient, durant la même période, à 15,3 et 17,8 °C respectivement. 14,6 et 13,1°C si on remonte à 2019. “Si ça continue, il n’y aura plus d’abris pour les poissons, poursuit Julie Marais. Et donc c’est tout l’équilibre qu’on connaît maintenant qui va se transformer.”
Plusieurs poissons et espèces aquatiques emblématiques des rivières cévenoles, comme la truite fario, le barbeau méridional ou l’écrevisse à pattes blanches, ont besoin d’eau suffisamment fraîche pour vivre et survivre. “La truite fario a besoin d’une température comprise entre 7 et 18°C pour vivre de manière optimale.” Au-delà de 25°C, “elle est dans un état critique. C’est pourquoi ces augmentations nous préoccupent par rapport à la pérennité de ces espèces.”
Mardi dernier, la fédération de pêche, et l’EPTB Gardons, ont présenté leurs dernières données de terrain au préfet, qui a immédiatement pris des mesures immédiates de restriction d’eau (voir encadré). Mais à terme, “il n’y a pas de solution unique pour améliorer notre gestion de l’eau, mais il va falloir changer beaucoup d’habitudes”, estime Lionel Georges, “collectif”.
Mais si l’on suit son raisonnement, il faut s’habituer à la rareté des pluies : « En 2050, les prévisions prévoient l’installation d’un climat andalou pour notre région. En 2100, il ressemblera à ce qu’est déjà le Maghreb. Et 2050 c’est demain. Le changement climatique est là.”
Vers une (légère) baisse du mercure la semaine prochaine
Un point “positif” après la grande canicule vécue ce vendredi 17 juin : une baisse des températures dans le bassin alésien débute ce samedi selon Météo France, communiqué directement par la météorologue Florence Vaysse : “A Alès, les températures elles vont de 22./41°C vendredi à 19/34°C ce samedi.
Un niveau de mercure qui ne devrait pas trop bouger ces prochains jours, avec des minima entre 17°C et 20°C et des maxima entre 30°C et 34°C entre le dimanche 19 juin et le samedi 25 juin.
Une petite pluie est attendue à partir de mercredi
Mais cette baisse annoncée se poursuit pour Florence Vaysse “bien au-dessus de la normale de la saison”. Calculées sur la période 1981-2010, les normales saisonnières du bassin d’Alésia à cette période de l’année sont comprises entre 14°C et 28°C.
Cependant, le temps devrait rester tout aussi sec la semaine prochaine. Jusqu’au mardi 21 juin inclus, le ciel devrait rester aussi dégagé et ensoleillé qu’actuellement avec des rafales de vent pouvant atteindre 50 km/h jusqu’au mardi 21 juin inclus. Cela devrait pérenniser le phénomène d’assèchement des cours d’eau et de la biomasse.
Cependant, des orages et des précipitations sont prévus dans les Cévennes entre le mercredi 22 juin et le samedi 25 juin, bien que le taux de confiance dans leur arrivée soit encore faible jusqu’à présent. Mais même si la pluie revient pour quelques jours, il est seulement “peu probable” qu’elle vienne perturber la sécheresse qui touche tout le département.
“L’humidité est la plus faible”
Trois questions à Florence Vaysse, la référence de Météo France pour l’ancien Languedoc-Roussillon.
La sécheresse qui touche le Gard depuis quelques mois est-elle vraiment exceptionnelle ?
A l’exception d’octobre et mars derniers, très pluvieux, les mois d’hiver et de printemps ont été courts. Pour l’ensemble du Gard, l’indice d’humidité du sol n’a cessé de baisser depuis le 25 avril, date des dernières pluies dites “significatives”. L’humidité est la plus faible. Il a enregistré son plus bas niveau record depuis fin mai.
D’où vient cette chaleur torride du début de saison ?
Il a deux origines. Il y a d’abord une dépression à l’ouest du Portugal qui génère des vents du sud, qui tournent dans le sens inverse des aiguilles d’une montre. Ils renvoient de l’air très chaud vers la France, jusque-là située dans la péninsule ibérique après être passée par le Maghreb.
L’autre source dont vous parlez est sans aucun doute le changement climatique…
Bien sûr… A l’Aigoual on constate une anomalie de + 4,3°C depuis la mi-avril. A Saint-Christol-Lez-Alès, où l’on mesure les températures depuis 1949, il fait + 4,1°C. Ça fait trop longtemps sous la chaleur. Tout est conforme aux scénarios du GIEC : canicules et canicules plus longues et plus fréquentes, mais aussi sur une période plus longue, entre juin et septembre.