Sécheresse. Les terrains de golf sont-ils exemptés des restrictions de consommation d’eau ? Nous vous répondons

La France connaît une aggravation de la sécheresse après des vagues de chaleur excessives et trois vagues de chaleur en seulement deux mois, rendant les conséquences du réchauffement climatique encore plus perceptibles. Si toute la France est sous surveillance sécheresse avec des restrictions d’eau à différents niveaux, 62 préfectures ont désigné des territoires en état de crise, le seuil le plus élevé. La Première ministre Élisabeth Borne a décidé d’activer la cellule interministérielle de crise, vendredi 5 août.

Mais, au passage, « l’irrigation des terrains de golf est-elle autorisée malgré les restrictions de consommation d’eau ? La question est posée par Jean-Baptiste, de Rennes (Ille-et-Vilaine). Nous vous aidons à y voir plus clair.

Les élus de gauche s’inquiètent

Les terrains de golf bénéficient d’une dérogation spécifique pour l’irrigation. C’est d’ailleurs l’une des inquiétudes exprimées par Hendrick Davi, député à Marseille (Boques-du-Rhône), le 31 juillet dernier. Dans une série de tweets, l’élu a dénoncé : « En période de sécheresse, il est interdit de remplir les piscines, mais les golfs n’ont qu’à réduire leur consommation de 20 % et l’eau entre 19h00 et 8h00. »

Plus récemment, le 2 août, Éric Piolle, maire écologiste de Grenoble (Isère), pointait également du doigt l’arrosage des greens (noms donnés aux zones d’herbe les plus rugueuses sur les terrains de golf). « Pourquoi peut-on arroser les greens de golf alors que tout le monde n’a pas d’eau ? », a demandé le premier conseiller municipal sur le plateau de BFM TV, le 31 juillet 2022. « Cela montre juste que l’ambiance n’est pas la bonne. C’est un état d’esprit où l’on continue de protéger les plus riches, les plus puissants. Le mandat d’Emmanuel Macron en est, je pense, le symbole depuis cinq ans”, a-t-il ajouté.

« Dans les arrêtés contre la sécheresse il y a une dérogation pour permettre l’arrosage des greens de golf ! Alors qu’on appelle à la sobriété, les pratiques des plus riches sont protégées”, a également indiqué Éric Piolle sur Twitter.

D’autres élus de gauche, notamment la présidente du groupe rebelle à l’Assemblée nationale, Mathilde Panot, ou encore Alma Dufour, déplorent également cette autorisation en faveur des verts, alors que la sécheresse sévit intensément dans toute la France.

Quelles mesures s’appliquent aux golfs ?

Une question se pose alors : Pourquoi les golfs parviennent-ils à arroser leurs greens malgré une sécheresse historique ? La réponse se trouve dans le « guide pour la mise en place des mesures de restriction des usages de l’eau en période de sécheresse », publié par le ministère de la Transition écologique en juin 2022.

En douzième page de ce guide, un tableau liste les mesures minimales de restriction d’usage de l’eau qui doivent être mises en place par les autorités en fonction du niveau d’alerte. Exemples : L’irrigation des pelouses et plates-bandes est interdite en cas d’alerte haute et au niveau d’alerte maximum, le seuil dit de « crise ». Idem pour le lavage des véhicules chez les particuliers, le remplissage d’une piscine privée ou encore l’arrosage des terrains de sport, sauf de manière “minimalement réduite pour les camps d’entraînement ou les compétitions à enjeu national ou international”.

A l’exception des greens des golfs, on peut lire dans le guide du ministère conformément à la convention cadre golf et environnement 2019-2024. Et pour cause, à la première étape (c’est à dire le seuil de veille sécheresse), il est seulement recommandé de connaître “les règles de bon usage pour économiser l’eau”. En raison du niveau d’alerte, il est uniquement interdit d’arroser “les golfs de 8h à 20h afin de réduire entre 15 et 30% la consommation d’eau dans le volume hebdomadaire”. Au troisième niveau « alerte renforcée », « une réduction des volumes d’au moins 60 % » est demandée et il est interdit d’irriguer les « fairways », c’est-à-dire les zones tondue et roulée d’un golf, entre le tee et le green

Quant au niveau d’alerte maximum, le seuil de crise, si l’arrosage des golfs est interdit, « cependant, les greens peuvent être préservés, sauf en cas de manque d’eau potable, en réduisant l’irrigation au strict nécessaire entre 20 heures et 8 heures du matin, et qui ne peut représenter plus de 30 % des volumes habituels ».

Comment expliquer cet écart ?

Contacté par France Info, Gérard Rougier, directeur des territoires, de l’environnement et de l’équipement de la Fédération française de golf (FFG), indique que “sans eau, un green meurt en trois jours et il faut trois mois pour le repousser. Mais un terrain sans green, c’est comme une patinoire sans glace, il faudra la fermer.” Et d’ajouter que l’activité de “700 golfs qui emploient 15.000 personnes en France” serait menacée.

Selon les professionnels du golf, l’enjeu est économique et ces autorisations sont jugées nécessaires. « Ça coûte une fortune de refaire un green », a livré le golf de Bay Saint-Brieuc à nos confrères du Télégramme. Et si un golf n’a plus de green, “il peut être fermé, car l’essence même du jeu disparaît”.

Toutefois, les préfectures des départements sont libres de suivre ces règles édictées par le ministère de la Transition écologique. En Ille-et-Vilaine, par exemple, aucune dérogation n’est accordée aux golfs pour l’irrigation.

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