Soleil et cancer : comment se protéger

Les rayons UV, qu’ils soient A ou B, sont responsables du cancer de la peau. Celle-ci a augmenté de 400% en Belgique en vingt ans. Le point sur les bons conseils de prévention.

©Adobe Stock

Nos mentalités nordiques qui s’étonnent lorsque la température monte et qui façonnent la peau dorée comme un idéal de beauté peinent à évoluer. Nous pensons être protégés des dangers du soleil en Belgique, royaume historique du ciel gris, mais le changement climatique est à l’œuvre. Ce samedi, au plus fort de la canicule, l’IRM prédit un indice UV de 8, ce qui devrait en principe nous alerter et impliquer un redoublement de précaution. D’une certaine manière, le message commence à passer (il est désormais rare de voir de jeunes enfants se promener sans chapeau ni protection comme dans les années 70), mais les erreurs de jugement sont toujours légion.

“Je n’ai jamais connu de cancer qui progresse aussi vite que le cancer de la peau”, déclare Thomas Maselis, dermatologue et président d’Euromelanoma Belgium, un organisme de prévention dans le domaine. « En l’an 2000, 11 000 nouveaux cas de cancer malin de la peau ont été diagnostiqués dans notre pays ; en 2018, 45 733 ont été détectés. Nous sommes donc en hausse de plus de 400% en 18 ans. 40% de tous les cancers masculins en Belgique sont des cancers de la peau. Et maintenant on sait qu’un Belge sur cinq souffrira de ce type de cancer avant l’âge de 75 ans. D’où le rôle crucial de la prévention. D’autant que la peau, seul organe entièrement visible, peut être contrôlée par tout le monde.

Chacun a son propre compteur UV

Pourquoi une telle augmentation ? La population vieillit, bien sûr. “Notre corps” endure “beaucoup plus longtemps et est exposé à beaucoup plus d’UV au cours de sa vie”. L’amincissement de la couche d’ozone depuis la fin du siècle dernier joue également un rôle, puisqu’il laisse désormais passer les rayons UV courts les plus dangereux. Enfin, les adultes d’aujourd’hui continuent de payer pour les erreurs de leurs parents dans leur comportement envers eux dans le passé. “Le tourisme de masse s’est fortement développé à la fin du XXe siècle”, poursuit Thomas Maselis. Les gens allaient vers le sud, les enfants jouaient dans la piscine toute la journée et le soir leur peau brûlait. A cette époque, il y avait aussi une exposition intense aux UVA sur les bancs solaires. Or, entre l’altération de l’ADN par les UV et le cancer de la peau, cela peut prendre entre 5 et… 60 ans”.

Lorsque votre peau est relativement terne et que vous n’êtes pas sujet aux coups de soleil, vous avez tendance à relâcher vos gestes de protection solaire. Cependant, il n’est pas nécessaire de brûler pour être menacé. La simple accumulation d’heures de bronzage peut provoquer un cancer de la peau. D’où la notion d'”UV mètre” introduite par la campagne Euromélanome 2022. Le président de l’association belge déclare : « Ce qui compte, ce n’est pas tant l’âge dans l’absolu, mais la quantité de rayons UV à laquelle il a été exposé, qui peut varier selon la profession ou les loisirs. Avant 2000, on croyait que les rayons UVA n’étaient pas cancérigènes, seuls les rayons UVB étaient responsables des coups de soleil. Cependant, nous savons maintenant avec certitude que les rayons UVA sont également cancérigènes, mais leur effet nocif est autre. D’où l’importance de vérifier que la crème solaire que vous utilisez bloque également les rayons UVA et de… éviter les bancs solaires.

Autre impact néfaste des rayons UV sur notre santé : ils diminuent localement notre immunité. “Nous avons tous des cancers de la peau très tôt dans notre vie, qui sont généralement éliminés par notre système immunitaire”, poursuit le Dr Maselis. Mais si nous baissons notre immunité localement, les cancers sont plus susceptibles de se développer. »

Il a peur de son ombre

La température n’est pas un indicateur pertinent pour savoir quand faire très attention sous les rayons. Le seul facteur objectif et fiable est l’indice UV, qui est publié quotidiennement dans la presse et dans toutes les applications météorologiques valables. “A partir d’un indice 3, il faut se protéger du soleil. Au-delà de 5, protégez-vous encore mieux, et au-delà de 7, soyez encore plus prudent.” Si vous n’avez pas accès à cette information du jour, un bon moyen de connaître le degré d’intensité des rayons UV est de regarder. ” Si notre ombre est plus longue que nous, cela signifie que les UV ont dû parcourir un très long chemin pour traverser l’atmosphère, ce qui a filtré plus de mauvais rayons.” Au contraire, lorsque le soleil nous frappe verticalement. et il ne crée pas d’ombres , il vaut mieux se réfugier.

“La première protection, c’est l’ombre : celle des parapluies, des arbres, etc., repense le dermatologue. Les deuxièmes protections sont les vêtements avec un tissu très opaque – les couleurs sombres comme le noir absorbent mieux les UV que le blanc – mais aussi les chapeaux, les lunettes de soleil…” La crème solaire avec filtres anti-UVA et anti-soleil. Les UVB n’arrivent qu’en troisième position. Principalement parce qu’il est encore trop souvent utilisé. Pour assurer sa fonction protectrice, il doit en effet être appliqué à raison de 2 mg par cm² de peau, soit 35 g en moyenne pour l’ensemble du corps adulte, à renouveler après la transpiration, le bain si ou au moins les deux heures … Le président d’Euromelanoma Belgium pointe un autre mésusage des crèmes solaires : « Si on les utilise pour s’exposer plus longtemps au soleil, leur effet sera nocif et même tout augmentera le nombre de cancers de la peau ! Une crème solaire ne sert qu’à être au soleil en même temps mais à mieux se protéger. A midi, si on s’expose une demi-heure sans protection, on sera rouge. Une crème prévient les brûlures pendant ces trente minutes en milieu de journée. Mais il ne s’agit pas de rester exposé pendant 3 ou 4 heures, car cela ferait exploser notre UVomètre. » Autre mauvaise habitude, préparer sa peau avant de partir en vacances, aller au transat, également reconnu comme cancérigène.

Quand s’inquiéter ?

Il existe trois types de cancer de la peau, qui prennent des formes différentes. Le carcinome ou carcinome basocellulaire le plus fréquent (70 %), se manifeste le plus souvent par de petites plaies qui ne guérissent pas et ne saignent pas, et par des taches rouges sur la poitrine qui se développent. Son bord est brillant, composé de perles fines. Son “avantage” est qu’il ne métastase pas.

Le carcinome épidermoïde ou carcinome épidermoïde représente 20% de tous les cancers de la peau. “Il peut métastaser, mais seulement à un stade tardif”, explique le Dr Maselis. On le trouve surtout dans les zones fortement irradiées par le soleil, horizontalement sous les rayons, que l’on appelle “terrasses solaires” : la partie supérieure du crâne chauve, la partie supérieure des oreilles, le nez, la lèvre inférieure, les joues. Ces cancers commencent par la kératose actinique, c’est pourquoi nous sensibilisons la population à cette affection cutanée courante dès 50 ans : elle consiste en une petite tache rouge avec desquamation qui s’améliore, puis s’aggrave, puis s’améliore, et ainsi de suite. sur. parfois pendant des années. Puis, à un moment donné, cette plaque s’épaissit, l’écorce aussi, et elle se transforme en cancer. En phase précancéreuse, la kératose actinique se traite facilement par la cryothérapie, donc l’azote liquide, ou avec des crèmes contenant de la chimiothérapie. »

Enfin, le cancer de la peau le plus connu est aussi le moins fréquent (10%) mais de loin le plus dangereux : le mélanome. La meilleure façon de détecter cela est de se regarder dans le miroir tous les trois mois. “Le mélanome provient des mélanocytes, qui produisent une couleur noire. Quand on voit un grain de beauté différent des autres, il faut toujours y faire attention”, prévient le spécialiste. Euromélanome propose la technique ABCDE lors de cet auto-examen : asymétrie (les deux faces doivent se ressembler), bordure (doit être plus ou moins la même partout), couleur (maximum 1 ou 2 teintes par point, au-delà c’est douteux), diamètre (inférieur à 6 mm, donc la gomme d’un crayon est souvent bénigne), évolution (lorsque vous constatez un changement de tache, mieux vaut consulter). En cas de doute, consultez votre médecin généraliste ou votre dermatologue.

Leave a Comment

Your email address will not be published. Required fields are marked *