La capitale iranienne Téhéran accueille mardi un sommet des présidents russe Vladimir Poutine, iranien Ebrahim Raisi et turc Recep Tayyip Erdogan. Les trois dirigeants, acteurs incontournables en Syrie, aborderont principalement cette question lors de leurs discussions tripartites. Mais ils tiendront également des pourparlers bilatéraux. Avec Vladimir Poutine, le président turc Erdogan entend négocier les derniers détails d’un accord pour libérer des millions de tonnes de blé ukrainien en attente d’exportation.
Depuis le début de la guerre en Ukraine, la Turquie a déployé d’intenses efforts diplomatiques pour se positionner en médiateur, sur la base de ses bonnes relations avec les deux belligérants. Près de cinq mois après le début de l’invasion russe, Recep Tayyip Erdogan a besoin de ces efforts pour enfin obtenir des résultats concrets. Le difficile bilan des exportations de céréales de l’Ukraine pourrait lui donner rapidement satisfaction.
La semaine dernière, une réunion à Istanbul entre des experts militaires russes, ukrainiens et turcs en présence de représentants de l’ONU a déclenché une percée remarquable. A tel point que les Turcs pensent pouvoir parrainer la signature d’un accord cette semaine à Istanbul, qui ouvrirait la voie à la reprise des livraisons de céréales depuis les ports ukrainiens de la mer Noire.
Dans un contexte de hausse des prix alimentaires mondiaux, ce serait un grand pas en avant et un soulagement, car ces céréales sont destinées à nourrir une partie de l’Afrique. L’Ukraine est un important exportateur de blé et d’autres céréales, mais depuis la guerre, ses exportations ont été bloquées par des navires russes et des mines placées par Kyiv.
Ankara cherche des soutiens pour une nouvelle offensive en Syrie
Vu de Turquie, le thème du sommet de Téhéran ne se limite pas à la création de ces corridors céréaliers en mer Noire. Dans la capitale iranienne, Recep Tayyip Erdogan espère également obtenir le soutien de ses homologues russe et iranien pour lancer une nouvelle attaque contre les forces kurdes dans le nord de la Syrie.
Depuis deux mois, le chef de l’Etat turc annonce régulièrement une opération imminente contre les forces kurdes des Unités de protection du peuple – les YPG – entre les villes de Tel Rifaat et Manbij, dans le nord de la Syrie. Recep Tayyip Erdogan promet d’établir “une zone de sécurité de 30 km de profondeur”. […] se débarrasser des terroristes », comme la Turquie considère les YPG.
Le président turc affirme qu’il n’a besoin de “la permission de personne” pour attaquer la Syrie. En réalité, cette opération militaire – comme les trois autres qui l’ont précédée depuis août 2016 – ne peut être menée sans une sorte d’accord avec la Russie, premier allié du régime syrien et force militaire dominante dans la zone désignée par Tayyip Erdogan, située à l’ouest. de l’Euphrate. La Turquie doit également obtenir l’accord tacite de l’Iran, en raison de la présence de milices pro-iraniennes autour de Tel Rifaat, une région au nord d’Alep.
Ni Moscou ni Téhéran n’ont pour l’instant soutenu le plan de bataille du président turc. Lors d’une précédente rencontre mi-juin entre diplomates des trois pays, l’envoyé spécial du Kremlin pour la Syrie, Alexandre Lavrentiev, avait jugé cette perspective “illogique et irrationnelle”, estimant qu’elle faisait courir le risque d’une “escalade des tensions et d’un nouveau confrontation dans ces régions ». L’Iran, hostile à toute manœuvre qui pourrait saper son influence sur le sol syrien, s’oppose fermement à l’offensive annoncée.
A Téhéran, cependant, Tayyip Erdogan espère obtenir le feu vert de Vladimir Poutine et d’Ebrahim Raïsi pour une intervention – même d’ampleur limitée – au moment où il surmonte le retrait de sa base électorale. Le président turc affrontera les élections l’an prochain dans un contexte de crise économique, et les opérations contre les forces kurdes (celle qui se prépare et celles qui pourraient suivre à l’approche des élections) lui rapportent traditionnellement quelques points de popularité.