Ce lundi 11 juillet, l’ambiance s’annonce torride au Stade Roi Baudouin de Bruxelles et des environs avec la venue des Rolling Stones dans le cadre de leur tournée Sixty célébrant ses soixante ans d’existence. Cerise sur le gâteau, cet événement bruxellois intervient presque un jour six décennies après son premier concert. C’était le 12 juillet 1962, à Londres, au Marquee Jazz Club (une salle qui n’existe plus aujourd’hui).
Ce sera la 13e fois que Mick Jagger, Keith Richards et d’autres se produisent avec nous. Le premier était aux Halles de Schaerbeek, en 1966. Deux ans plus tôt pourtant, ils étaient venus en Belgique. C’était le 18 octobre, un dimanche. Ils avaient donné une conférence de presse au sommet de la tour Martini qui dominait alors la place Rogier d’où ils devaient lancer disques et photos suspendus à des parachutes. Ils avaient également enregistré une émission pour la télévision flamande sous les projecteurs du Théâtre Américain.
De retour sur nos terres en 1973, ils ont fait deux concerts. Le premier au Centre sportif d’Anvers le 15 octobre, le second deux jours plus tard au Forest National. Nul n’a oublié qu’à cette époque, les Stones, en désaccord avec les autorités françaises, notamment Keith Richards qui a quelques démêlés avec la justice, ne pouvaient pas agir sur nos voisins. Une matinée avait été réservée aux transports publics français en car depuis la France ! Après 4 concerts au Forest National, c’est ensuite la Plaine de Werchter qui les a accueillis lundi 6 fois devant le Stade Roi Baudouin.
Oublions un instant les critiques qui ont accompagné l’annonce de l’arrivée des Stones en Belgique cet été avec des prix jugés prohibitifs par beaucoup (199 euros minimum le carré lors de leur mise en vente !). Concentrons-nous sur ce monument de la musique qu’est le groupe britannique. Maintenant, trois après le départ de Bill Wyman (il y a longtemps) et la mort de Charlie Watts l’an dernier, les Stones sont ensemble depuis 231 ans. Depuis 1964 et l’album Les pierres qui roulent, sorti le 23. Et même le 25 si l’on considère sa discographie américaine. Ventes cumulées totales – plus de 200 millions d’exemplaires ! Parmi ceux-ci, une poignée de disques mythiques : Banquet des mendiants (1968), Laisse le saigner (1969), Collez vos doigts et sa sulfureuse pochette signée Andy Warhol en 1971 et Exil dans la rue principale L’année prochaine. La dernière date de 2016, Bleu et solitaire, composé de reprises de standards de blues. Il faut remonter à 2005 pour retrouver la trace de compositions originales enregistrées sur support physique : Une plus grosse explosion.
On ne compte plus le nombre de concerts qui ont eu lieu, ni les foules devant lesquelles ils se sont déroulés. Le 5 juillet 1969, une foule estimée entre 250 000 et 500 000 personnes s’est rassemblée pour les voir à Hyde Park à Londres. La plus grande estimation dépasse la taille du public qui se rendra au célèbre festival de Woodstock quelque temps plus tard. Le 18 février 2006, sur la plage de Copacabana, ils sont plus de 1,5 million à faire un triomphe avec le quatuor britannique. A cette époque, jamais un artiste rock n’avait réuni autant de monde pour un concert.
L’an dernier, à l’occasion de leur tournée américaine No Filter, ils ont encore fait sauter les compteurs. Chacun de leurs concerts leur a rapporté plus de 10 millions de dollars, avec 100% des billets vendus. Jamais vu. Quant à sa tournée la plus lucrative, elle remonte à 2005-2007. Le Bigger Bang Tour a rapporté 558,3 millions de dollars. Seuls Ed Sheeran, U2 et Guns N’Rose ont fait mieux !
Et dire que tout est parti d’un quai de la gare… “Keith et moi sommes nés dans le même hôpital et nous avons eu une relation de la maternelle à l’école primaire. De sept à onze heures, précisément. Nous n’étions pas meilleurs amis, encore moins. Mais nous nous entendions bien. explique Mick Jagger. Keith et moi étions séparés par une rue. Nous étions voisins et nos mères respectives se connaissaient. Keith et sa famille ont ensuite déménagé. Un jour, nous nous sommes retrouvés sur le quai d’une gare. Il portait des disques de Rhythm & Blues sous le bras. Des albums que j’aimais comme la prunelle de mes yeux car ils étaient introuvables en Grande-Bretagne ! En attendant le train, Keith et moi avons parlé de musique. Nous étions intarissables. C’est ainsi que sont nés les Stones, sur le quai d’une gare !”
Le 12 juillet 1962, les Rolling Stones donnent leur premier concert. Mick Jagger, Keith Richards, Elmo Lewis (guitare), Dick Taylor, Brian Jones et Ian Stewart obtiennent ce rendez-vous grâce à Alexis Korner, leader de Blues Incorporated, qui a une résidence au Marquee Jazz Club tous les jeudis mais préfère y jouer ce soir . au spectacle Club de jazz de la BBC. La petite histoire ne dit pas si Tony Chapman a officié à la batterie ou si Mick Ivory (futur batteur des Kinks) a pris sa place, comme le précise Keith Richards dans ses mémoires. La vie (2010). Dans les pamphlets annonçant le concert, les Anglais s’appellent Mick Jagger et The Rolling Stones.
À leurs débuts, les Stones n’avaient pas bonne réputation. En 1963, avec leurs cheveux longs, ils étaient considérés comme une provocation pour les familles et les milieux conservateurs / traditionalistes. Pour (gentiment) se moquer de leurs détracteurs, le groupe a publié l’annonce de Noël suivante dans le journal : “Meilleurs vœux à tous les coiffeurs affamés et à leurs familles”. Un an plus tard, c’est le célèbre animateur américain Ed Sullivan qui bannit les Stones de leur programme. Sous la pression des fans, la performance du groupe est finalement maintenue. Trois ans ont passé et pour son retour aux États-Unis, Mick Jagger a été contraint de changer les paroles de “Passons la nuit ensemble” en “Passons du temps ensemble”. Ça ne veut pas vraiment dire la même chose, mais bon, ce petit changement sémantique aura au moins évité aux Stones d’être boycottés !
Les familles et la télévision ne sont pas les seuls à ne pas regarder gentiment les Britanniques agités. Lors de leur tournée américaine en juin/juillet 1966, quatorze hôtels refusent d’accueillir les Rolling Stones à New York. La raison ? La difficulté à contenir les fans qui, pour la plupart, auraient fait bonne figure dans le lit des Stones. Inutile de préciser qu’il suffisait de donner des idées aux fleuries. Lors de la tournée Tour of Americas’75, le groupe s’est produit sur scène accompagné d’un pénis géant. Ils l’ont même surnommé “grand-père fatigué”.
Les Stones n’ont pas eu autant de succès non plus. Toujours dans les années 1960, ils ont eu un échec à San Antonio, au Texas, où ils ne s’attendaient certainement pas à un tel … accueil primaire. Ou peut-être devrions-nous dire, so primate… Le groupe est monté sur scène après que les singes entraînés aient fait toutes sortes de choses qui ont surpris la foule. La transition artistique ne se fera pas du tout. Voir l’arrivée de ce que la presse décrirait comme étant “les garçons aux jambes fines qui chantent bizarrement”, les Stones, hués par le public sont poussés vers la sortie. Maudits singes érudits dont personne ne se souvient des noms depuis.
Poignées de commercialisation
Au tournant des années 60 et 70, les Rolling Stones n’étaient pas en tête. Brian Jones perd le contrôle, les problèmes de drogue se multiplient et avec le fisc britannique et le drame d’Altamont (4 morts dont une femme poignardée devant le groupe lors de son concert) vient ternir son image. Enfin, malgré les incessantes tournées à guichets fermés et les meilleures ventes, les Stones n’ont pas un sou. Quittant leur label Decca en 1970, ils ont également perdu leur catalogue de chansons. Son manager, Allen Klein, celui-là même qui a précipité la fin des Beatles, s’est arrogé ses droits d’enregistrement et d’édition originaux au profit de sa propre entreprise. Sur la liste noire, au bord du gouffre, sans manager ni label, les Stones ont fait leur révolution et révolutionné le business de la musique pour ne pas sombrer. Comme les Beatles, ils créent leur propre entreprise et accorder au plus offrant l’exclusivité de ses futurs droits de distribution. Ils investissent également sur le marché. Avec “Brown Sugar”, inaugurer le 45 tours qui sert de teaser un mois avant la sortie de l’album. Une stratégie toujours en vigueur aujourd’hui ! Parce qu’ils gagnaient plus avec les ventes de LP qu’avec les singles. Ils inventent aussi des faits sur mesure après avoir constaté que les préférences des Américains et celles des Britanniques ne sont pas les mêmes. Ainsi, les deux plus grands marchés du disque de l’époque seront désormais approvisionnés en différents titres « sur mesure ». Même les listes de concerts seront adaptées en conséquence. Ils acquièrent le premier studio mobile de l’histoire. Un camion, vert, qui leur permet d’échapper aux grands studios d’enregistrement sous le contrôle des maisons de disques. De nombreux artistes apprécieront ce camion pas comme les autres.
Afin de renflouer leurs caisses, ils organisent une tournée des villes européennes généralement abandonnées. Coffret complet.
Enfin, en plus d’avoir demandé à Andy Warhol de concevoir la pochette de son nouvel album Sticky Fingers, ils font un logo: la fameuse langue qui les suit partout. Il s’inspire de la déesse hindoue Kali, déesse de la préservation, de la transformation et de la destruction, généralement représentée en train de tirer la langue. Il a été conçu par John Pasche, alors âgé de 21 ans, étudiant au Royal College of Art de Londres. Il a atteint 50 livres…