Tir dans une école au Texas : comment le lobby pro-armes américain NRA a empêché la réforme

“Quand, pour l’amour de Dieu, affronterons-nous le lobby des armes à feu?” présenté par Joe Biden le mercredi 25 mai. La veille, un homme de 18 ans avait ouvert le feu dans une école primaire d’Uvalde, au Texas, tuant 19 enfants et deux enseignants. Le jeune Américain avait récemment acheté deux fusils d’assaut et 375 cartouches, juste après l’âge de 18 ans. Cette nouvelle attaque sanglante relance le débat sur la prolifération des armes à feu aux États-Unis.

Alors que l’opinion publique américaine semble favorable à une régulation, notamment en vérifiant le casier judiciaire des acheteurs ou en fixant un délai d’attente avant d’acheter une arme, l’administration Biden (et Obama avant elle) semble incapable de réformer cette loi. . Dans ce domaine, Washington est nettement opposé par la puissante National Rifle Administration (NRA), un lobby pro-armes. L’association a exclu toute responsabilité dans le carnage de mercredi, dénonçant “l’acte d’un criminel isolé et dérangé”. Elle s’apprête également à accueillir ses membres pour une convention annuelle qui débutera le vendredi 27 mai à Houston, au Texas, en présence de l’ancien président Donald Trump.

Ce lobby s’oppose à tout projet de loi qui limiterait la possibilité de possession d’armes à feu, quelle qu’en soit l’échelle, locale, étatique ou nationale, note la BBC*. Sa raison d’être : défendre le deuxième amendement de la Constitution américaine, qui protège le droit des citoyens à posséder des armes.

Fondée en 1871, la NRA a été créée par des vétérans de l’Union, “consternés par le manque de visée de leurs troupes”, précise son site. L’association structure son action de lobbying à partir des années 1930, informant ses membres de la future législation sur les armes. Aujourd’hui, par exemple, il valorise les personnalités politiques avec des notes allant de A à F. Les “A” sont des alliés qui soutiennent constamment la lutte de la NRA. Les F sont positionnés anti-armes. “De nombreux candidats notés A reçoivent une approbation, qui peut fournir un soutien sous forme d’argent, de courrier et d’annonces de campagne”, déclare le New York Times *.

Pour faire avancer leurs idées, la NRA fournit un soutien financier aux candidats pro-armes aux élections locales et nationales. En 2000, il a dépensé 20 millions de dollars pour la campagne du candidat républicain George W. Bush contre le démocrate Al Gore. “L’ANR a joué un rôle décisif” dans l’élection, a confirmé Matt Bennett, un ancien conseiller de la Maison Blanche interrogé par Les Echos. En 2016, sur les 54 millions de dollars dépensés par la NRA, 31 millions de dollars sont allés à la campagne du candidat républicain Donald Trump. En 2020, encore, 29 millions de dollars ont été injectés dans la campagne de réélection, selon le magazine Time. Cette fois, le candidat adverse, Joe Biden, a été élu.

En 2020, la NRA disposait d’un budget de 255,9 millions de dollars, avec un revenu net de 36,6 millions de dollars, selon un rapport financier* de l’association. Ses revenus proviennent des dons de ses membres, fabricants et distributeurs d’armes. The Guardian* relativise cependant ces sommes. Hors période électorale, le premier lobby des armes à feu n’a investi que 4,1 millions de dollars en 2017. C’est huit fois moins que la National Association of Realtors, l’un des plus gros dépensiers en immobilier.

La principale force de ce lobby est “liée au dévouement politique, à l’activisme et à l’intensité de ses membres”, explique Matthew Lacombe, professeur de sciences politiques au Barnard College de New York, interrogé par Time*. La NRA choisit ses luttes et concentre ses efforts sur les primaires pour gagner des candidats pro-armes.

“La plupart des Américains ne sont pas très impliqués en politique, donc quand un petit groupe de personnes le fait, ils peuvent avoir beaucoup de poids”, a déclaré Robert Spitzer à franceinfo. L’organisation, qui compte 5 millions de membres, peut également compter sur ses 125 000 instructeurs et un million de propriétaires d’armes qui se forment chaque année. Progressivement, la NRA a même élargi son audience en s’appuyant sur des acteurs comme Clint Eastwood ou Chuck Norris, ou en produisant des contenus en faveur des armes pour les réseaux sociaux, rapporte Konbini.

La NRA reste de loin le lobby anti-armes le plus puissant des États-Unis, mais son aura s’estompe. Son budget a chuté de 39 % en quatre ans, passant de 419 millions de dollars en 2016 à 255,9 millions de dollars en 2020.

Son image a récemment souffert de conflits internes et d’un scandale judiciaire. Accusé de fraude financière par le procureur de l’État de New York, le lobby avait tenté de déposer le bilan, avant d’échapper à la dissolution en mars 2022. Le chef historique de la NRA, Wayne LaPierre, est également soupçonné d’abus de biens sociaux et de corruption.

Mais derrière la NRA, d’autres groupes pro-armes prennent de l’importance, selon le magazine américain Mother Jones*. La Virginia Citizens Advocacy League, la Second Amendment Foundation, la National Association for Arms Rights et les Arms Owners of America sont prêts à reprendre le flambeau. Et leur position est encore plus forte que celle de l’ANR : ces associations se fichent complètement des partisans du contrôle des armes. Même si la NRA s’effondrait, le vide serait bientôt comblé.

* Les liens suivis d’un astérisque mènent à des sources en anglais.

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