Publié le 3 juin 2022 à 8h00
LUXEMBOURG – Si les prix sont très volatils, le Luxembourg a perdu de son attrait par rapport à ses voisins en termes de prix des carburants.
Vincent Lescaut
Faire le plein au Luxembourg, une vieille réflexion bientôt obsolète ? Si, chez nos voisins également, la guerre en Ukraine fait gonfler les prix du carburant, au Luxembourg, historiquement attractif dans le secteur, c’est une révolution. Entre la taxe C0² et la guerre d’Ukraine, et malgré la remise de 7,5 centimes accordée par l’Etat, prendre 50 litres de gazole coûtait 25 euros de plus jeudi qu’au 30 décembre. Une différence de 27 euros pour le SP 95 et 35 euros pour le SP98.
Et il n’est plus étonnant que le remplissage en Belgique (surtout pour les professionnels détaxés), en Allemagne ou en France soit devenu plus rentable. Le jeudi par exemple, bien que les prix varient selon les saisons, le litre d’essence (SP95 et SP98) était souvent moins cher en Sarre qu’au Grand-Duché. C’était aussi le cas pour certaines gares de la Moselle. Quant au diesel, le Luxembourg est toujours moins cher.
“Pas de récupération”
A la sortie de la crise du Covid, les compagnies pétrolières s’attendaient à un retour des volumes au niveau de 2019. Pour le diesel, ce n’est pas le cas. En mars 2019, selon nos informations, près de 200 millions de litres de gazole avaient été extraits des pompes du pays. Un chiffre qui est tombé à 180 millions en mars 2020 et n’a pas dépassé les 175 millions de litres en mars dernier. En février, il était de 131 millions. “Il n’y a pas de reprise. L’effet de la rentrée post-covid a été absorbé par la hausse des prix”, confie-t-on au secteur, même si les volumes d’essence et de diesel vendus ont augmenté en mars par rapport à février. en chute libre.
Par rapport à 2021, “l’année covid”, les ventes de diesel ont stagné durant les trois premiers mois de l’année (+0,88%), indique Jean-Marc Zahlen, secrétaire général du groupe pétrolier luxembourgeois (LPG). En revanche, le flux d’essence, de janvier à fin mars, a augmenté d’environ 35 %, signe d’un marché automobile en mutation. Cependant, le GPL appelle à relativiser les chiffres qui reflètent des situations potentiellement différentes (mesures sanitaires, taxe CO², etc.) », insiste Jean-Marc Zahlen.
“Ils ont mis de l’essence sur la route”
Or, le Statec a annoncé ces derniers jours une baisse de 11% du chiffre d’affaires du volume des sorties de carburant pour le mois de mars. Un chiffre qui inclut toutes les ventes réalisées au Luxembourg (en plus des ventes de carburant, comprennent également celles de produits comme le tabac ou l’alcool), précise l’institut. “Quand il y avait de gros volumes lors des grosses hausses de prix et puis c’était plus calme. Avant les clients venaient faire le plein, maintenant ils viennent acheter des cigarettes et font le plein au passage”, raconte un salarié d’un grand groupe du secteur.
Inimaginable par le passé, de nouvelles gares s’installent, notamment dans la zone frontalière belge. “Aujourd’hui, les compagnies pétrolières vont devoir orienter leur marché vers l’électricité et s’y préparent en développant davantage de bornes de recharge. Il s’agit d’adapter la stratégie », conclut Jean-Marc Zahlen.