L’ESSENTIEL
Bien que les bombardements se soient intensifiés dans certaines régions, les forces russes progressent dans l’est de l’Ukraine. Dans son compte Telegram, l’état-major de la défense territoriale de la “république” autoproclamée séparatiste pro-russe de Donetsk a déclaré avoir “pris le contrôle total” de Lyman avec le “soutien” des forces armées russes. Ni l’armée russe ni l’armée ukrainienne n’ont immédiatement commenté cette information, que l’AFP n’a pas pu vérifier auprès d’une source indépendante.
Les informations principales :
- Les séparatistes pro-russes exigent la capture de Lyman
- Au moins cinq morts près de Severodonetsk
- Les forces russes attaquent Dnipro et Kharkiv
- L’Allemagne installe un pont ferroviaire pour “surmonter la crise alimentaire”
Les séparatistes pro-russes exigent la capture de Lyman
Après son offensive infructueuse à Kyiv et Kharkiv au début de la guerre, lancée par la Russie le 24 février, les forces de Moscou concentrent leurs forces dans l’est de l’Ukraine, avec l’objectif affiché de prendre le contrôle total de la mine du Donbass, qui pro-russe les séparatistes contrôlent partiellement depuis 2014.
La prise de Lyman ouvrirait la voie aux centres régionaux de Sloviansk, puis de Kramatorsk, tout en leur permettant de se rapprocher d’un encerclement complet de l’agglomération formée par les villes de Severodonetsk et de Lyssytchansk, plus à l’est.
Au moins cinq civils tués près de Severodonetsk
Dans le même temps, les forces russes continuent de bombarder Severodonetsk, qui, selon les autorités ukrainiennes, pourrait subir le même sort que Marioupol, un grand port du sud-est dévasté par des semaines de siège. Au moins cinq civils ont été tués en 24 heures dans la région : quatre à Severodonetsk et un autre à Komychouvakha, à 50 kilomètres de là, a indiqué vendredi le gouverneur régional Sergueï Gaïdaï.
“Les habitants de Severodonetsk ont oublié ce qu’est un cessez-le-feu depuis au moins une demi-heure”, écrit-il dans le Telegram. “Les Russes bombardent constamment les zones résidentielles.” La dernière vraie route de sortie de l’agglomération depuis Lysytchansk est devenue un champ de bataille ces derniers jours, rendant presque impossible le départ des habitants, a indiqué l’AFP.
L’absence de cessez-le-feu prive les habitants de ravitaillement
Pour se rendre dans le reste de l’Ukraine depuis ces deux villes ou pour chercher du ravitaillement, il n’y a qu’une route de campagne poussiéreuse, où même les chars ou les camions militaires équipés de pneus géants ont du mal à naviguer.
“Les gens sont prêts à prendre tous les risques pour l’eau et la nourriture”, a déclaré à l’AFP Oleksandr Kozyr, responsable du principal centre de distribution d’aide à Lysychansk. “Ils sont tellement déprimés qu’ils n’ont plus peur. Tout ce qu’ils veulent, c’est trouver quelque chose à manger.”
“Nous pensons que les forces russes ont pu capturer la majeure partie du nord-est de Severodonetsk, bien que les combats se poursuivent”, a déclaré un haut responsable du Pentagone à Washington.
Un “génocide” se déroule dans le Donbass, selon Zelensky
Le président ukrainien a accusé jeudi soir Moscou d’avoir commis un “génocide” dans le Donbass. “L’offensive actuelle des occupants dans le Donbass pourrait vider la région de ses habitants”, a déclaré Volodymyr Zelensky dans son message vidéo quotidien, accusant les Russes de vouloir “réduire en cendres” Severodonetsk et d’autres villes de cette ancienne région minière. Les forces russes y procèdent à des “déportations” et à des “assassinats massifs de civils”, a-t-il déclaré.
En avril, le Parlement ukrainien avait déjà adopté une résolution qualifiant les actions de l’armée russe de “génocide” et exhortant tous les pays étrangers et les organisations internationales à faire de même. Le même président des États-Unis, Joe Biden, a utilisé cette expression, alors que son homologue français Emmanuel Macron s’y refuse.
De son côté, Moscou a justifié son invasion de l’Ukraine lancée le 24 février par un “génocide” que les Ukrainiens allaient mener contre la population russophone du Donbass.
Grèves à Dnipro et Kharkiv
Mais la guerre continue dans le reste de l’Ukraine. Des missiles russes visaient vendredi une installation militaire dans la grande ville de Dnipro, dans le centre-est de l’Ukraine, sur le fleuve Dniepr, selon les autorités locales. “Nous déplorons une douzaine de morts et 30 à 35 blessés”, a déclaré Guennadi Korban, le chef de la défense de la ville, à une chaîne locale, suggérant que les victimes étaient toutes des militaires.
A Kharkiv, deuxième ville d’Ukraine située à 50 km de la frontière russe dans l’est du pays, les sirènes aériennes ont de nouveau retenti vendredi matin. Le bombardement de la veille a fait neuf morts et 19 blessés, tous des civils, selon le président ukrainien, alors que la ville tente de revenir à la normale depuis la mi-mai.
Les autorités ukrainiennes demandent plus d’armes aux Occidentaux
Dans ce contexte, les autorités ukrainiennes ont de nouveau réclamé vendredi plus d’armes à l’Occident : “Certains partenaires évitent de donner les armes nécessaires par peur de grimper. Grimper, vraiment ? La Russie utilise déjà des armes non nucléaires plus lourdes, brûle des gens. C’est peut-être le moment (…) pour nous donner (des lance-roquettes multiples) MLRS ?”, a tweeté Mykhailo Podoliak, un conseiller à la présidence ukrainienne.
Il n’y a pas de solution négociée en vue. Moscou a rejeté jeudi un plan de paix italien qui prévoyait un cessez-le-feu et un retrait des troupes sous la garantie de l’ONU, l’entrée de l’Ukraine dans l’UE mais pas l’OTAN et le statu quo d’autonomie au sein de l’Ukraine pour le Donbass et la Crimée.
Un pont ferroviaire construit par l’Allemagne
Alors que l’Ukraine, grande puissance agricole, ne peut plus exporter ses céréales en raison du blocus de ses ports, le président Vladimir Poutine s’est dit jeudi prêt à aider à « surmonter la crise alimentaire » que cela entraîne, mais à condition que la Les sanctions occidentales draconiennes contre Moscou sont levées d’avance, ce qui lui vaut immédiatement des accusations de chantage.
La Russie a annoncé son intention d’exporter 50 millions de tonnes de céréales la saison prochaine, contre 37 millions pour la saison en cours se terminant fin juin. Pour aider Kyiv à éviter le blocus russe, l’Allemagne a établi un “pont ferroviaire” avec l’Ukraine, a déclaré le prochain chef des forces américaines en Europe, le général Chris Cavoli.
La Russie consolide son règne à Zaporijia et Kherson
Dans le sud de l’Ukraine, la Russie s’affaire depuis trois mois à consolider sa domination sur les territoires conquis. Il a notamment annoncé qu’il autoriserait les résidents des régions de Zaporijia et de Kherson à demander un passeport russe via “une procédure simplifiée”.
L’Ukraine a dénoncé une concession “forcée” de la nationalité russe démontrant la volonté de Moscou de mener une annexion pure et simple de ces territoires.