Variole du singe : 277 cas recensés en France, dont une femme

Paris, mercredi 22 juin 2022 : 94 nouveaux cas ont été enregistrés en France en cinq jours, dont pour la première fois une femme.

Jusqu’à il y a deux mois, le monkeypox, une zoonose causée par un poxvirus proche de celui de la variole “classique”, n’était connu que d’une poignée de virologues et de spécialistes des maladies tropicales. Mais depuis début mai, des milliers de cas ont été signalés en Occident, principalement en Europe, et le virus est désormais surveillé par diverses agences épidémiologiques nationales et internationales.

Plus de 500 cas au Royaume-Uni

En France, le dernier bilan de Santé publique France, publié mardi, fait état de 277 cas confirmés en laboratoire (dont 195 en Ile-de-France) depuis le 7 mai, dont 94 observations supplémentaires depuis le 15 juin. Pour la première fois depuis le début de cette flambée épidémique, un cas a été détecté chez une femme, sans que son mode de contamination ait été déterminé. 78% des cas investigués avaient une éruption génito-anale, 70% de fièvre et 69% d’adénopathies. Aucun cas grave ou décès n’a été signalé.

Dans le monde, il y avait plus de 2 100 cas confirmés au 15 juin, et les pays les plus touchés étaient le Royaume-Uni (524 cas), l’Espagne (313 cas) et l’Allemagne (263 cas). Un seul décès dû au virus a été confirmé au Nigeria. Le virus étant déjà bien implanté en Europe, où 84 % des cas ont été détectés, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) ne fait plus la distinction entre les zones classées endémiques (Afrique centrale et occidentale) et non endémiques.

Vacciner les homosexuels à risque ?

Bien que le cas féminin détecté en France montre que la variole peut toucher n’importe quel individu, la maladie semble toucher presque exclusivement les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes (HSH). Si Santé Publique France préfère parler pudiquement de « cas qui surviennent principalement mais pas exclusivement chez les HSH », les données analysées dans d’autres pays européens sont plus explicites. Ainsi, sur les 19 cas étudiés au Portugal, 18 sont homosexuels et 14 sont séropositifs. Les quatre premiers cas italiens sont des homosexuels (dont deux séropositifs), dont trois ont participé à un festival gay en Espagne et un est un “travailleur du sexe”. Enfin, l’UKHSA, l’équivalent britannique de Santé publique France, note que sur les 152 patients interrogés, 151 s’identifient comme homosexuels ou bisexuels.

Malgré cette surreprésentation des homosexuels parmi les personnes infectées, les experts ne savent toujours pas si la variole est à proprement parler une maladie sexuellement transmissible, la transmission pouvant être facilitée par la simple promiscuité sexuelle. En tout cas, ces chiffres ont conduit le Royaume-Uni à changer sa stratégie de lutte contre le virus. Désormais, la vaccination contre la variole n’est plus recommandée uniquement pour les cas contacts, mais pour tous les hommes gais considérés à risque parce qu’ils ont plusieurs partenaires sexuels. Les règles d’accès aux vaccins sont désormais alignées sur celles de la PrEP.

Une conspiration de labos ou de singes ?

Source d’interrogations sur son mode de transmission, la variole est, comme toute pandémie, l’objet de théories du complot. Certains internautes n’hésitent pas à faire le lien entre l’épidémie actuelle et la vaccination contre le Covid-19, qui leur apparaît comme la mère de tous les maux. Ces scientifiques en herbe prennent le fait prouvé que le vaccin Covid d’AstraZenecca est basé sur un adénovirus de chimpanzé, à la conclusion complètement fausse que les éruptions de monkeypox sont en fait une réaction au vaccin.

Mais comme l’Inserm le rappelait dans un communiqué du 23 mai, non seulement l’adénovirus utilisé dans le vaccin britannique et le vaccin monkeypox sont complètement différents, mais surtout le vaccin monkeypox n’a rien à voir avec nos cousins ​​singes ! Cette maladie porte le nom d’une épidémie survenue chez des singes dans un zoo de Copenhague en 1970. AstraZenecca n’a rien à voir avec cela, sans parler des pauvres chimpanzés.

Quentin Haroche

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