Variole du singe : la vaccination dérape “par manque d’armes, pas par manque de doses”

Publié le : 08/10/2022 – 07:07

Malgré l’ouverture de 153 centres de vaccination contre le monkeypox en France, la campagne tire à sa fin et les rendez-vous se font encore rares. Le ministère de la Santé a décidé de lancer ce mercredi l’expérimentation de la vaccination dans cinq pharmacies.

Le gouvernement veut accélérer le rythme. Si 153 centres de vaccination ont déjà ouvert en France et 20 322 personnes ont été vaccinées contre la variole du singe, obtenir rapidement un rendez-vous devient de plus en plus compliqué. Avec 2 423 cas enregistrés en France au 4 août, associations et élus ont critiqué le gouvernement, appelant à accélérer le rythme de la vaccination. Ainsi, le ministère de la Santé a annoncé l’expérimentation dans les pharmacies le lundi 8 août.

Dans cinq pharmacies, situées en Île-de-France, en Provence-Alpes-Côte d’Azur et dans les Altes-de-France, les pharmaciens pourront administrer le vaccin à partir du mercredi 10 août et pendant deux semaines.

Cette expérimentation testera les “modèles d’organisation entre les pharmacies et les hôpitaux qui reçoivent les doses”, ont expliqué les autorités. Il permettra d’évaluer la pertinence d’étendre ou non la campagne de vaccination à d’autres officines.

Pour Gilles Pialoux, chef du service des maladies infectieuses et tropicales à l’hôpital Tenon (Paris), “il faut des solutions rapides, et l’une d’elles est de chercher des pharmacies”. Car “le compte n’y est pas en termes de vaccination : au rythme actuel, il faudra six mois pour vacciner tout le public cible. Et on ne peut pas attendre décembre”, précise-t-il.

“On sait depuis le Covid-19 que les pharmaciens savent gérer les doses”

Actuellement, le public cible comprend uniquement les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes, les personnes ayant plusieurs partenaires sexuels, les personnes trans, les travailleurs du sexe, les professionnels qui travaillent dans les lieux de consommation sexuelle et les travailleurs sociaux.

Pour le ministère de la Santé, cette expérimentation permettra “d’évaluer s’il n’y a pas de perte de doses”. Le vaccin antivariolique présente plusieurs difficultés : il doit être conservé à très basse température (-80°C) et “ne se conserve que quinze jours” une fois décongelé, explique le ministère. Les vaccins sont conditionnés en boîtes de vingt doses, il faut donc qu’ils trouvent rapidement preneurs.

Un argument réfuté par Gilles Pialoux, également président de la Société française de lutte contre le sida : “C’est dommage qu’on ne maintienne pour l’instant la vaccination en pharmacie qu’en phase expérimentale. On sait déjà depuis le Covid-19 que les pharmaciens savent très bien comment pour vacciner et gérer les doses ».

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« Ce ne sont pas les doses qui manquent, mais les armes »

Selon Gilles Pialoux, la lenteur actuelle de la vaccination n’est pas due au “manque de doses, mais au manque d’armes” en France.

Le poids de cette nouvelle épidémie pourrait “peser sur l’hôpital public, alors qu’on ne pourra plus le supporter”, explique le médecin. “A l’hôpital Tenon, par exemple, on ne peut pas recevoir plus de dix personnes qui ont ou sont suspectées d’avoir la variole du singe. La procédure est longue. Ce n’est pas comme avec le Covid-19 où il y a assez de coton dans le nez pour tester : il y a une cure. , prévention, tests IST, il faut rechercher les contacts et surtout les différentes blessures, qui peuvent être très difficiles à détecter.

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Une “prévention combinée” contre une “maladie complexe”

Les spécialistes demandent également de ne pas compter uniquement sur la vaccination. “Il faut appliquer la prévention combinée”, recommande Gilles Pialoux. “Et ils demandent aussi la réduction des risques, notamment dans les rapports sexuels, pour améliorer le dépistage et tout le protocole que nous avions établi avec le Covid-19 mais qui s’est fait connaître”.

Le diagnostic doit également être amélioré, selon le médecin, notamment parce qu’il s’agit « d’une maladie très complexe, avec de nombreuses manifestations différentes : sur le terrain, on a découvert qu’elle pouvait se présenter comme une angine de poitrine, ou des lésions au nez, ou même et toutes dans les oreilles – toutes les zones qui ne sont pas ciblées dans les rapports sexuels. Pire, il existe des données françaises montrant qu’une personne infectée sur dix n’a qu’une seule lésion sur le corps”, au lieu d’une multitude de marques de peau comme “présenté dans les manuels médicaux ». .

“L’avenir de cette épidémie dépend de plusieurs questions : Le virus va-t-il se propager au-delà de la cible actuelle ? Arrivera-t-on à diversifier l’offre de dépistage ? Et surtout, il y a un gros travail de communication à faire, notamment auprès du public”.

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Avec l’AFP

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