Vente ou liquidation ? L’avenir de La Provence à un tournant

A l’issue d’une audience à huis clos mardi, le tribunal de commerce de Bobigny doit ou non autoriser la vente du journal à l’armateur CMA CGM, à l’origine de la seule OPA réussie.

La Provence sera-t-elle enfin vendue à l’armateur CMA CGM ? C’est l’objet d’une audience mardi 7 juin au tribunal de commerce de Bobigny, qui, s’il décide de bloquer ce transfert, conduira au placement du groupe de presse en justice, prévient son PDG.

Lire aussi Provence : la bataille reprend

Malgré la validation, lors d’une réunion du conseil d’administration début mai, de l’OPA présentée par CMA CGM, poids lourd du transport maritime mondial basé à Marseille, l’avenir d’un des groupes de presse emblématiques du sud de la France qui publie La Provence et Corse Matin, et ses 850 salariés, semble encore incertain. A l’issue d’une audience à huis clos mardi, le juge-commissaire doit autoriser ou non la vente de La Provence à l’armateur, à l’origine de la seule offre à retenir, car la meilleure offre, 89.% des La Provence détenue par le groupe Bernard Tapie (GBT), en liquidation judiciaire depuis 2020.

Mais les recours déposés par son concurrent NJJ, la holding du fondateur de Free Telecom Xavier Niel, qui détient 11% de La Provence et dont l’offre publique a été rejetée par les liquidateurs, pourraient prolonger une série qui dure depuis des mois.

Le projet de CMA CGM a été approuvé par le conseil d’administration de La Provence, malgré les votes contre NJJ qui, en tant qu’actionnaire minoritaire, pourrait s’opposer à l’entrée au capital de l’armateur. Mais les votes de NJJ ont été invalidés par le président-directeur général de La Provence, Jean-Christophe Serfati, qui a déclaré que la participation montrait un conflit d’intérêts évident. Dénonçant un « laissez-passer en force », le NJJ a engagé une procédure en référé pour demander la suspension de la décision du conseil, un recours qui doit être jugé jeudi. L’examen quant au fond pour demander l’annulation de cette résolution aura lieu le 29 juin.

Lire aussi Xavier Niel, la presse passionnée de paris

“Il serait encore très surprenant que le juge-commissaire, en l’état du référé, se prononce sur la vente” de La Provence, a-t-il déclaré à l’AFP Me Christian Lestournelle, avocat marseillais du NJJ, tout en laissant entendre que si la vente était quelle que soit sa prononciation, son client lancerait un nouvel appel.

Nous ne voulons pas que la vente soit bloquée car ce serait la mort du journal. »

Sophie Manelli, SNJ

Face à la situation financière critique du groupe, son PDG, Jean-Christophe Serfati, et Frédéric Avazeri, le représentant légal chargé de superviser la cession de l’entreprise, considèrent la cession du groupe plus urgente que jamais, car ils ont exposé des salariés lors d’une crise extraordinaire commission sociale et économique jeudi. “Si la vente n’est pas enregistrée, les démarches nous prendront jusqu’à la fin de l’année, voire le début de l’année prochaine, et je n’aurai pas la trésorerie nécessaire pour tenir”, a déclaré à l’AFP Jean-Christophe Serfati. , confirmant qu’à ce moment-là il serait contraint de demander le placement du groupe en procédure de sauvegarde, puis en cortège, “la pire des solutions”.

Lire aussi Quatre candidats à l’inauguration de La Provence

L’élu majoritaire et les représentants syndicaux parmi les salariés exigent que ce transfert à CMA CGM ait lieu, jugeant que “seuls les investissements et la mise en place du projet de relance” peuvent éviter la procédure de sauvegarde s’ils interviennent rapidement. “Nous ne voulons pas que la vente soit bloquée car ce serait la mort du journal”, Sophie Manelli, membre du Syndicat national des journalistes (SNJ) de La Provence, qui fait partie de l’intersyndicale La Provence/Corse Matí, a déclaré à l’AFP. De son côté, CMA CGM a indiqué dans un communiqué être “prêt à lancer son projet de redressement dès que la cession des titres sera décidée”.

D’autres syndicats minoritaires, qui réclament depuis des mois les deux OPA, affirment cependant que le paysage financier provençal a été consciemment noirci “pour précipiter la vente”. “Nous nous interrogeons sur l’intérêt d’une vente rapide, qui pourrait être remise en cause dans quelques mois”, selon les recours déposés par NJJ, écrivent la CFDT, la CFE-CGC, Filpac CGT et FO Livre dans un communiqué commun, précisant que NJJ, également propriétaire de Nice-Matin, a promis un soutien financier au groupe si nécessaire. Mais pour Me Avzeri, si la vente à CMA CGM est prononcée, “peu importe s’il y a des ressources derrière, l’entreprise aura été reprise, restructurée, refinancée”.

Leave a Comment

Your email address will not be published. Required fields are marked *